RDC: les résultats publiés par la CENI "ne correspondent pas aux données collectées" par la mission d'observation de l'Eglise

L'évêque Donation Nshole et une délégation de la Cenco lors d'une conférence de presse à Bruxelles en mars 2018
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L'évêque Donation Nshole et une délégation de la Cenco lors d'une conférence de presse à Bruxelles en mars 2018 - © ERIC LALMAND - BELGA

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a donc annoncé cette nuit la victoire de Félix Tshisekedi aux élections présidentielles en République démocratique du Congo. Les premières réactions sont arrivées ce matin dans le pays. Dans un communiqué, le Comité Permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (Cenco) déclare que "les résultats de l'élection présidentielle tels que publiés par la CENI ne correspondent pas aux données collectées par (sa) mission d'observation à partir des bureaux de vote et de dépouillement".

La Cenco prend malgré tout "acte de la publication des résultats provisoires de l'élection présidentielle qui, pour la première fois dans l'histoire récente (du) pays, ouvre la voie à l'alternance au sommet de l'Etat".

Le peuple congolais est souverain et il a tranché

La coalition au pouvoir prend elle aussi acte de ces résultats. "Nous ne pouvons pas accepter ces résultats. Ils sont fabriqués" a déclaré pour sa part Martin Fayulu, deuxième de ce scrutin, à la RTBF ce matin. Le porte-parole du vainqueur Félix Tshisekedi répond : "Je comprends qu’il soit déçu, mais le peuple congolais est souverain et il a tranché". Coup d’œil sur les premières réactions sur place.

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La Commission électorale avait reporté plusieurs fois l’annonce de ces résultats, et c’est finalement cette nuit, vers trois heures du matin, que le verdict est tombé. Selon l’organe responsable du scrutin en République démocratique du Congo, c’est l’opposant Félix Tshisekedi, fils du leader Etienne Tshisekedi, qui se retrouve en tête des sondages avec 7 millions de voix. Un résultat à prendre avec précaution puisque les autres parti ont encore la possibilité de déposer un recours devant le Conseil constitutionnel. Autre élément important : les circonscriptions de Beni, Butembo (Nord-Kivu, Est de la RDC) et Yumbi (Mai-Ndombe, Ouest de la RDC) n’ont pas pu voter. L’annonce a évidemment suscité de nombreuses réactions en RDC.

La Cenco conteste les résultats

Les Evêques et Archevêques membres du Comité Permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) viennent de réagir en ce début d'après-midi à travers un communiqué. Selon l'organe, le résultat de l'élection ne correspond pas aux observations faites lors des scrutins le 30 décembre dernier. L'Eglise déclare que son propre comptage des voix fait ressortir la victoire d'un autre candidat que Tshisekedi dont elle ne précise pas le nom. 

Kinshasa prend acte et envisage des recours

"Nous sommes déçus par le mauvais score qui nous est attribué, mais nous prenons acte de la proclamation provisoire qui a été faite par la Commission électorale nationale indépendante. Nous verrons le cas échéant, comment introduire des recours par des voies légales", a déclaré Lambert Mende, porte-parole du Front commun pour le Congo (FCC), la coalition au pouvoir. Le candidat Emmanuel Shadary soutenu par cette coalition est arrivé en troisième position de ce scrutin avec 4.357.359 voix, soit 23,84% des suffrages. Le candidat Shadary n'a pas encore personnellement communiqué sur ces scores.

Martin Fayulu dénonce des résultats "fabriqués"

Une vilaine escroquerie de Monsieur Naanga et de son camp politique

Le principal perdant, l’opposant Martin Fayulu a dénoncé dans une interview donnée à nos collègues de Radio France Internationale un "putsch électoral" et des résultats qui n’ont "(…) rien à voir avec la vérité des urnes", selon lui. "C’est une vilaine escroquerie de M. Naanga et de son camp politique", a accusé Martin Fayulu, faisant référence à Corneille Naanga, le chef de la Céni. Celui qui est arrivé en deuxième position lors du scrutin annoncé cette nuit avec près de 6,4 millions de voix a appelé "(...) tous ceux qui ont observé les élections" à "nous dire la vérité et publier les résultats". "On ne peut pas se taire, c’est une escroquerie, c’est une blague qu’on ne peut pas aujourd’hui accepter", a ajouté Martin Fayulu au micro de Rfi.

Dans la foulée, une manifestation des partisans de Martin Fayulu a démarré ce matin à Kisangeni, au nord-est du pays. La police a tiré des gaz lacrymogènes et procédé à des tirs de sommation pour disperser les regroupements dans trois des cinq communes de la ville, selon des témoins.

On nous a volé la victoire 

"On nous a volé la victoire" criait un jeune homme dans le centre Kisangani ce matin. La police locale dit avoir trouvé des jeunes "en train de mettre le feu à la maison du chef d’antenne provinciale de la Céni. Mais nous sommes arrivés à temps pour les disperser", a déclaré le colonel Guy Diabongo, commandant de la ville de Kisangani.  

A noter que Jean-Yves le Drian s’est exprimé sur les résultats diffusés cette nuit par la Céni. Des résultats que le ministre français a jugé "non conformes" tout en s’exprimant sur Martin Fayulu, qui serait le vainqueur "a priori", selon lui.

Le clan Tshisekedi appelle au calme et rend hommage à Kabila

"Le peuple congolais a tranché, c’est la rupture. Nous allons commencer sur une nouvelle voie, celle de la démocratie", ce sont les mots du porte-parole du vainqueur des élections Felix Tshisekedi ce matin à la RTBF. Louis d’or Ngalamulume, qui est le représentant de Tshisekedi à Bruxelles, a également réagi aux propos de l’opposant Martin Fayulu ce matin. Selon le porte-parole, le terme de "putsch électoral" est à mettre sur le compte de la déception : "Je comprends qu’il soit déçu du résultat, mais le peuple congolais est souverain et il a tranché".

Pour le reste, le porte-parole de Félix Tshisekedi a tenu à réfuter les accusations venant de Fayulu sur l’existence d’un accord entre Tshisekedi et Kabila sur les résultats du scrutin. "Le seul deal qui existe aujourd’hui, c’est que le peuple congolais s’est mis d’accord pour trancher et passer à une nouvelle étape (…) Rien ne pourra se faire désormais sans Félix Tshisekedi", ajoute Louis d’or Ngalamulume.


Le porte-parole de Félix Tshisekedi s’est également adressé directement au gouvernement belge, demandant à celui-ci de se montrer "sincère" et d’accepter la disponibilité du nouveau chef d’Etat, qui est "disposé à travailler avec tout le monde" alors que la Belgique n’a pas encore commenté les résultats de ces élections.

De son côté, Félix Tshisekedi a lui rendu hommage au président sortant Joseph Kabila cette nuit, qu'il veut "considérer non pas comme un adversaire mais comme un partenaire de l'alternance démocratique en RDC".

La société civile appelle à "ne pas verser dans la violence"

De son côté, la "Nouvelle Société Civile Congolaise" (NSCC) a appelé les candidats à la présidence à "la sagesse, plus de responsabilité et à la courtoisie électorale". Cette plateforme qui regroupe 600 organisations de la société civile congolaise demande aux différents candidats de privilégier les voies légales de droit pour contester les résultats provisoires plutôt que d’inciter à la violence. Enfin, la NSCC demande également au peuple de "demeurer vigilant, pacifique et de ne pas céder à la manipulation et verser dans la violence".

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