Elections en Turquie: "Erdogan doit être le premier surpris de l'ampleur de son succès"

Matin Première recevait ce lundi Guldener Sonumut, journaliste, correspondant à Bruxelles de la télévision privée turque NTV. Il est revenu sur les succès de l’AKP de Recep Tayyip Erdogan aux législatives turque de dimanche.

Personne n’imaginait un tel succès de l’AKP du président Erdogan. "Plus de 49% des voix, 316 sièges… Erdogan lui-même s’imaginait sans doute que ça allait être plus 'scherp' (sic). Il doit être le premier étonné même s'il va sans doute être compliqué de modifier la constitution pour transformer le régime actuel en régime présidentiel 'à la française', la majorité n’étant pas assez large", a analysé Guldener Sonumut.

Le revirement de l’électorat en 4 mois à peine est étonnant même si beaucoup de choses ont changé dans le pays: "C’était un vrai pari. L’AKP n’a pas souhaité composer une coalition pour gouverner en juin dernier. Mais la donne a changé. L’AKP a compris qu’il devait davantage se tourner vers les citoyens et a répondu à certaines de leurs inquiétudes".

Revirements et remise en question

Le président Erdogan a rassuré en montrant que son pays était toujours tourné vers l’Europe, a décidé de lutter contre l’immigration clandestine, a davantage travaillé sur les préoccupations économiques et est, enfin, rentré plus franchement dans la lutte contre l’Etat islamique. "L’attentat du 10 octobre dernier a joué une rôle important. Et avec la reprise des combats contre les Kurdes du PKK, le parti au pouvoir a montré aux citoyens inquiets qu’ils étaient les seuls à pouvoir répondre avec force et détermination aux menaces sécuritaires par rapport aux partis d’opposition. Alors qu’évidemment, vu qu’ils sont au pouvoir, ils sont matériellement les seuls capables de le faire", analyse Guldener Sanumut.

Morose opposition

Si le parti de la justice et du développement (AKP) retrouve sa majorité absolue, c’est surtout parce que le HDP, parti d’opposition pro-kurde, invité surprise des dernières élections (80 députés en juin), a perdu des plumes et se maintient tout juste au-dessus de seuil d’éligibilité de 10% : "Une partie de l’électorat kurde a choisi de retourner vers la tendance sécuritaire populiste proposée par l’AKP. Le HDP était pris entre le marteau et l’enclume et n’a sans doute pas assez pris ses distances avec le PKK", insiste Guldener Sonumut.

Les kémalistes consolident, sans plus

Mais c’est en fait toute l’opposition qui ne parvient pas à déstabiliser l’AKP au pouvoir depuis 12 ans. Le Parti républicain du peuple (CHP, social démocrate - gauche) d’orientation kémaliste ne parvient pas à donner le change malgré sa deuxième place et ne parvient pas à reconquérir le pouvoir perdu en 2002 malgré "l’écartement de ses franges les plus à gauche et nationalistes mais ils ne se rapprochent pas assez des centristes. Au final, ils consolident leur position sans plus".

La droite nationaliste n’a pas non plus profité de l’occasion: "Elle a été incapable de renouveler son discours et de profiter des difficultés de l’AKP en juin car Erdogan a cette capacité à remettre en question ses principes de bases pour des raisons tactiques".

Une société plus religieuse?

Ces résultats ne sont pas, non plus, ceux d’un pays de plus en plus religieux, selon le journaliste : "La Turquie est composée de deux-tiers de conservateurs et d’un tiers de sociaux-démocrates et cette donne est assez stable. Par contre, on voit -et on entend- beaucoup plus les religieux qu’avant. Mais ils ont toujours été là". Pour Guldener Sonumut, la population turque se divise en 3 grands groupes : "Les électeurs de l’AKP, religieux ou non mais qui ne voient pas la menace pour la laïcité que pourrait représenter le parti d’Erdogan à terme. Viennent ensuite les sociaux-démocrates et les libéraux–démocrates qui ne font pas d’ouverture vers la droite pour les convaincre de s’allier à eux. Et puis, il y la dimension ethnique comme les Kurdes qui ont peur de voir leurs droits bafoués, d’où le discours unitariste et rassembleur du Premier ministre hier après l'annonce des résultats".

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