Elections en RDC: vous n'avez rien compris à ce qu'il se passe au Congo? On fait le point

Elections en RDC: vous n'avez rien compris à ce qu'il se passe au Congo? On fait le point
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Elections en RDC: vous n'avez rien compris à ce qu'il se passe au Congo? On fait le point - © CAROLINE THIRION - AFP

Les Congolais doivent se rendre aux urnes ce dimanche pour élire le successeur du président Joseph Kabila, plus de deux ans après la fin officielle de son second mandat. Reporté à trois reprises, ce vote décrit comme historique est marqué par un climat de tensions et d'incertitudes. Comment en est-on arrivé là? Explication. 

Kabila renonce dans un climat de violences meurtrières

Fin 2016, le président Joseph Kabila est face à un problème: il arrive à la fin de son deuxième mandat et la Constitution lui interdit d'en briguer un troisième. Beaucoup le soupçonnent de vouloir s'accrocher au pouvoir, d'autant qu'aucun scrutin ne s'organise pour mettre en place sa succession. Dans un climat de violences meurtrières et d'affrontements avec une partie de la population, un accord est finalement trouvé entre le pouvoir et l'opposition.

Ces accords dits "de la Saint-Sylvestre" autorisent Joseph Kabila à rester président en attendant l'organisation d'élections générales, d'ici la "fin 2017". En contrepartie, un Premier ministre de l'opposition est nommé.

La tenue des élections et la nomination des candidats deviennent des enjeux majeurs. Mais la date butoir de fin 2017 n'est pas respectée et le vote est reporté fin 2018. La raison invoquée? Il serait techniquement impossible d'organiser ces élections dans les temps.

Entre-temps, Joseph Kabila reste au pouvoir. 

Kabila candidat? 

Début 2018, la presse congolaise s'agite: se pourrait-il que Joseph Kabila cherche tout de même à se maintenir au pouvoir? Selon plusieurs médias, c'est plausible. Même si la Commission électorale invalide la candidature de l'actuel président, ce dernier pourrait toujours saisir la Cour constitutionnelle qui vient tout juste d'intégrer trois nouveaux juges pro-Kabila.

Quelques heures avant la fin des inscriptions pour le scrutin, l'actuel président congolais finit par renoncer officiellement. A la place, il présente son dauphin: Emmanuel Ramazani Shadary. A 57 ans, Shadary fait figure de candidat de la continuité. Ex-ministre de l'Intérieur, il était notamment en poste lors de la répression sanglante des manifestations contre le maintien de Kabila au pouvoir.

Une opposition divisée, finalement mobilisée autour de 2 candidats

Face au dauphin de Kabila, l'opposition apparaît divisée. En totalité, une vingtaine de candidats se présentent sur les listes. Une division qui a de quoi réjouir le clan Kabila... les élections étant organisées sous le mode d'un scrutin à un tour.

Deux candidats de l'opposition sortent finalement du lot: Félix Tshisekedi - fils de l'opposant historique Etienne Tshisekedi - et Martin Fayulu.

Une question se pose: leur élection est-elle envisageable? Oui, selon des sondages publiés par l'Université de New York. Martin Fayulu est présenté comme le favori avec 44% de vote, devant 24% pour Félix Tshisekedi et 18% pour Emmanuel Shadary. 

Un ultime (?) report dans un climat tendu

Début décembre, un incendie détruit près de 80% des machines à voter de Kinshasa, où habite 15% de la population congolaise. Quelques jours plus tard, la CENI annonce le report des élections d'une semaine. Il s'agit alors du troisième report depuis novembre 2016. 

Autre rebondissement: dans trois zones du pays le vote est reporté à mars 2019. La raison évoquée? Il s'agit de zones en crise, touchées par Ebola ou des affrontements violents. De son côté, l'opposition crie au scandale et dénonce une volonté de mettre à l'écart trois bastions anti-Kabila, représentant 1,3 million d'électeurs sur un total de 40 millions. 

De toutes parts, on craint des violences post-électorales. 

Quelle crédibilité donner à cette élection? 

Joseph Kabila - actuellement toujours en place - assure "vouloir être sûr que ces élections aient lieu", mais le pays n'est pas à l'abri d'un énième rebondissement, voire d'une contestation des résultats. Les 100.000 machines à voter achetées par la commission électorale d'ores et déjà sont qualifiées de "machines à tricher" par l'opposition.

Par ailleurs, l'organisation de ces élections est un réel défi logistique pour ce pays de 2,3 millions de km² (80 fois la Belgique) manquant d'infrastructures routières. Alors qu'une grande partie du territoire n'a pas accès à l'électricité, le choix du vote électronique complexifie la situation. Le vote pourra-t-il se faire dans de bonnes conditions? Le doute plane. La RDC ayant refusé toute aide logistique de l'ONU et toute mission d'observation électorale européenne ou américaine. L'ambassadeur de l'UE à Kinshasa a même été expulsé à trois jours du scrutin.

Les journalistes occidentaux n'étaient, eux non plus, pas les bienvenus. Selon la Ceni, 67 journalistes étrangers ont été accrédités mais très peu de journalistes belges ont obtenu un visa. L'équipe de RTBF a, par exemple, été empêchée de se rendre en RDC, malgré des démarches entreprises très tôt. 

Les élections ne se feront toutefois pas sans observateurs... l'Union africaine, notamment, a été autorisée à en dépêcher sur place. 

La RDC, immenses richesses et pauvreté chronique

Si la RDC regorge de cobalt, de cuivre, de coltan, d'or, de diamants, la vaste majorité des 70 millions de Congolais vit avec moins de deux dollars par jour. 

Il faut dire que depuis son indépendance de la Belgique en 1960, le pays n'a jamais connu de transition pacifique du pouvoir. Entre 1996 et 2003, le pays a été ravagé par deux guerres qui ont fait au moins 3 millions de morts. Et de multiples conflits armés dévastent certaines zones du pays depuis plus de vingt ans. 

Le direct de notre journaliste Laurence Brecx à Brazzaville (29/12)

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