Israël: "La campagne électorale s'est jouée autour de la personne de Netanyahu"

Six millions d’Israéliens sont appelés aux urnes afin d'élire leur Parlement, suite à la dissolution du Parlement en décembre dernier, et la convocation d'élections anticipées. Suite au départ de cinq députés du parti ultra-nationaliste Israël Beiteinou, la majorité ne tenait plus qu'à une seule voix au Parlement.

L'actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu est donc en lice pour un cinquième mandat, faisant preuve d'une belle longévité dans le monde politique israélien. "C’est un fin politicien, il ne faut jamais l’oublier. C’est quelqu’un qui a une armature idéologique extrêmement solide", commente Pascal Fenaux, journaliste, rédacteur à "La Revue Nouvelle ", qui couvre également Israël et la Palestine pour " Courrier international ".

"Il bénéficie surtout d’un système électoral qui est un système électoral belge à la puissance 1000, c’est-à-dire que c’est une circonscription unique, une élection à un tour avec énormément de partis en lice. Et donc, pour former une coalition gouvernementale, il faut être en mesure de pouvoir manœuvrer avec les partis politiques candidats à participer à une telle coalition. Jusqu’à présent, les dernières élections législatives avaient mis Netanyahu en ballottage, numériquement parlant, mais c’est finalement lui qui est parvenu à réunir à nouveau une coalition gouvernementale autour de sa personne et de son programme."

Profondes transformations démographiques

Une dizaine d'années au pouvoir durant lesquels le pays a évolué, et subi parfois de profondes transformations, avec un glissement vers la droite, comme l'explique Charles Enderlin, journaliste et ancien correspondant à Jérusalem pour France Télévisions. "Il y a eu, d’abord au plan démographique, de profondes transformations d’Israël. Vous avez une partie de la jeunesse qui, au cours de ces 10 dernières années, n’a connu au pouvoir que Benjamin Netanyahu. Il y a eu un véritable glissement vers la droite et il y a un certain nombre de raisons à cela. Il y a le problème palestinien, les intifadas, l’échec des négociations, et surtout, je crois que Benjamin Netanyahu a finalement tombé le masque."


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"Il avait publié en 1993, alors qu’il était dans l’opposition, un livre programme, et je crois qu’il est en train de l’appliquer, c’est-à-dire pas d’État palestinien, une autonomie extrêmement limitée et surtout une attaque permanente contre les valeurs de la gauche israélienne, de la gauche juive. Il considère dans ce livre que la gauche juive souffre d’un virus qu’elle a reçu au début du XXe siècle en Russie, le marxisme, et commet une erreur fondamentale en exigeant l’autodétermination pour les Palestiniens. Sa vision de droite a donc fini par s’imposer. Il faut quand même dire que depuis l’arrivée au pouvoir du Likoud avec Menahem Begin en 1977 jusqu’à maintenant, pendant les deux tiers de cette période on a eu en Israël des ministres de l’Éducation qui étaient soit religieux nationalistes, soit tout simplement du Likoud. Donc, il y a effectivement une transformation de la société israélienne que l’on observe aujourd’hui dans cette élection."

Une gauche qui disparaît

De là à voir une éradication de la gauche israélienne et de son Parti Travailliste, qui risque de perdre la moitié de ses sièges ? "Absolument, affirme Pascal Fenaux. Mais de toute façon, depuis 25-30 ans, le Parti travailliste... Il y a eu l’embellie, l’exception qui a permis les accords d’Oslo, avec le retour au pouvoir du Parti travailliste sous la houlette de Yitzhak Rabin, qui était déjà une personne très âgée à l’époque, on a tendance à l’oublier. Mais ça, ça a été l’exception dans un processus de délitement du Parti travailliste."

"Et le problème du Parti travailliste, c’est qu’alors qu’il était quasiment un parti État — c’est l’État qui a fondé l’État d’Israël et c’était lui qui était dominant dans la communauté juive pré-israélienne en Palestine sous mandat britannique — ce parti pâtit aujourd’hui du vote utile, c’est-à-dire que beaucoup de gens qui ont des sentiments travaillistes s’apprêtent à voter pour la plateforme politique présentée par les trois ex-chefs d’État major, Benny Gantz, Moshe Ya'alon et Gabi Ashkenazi. C’est donc un parti qui a perdu toute substance idéologique. Et surtout, d’un point de vue démographique et sociologique, ce qui était la base électorale du Parti travailliste a disparu. C’est un parti qui est en perdition et ce processus ira jusqu’à son terme, je le crains."

Une campagne autour de la personne de Netanyahu

"La campagne électorale s’est jouée essentiellement autour — pour ou contre - la personne de Netanyahu, contre le personnage autour de qui souffle un parfum pas très agréable de corruption, ajoute Pascal Fenaux.  Il est donc également possible qu’une partie de l’électorat de Likoud décide de faire payer à Netanyahu un comportement qui ne correspond pas aux valeurs qu’il défend par ailleurs et qu’il défendait dans le livre."

"La question palestinienne a été pratiquement absente de toute la campagne électorale et ce n’est pas la première fois. On a souvent tendance à surévaluer la place de la question palestinienne et du conflit israélo-palestinien lorsqu’il y a des élections législatives. En fait, ce qui est mis en avant, ce sont des questions sociales, des questions communautaires, des questions opposant les religieux aux laïcs et ce sont des questions de sécurité. Mais la question palestinienne en tant que telle et la possibilité ou non de parvenir à l’édification d’un État de Palestine dans les territoires occupés n’ont pratiquement pas fait l’objet de la campagne électorale."

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