Elections en RDC: un bureau fictif à Béni pour des citoyens privés de vote

Des citoyens congolais attendent à l'extérieur d'un bureau de vote improvisé dans le district de Béni
Des citoyens congolais attendent à l'extérieur d'un bureau de vote improvisé dans le district de Béni - © ALEXIS HUGUET - AFP

"Nous avons le droit de voter comme les autres": un vote fictif a été improvisé à Beni, dans le nord-est de la RDC, pour protester contre le report des élections générales qui se tiennent ailleurs dimanche en République démocratique du Congo. Des organisations de jeunesse et la population ont installé une urne sur le terrain de Kalinda où plusieurs centaines de personnes ont attendu en file indienne, sans incident avec les forces de sécurité.

Au moins trois bureaux de vote ont été installés dans la ville.

Ici pas de "machines à voter" officiellement utilisées ailleurs dans le pays, mais des bulletins en papier que les participants remplissent à la main pour les trois élections présidentielle, législatives et provinciales.

Les élections ont été reportées dans la région de Beni-Butembo, officiellement pour des raisons sécuritaires (tueries de civils) et sanitaires (épidémie d'Ebola qui a tué 360 personnes). L'opposition proteste de son côté contre la mise à l'écart de plus d'un million d'électeurs. 

"Nous sommes venus ici au terrain de Kalinda pour voter. Nous avons le droit de voter comme les gens de la ville de Goma ou de Bukavu", a déclaré Manix. "C'est la raison pour laquelle vous voyez ici ces gens qui sont pour voter. La ville de Beni est dans la République démocratique du Congo. On ne ne peut pas nous priver" du droit de vote.

Le dépouillement a commencé à la lueur de téléphones portables

Cette élection avait des allures de vérité, celle des exclus vivant aux marges du pays, si loin de la capitale, qui ne comprennent pas les raisons de ce qu'ils considèrent comme un ostracisme de plus à leur encontre.

"Sur la prévention contre Ebola, nous avons pris toutes les mesures nécessaires de protection. On nous a demandé de nous laver les mains, nous avons été vaccinés, nous avons prévu même le désinfectant, le Bactigel pour les mains", affirme Kitonga Benshirak, habitant du quartier Malepe.

"Nous voudrions dire à la Céni (commission électorale) de considérer ces élections. Et le cas contraire nous allons considérer qu'il y a une balkanisation, c'est-à-dire que le Grand Nord sera considéré comme un pays à part entière. Le régime nous écarte de la République démocratique du Congo.", estime un autre habitant du quartier.

A la nuit tombée, une fois le vote terminé, le dépouillement a commencé à la lueur de téléphones portables et des lampes de fortune alimentées par des générateurs. Là aussi on se croirait à Kinshasa ou Lubumbashi, où l'on vote pour de vrai.

Lundi les votes seront réunis, comptés, puis annoncés. Un peu plus tôt que dans le reste de l'immense pays. Et il semble bien que l'opposant Martin Fayulu, le numéro 4, sortira grand vainqueur de ce vote populaire, qui ne sera pas pris en compte officiellement.

Les bureaux sont restés ouverts plus tard

En plus du report dans certaine régions du pays, les observateurs internationaux et plusieurs journalistes dont une équipe de la RTBF n'ont pas reçu leur accréditation afin de couvrir les élections de ce dimanche. Samedi, les deux candidats de l'opposition, Martin Fayulu et Felix Tshisekedi ont refusé de signer "un acte pour la paix"; sorte d'appel au calme après l'annonce des résultats des urnes; et contresigné par le candidat de la majorité Emmanuel  Ramazani Shadari. 

Ailleurs dans le pays, les élections ont enfin commencé dimanche, après trois reports et des années d'attente. Dans l'est, les opérations de vote ont commencé à partir de 06h00 (05h00 en Belgique). Le vote a commencé une heure plus tard dans l'Ouest et Kinshasa, la capitale. Des bureaux ont ouvert avec retard à Goma, fief de l'opposition, et ailleurs. Les 40 millions d'électeurs enregistrés ne pouvaient initialement voter que jusqu'à 17h00, vu le retard enregistré, les heures d'ouvertures ont été prolongées.

Au total, 21 candidats se présentent à ce scrutin à un seul tour, dont l'enjeu est historique: désigner le successeur de Joseph Kabila, pour une première transmission pacifique du pouvoir.
 

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK