Elections en Tunisie : "Ce n'est pas une démocratie"

Elections en Tunisie: "Ce n’est pas une démocratie"
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Elections en Tunisie: "Ce n’est pas une démocratie" - © MAURINE MERCIER

"Les politiciens n’ont strictement rien fait depuis les précédentes élections. Ils n’ont pas construit l’hôpital qu’ils nous avaient promis. Les routes sont toujours dans un état lamentable. Pour se faire soigner, il faut se rendre à Sfax. On a surnommé cette route la route de la mort. On a le temps d’y mourir avant d’atteindre l’hôpital". Tafahom Shimi fait partie de cette société civile qui tente de se faire entendre. Secrétaire générale de l’association Amal Environnement, elle tient mordicus à la démocratie mais aujourd’hui, selon elle, la Tunisie est encore très loin de pouvoir prétendre porter ce qualificatif.

Région oubliée

Le bassin minier de Gafsa est l’une des régions les plus riches du pays en ressources naturelles (phosphate) et paradoxalement la plus touchée par le chômage : 25% contre 15 en moyenne dans le pays. Si Tafahom Shimi votera pour défendre le processus démocratique, la plupart des citoyens ne se déplaceront pas le 15 septembre, date du premier tour de l’élection présidentielle. "Je ne voterai évidemment pas. Ces politiciens sont des mafieux. S’ils tiennent à être élus, ça n’est pas pour développer la région, mais pour remplir leurs poches." Les Tunisiens sont unanimes, depuis la révolution de 2011, la corruption a décuplé dans le pays. À Gafsa, ceux qui croient encore en la démocratie ne voteront pas pour les partis mais pour des candidats indépendants, auxquelles ils font encore un peu confiance. "Les partis achètent les voix des jeunes désespérés. Tous les partis le font ! Ils promettent un travail aux jeunes diplômés chômeurs en échange de leur vote. Ou ils se contentent de leur donner quelques billets. Ces élections puent, c’est une gangrène", dénonce un citoyen qui explique se présenter aux élections législatives qui suivront la présidentielle pour ne pas laisser le pays aux mafieux. "Si on laisse faire, le pays court à sa perte".

Pourquoi voter ?

Les jeunes n’attendent plus rien de ces élections. Ils sont totalement vaccinés par l’expérience de 2014, premières élections nationales post-révolution de 2011. Les rares qui voteront cette fois-ci le feront sans conviction mais en échange d’un panier de provisions, ou d’une promesse d’emploi faite par ces partis qui se pressent aujourd’hui dans la région de Gafsa pour acheter leur voix. "On sait très bien qu’ils nous oublieront juste après les élections", sentiment partagé par toutes les personnes interrogées. Dans la région, les infrastructures manquent, rien n’est fait pour attirer les investisseurs privés qui manquent cruellement. La seule opportunité d’emploi, c’est la Compagnie des Phosphates de Gafsa ou espérer devenir fonctionnaire, mais les places sont extrêmement rares. "J’ai attendu 14 ans avant de pouvoir être enfin embauchée. La plupart de mes compagnons eux attendent toujours de trouver un poste. Et s’ils tentent leur chance dans une autre région, ils se retrouveront face à d’autres jeunes en recherche d’emploi également", décrit Rym Saï, la responsable de l’association des chômeurs diplômés de la région.

Ces gens ont arrêté nos vies

"Je suis plus que déprimé. Je ne veux ni voter, ni rester dans ce pays. Ici, tu es condamné à passer tes journées au café, avec tes amis qui sont exactement dans la même situation". Dans la région, ils sont des milliers comme Amine, les yeux rivés sur son téléphone, à tuer le temps en jouant à des jeux vidéo qui ne l’intéressent aucunement. "Tu n’as pas de travail donc tu ne te maries pas, tu ne peux rien accomplir. Ces gens ont arrêté nos vies. Vous appelez cela démocratie ? Non, absolument pas. Les partis ne sont que des mafias".


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"Notre région produit pourtant l’une des principales ressources de devises de la Tunisie, le phosphate. Qu’avons-nous en échange ? Des cancers dus à la pollution liée à l’exploitation des mines, et des jeunes désœuvrés", dénonce la responsable de l’association Amal Environnement. En 2010, les 8 millions de tonnes extraites représentaient 4% du PIB, ce qui plaçait le pays au cinquième rang mondial du secteur. Depuis, les grèves et sit-in ont donné un coup de frein à la production. Les candidats se précipitent à Gafsa pour promettre qu’eux mettront fin à leur désespoir. Les jeunes, eux, les regardent passer.

Campagne d'affichage pour les élections à Tunis, le 02 septembre

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