Iran: Hassan Rohani remporte l'élection présidentielle

Hassan Rohani a une tête d'avance lors des premiers comptages des bulletins de vote
Hassan Rohani a une tête d'avance lors des premiers comptages des bulletins de vote - © AFP

Le religieux modéré Hassan Rohani a remporté l'élection présidentielle iranienne. Un précédent décompte mentionnait qu'il avait obtenu 51% des voix après le dépouillement des bulletins dans 65% des bureaux de vote, au premier tour du scrutin. Sa victoire est donc confirmée dès ce premier tour.

Cette victoire confirme les tendances dégagées après les premiers dépouillements. Sur 2,92 millions de bulletins de votes valides dépouillés, Hassan Rohani obtenait 1,46 million de voix devant le conservateur Mohammad Bagher Ghalibaf, qui en avaient seulement 487 000 voix (17%).

Le chef des négociateurs nucléaires Saïd Jalili a obtenu 383 820 voix (13%) et un ex-commandant des Gardiens de la Révolution, l'armée d'élite du régime, Mohsen Rezaïe 383 489 voix (10%), a précisé un porte-parole du ministère.

Les deux autres candidats, l'ex-chef de la diplomatie Ali Akbar Velayati et Mohammad Gharazi, sont hors-course.

Le ministère n'a donné aucun chiffre de participation à cette élection, alors que plus de 50,5 millions d'Iraniens étaient appelés aux urnes. Les électeurs se sont fortement mobilisés vendredi, selon les autorités locales.

Hassan Rohani, 64 ans, était le responsable des négociations sur le dossier nucléaire de Téhéran sous la présidence du réformateur Mohammad Khatami (1997-2005). Il prône plus de souplesse dans les discussions avec les grandes puissances pour alléger les sanctions décrétées contre Téhéran et qui ont provoqué une grave crise économique.

Saïd Jalili ou Mohammad Bagher Ghalibaf refusent quant à eux toute "concession", suivant la ligne du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Mobilisation massive

Le ministère n'a donné aucun chiffre de participation à cette élection, alors que plus de 50,5 millions d'Iraniens étaient appelés aux urnes. Les électeurs se sont fortement mobilisés vendredi, selon les autorités locales et la plupart des quotidiens iraniens se félicitaient du vote massif. Des responsables locaux cités par les médias ont estimé que le taux de participation pourrait dépasser les 70%.

La majorité des électeurs partageait la même préoccupation: la crise économique, qui se traduit par une hausse du chômage, une inflation supérieure à 30% et une dépréciation du rial de près de 70%. La crise a été provoquée par les sanctions internationales décrétées contre le programme nucléaire iranien. Téhéran, malgré ses démentis, est accusé de chercher à se doter de l'arme atomique sous couvert d'un programme civil.

Le prochain président sera le deuxième personnage de l'Etat selon la Constitution iranienne, mais il n'aura que peu d'influence sur les dossiers stratégiques comme le nucléaire, qui sont sous l'autorité directe du guide suprême.

Hassan Rohani, un religieux modéré

Le nouveau président iranien Hassan Rohani est un religieux modéré, partisan d'une plus grande souplesse vis-à-vis de l'Occident pour mettre fin aux sanctions ayant plongé son pays dans une grave crise économique. Alors qu'il n'avait au départ que peu de chances d'être en tête de la présidentielle, il a été en bénéficiant de la division du camp conservateur et du retrait du seul autre candidat réformateur, Mohammad Reza Aref.

Agé de 64 ans, Hassan Rohani, connu pour la très grande modération de son discours, est un proche de l'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani (modéré), qui a appelé, tout comme son successeur Mohammad Khatami (réformateur), à voter pour lui. En quelques jours, cette "union sacrée" a mobilisé une grande partie de l'électorat modéré qui voulait boycotter le scrutin après la répression des manifestations ayant suivi la présidentielle de 2009.

Le cheikh diplomate

Hassan Rohani a été vice-président du Parlement et chef des négociateurs nucléaires entre 2003 et 2005. C'est à cette période qu'il a gagné son surnom de "cheikh diplomate". En 2003, lors de négociations avec Paris, Londres et Berlin, il avait accepté la suspension de l'enrichissement d'uranium par l'Iran et l'application du protocole additionnel au Traité de non-prolifération (TNP), permettant des inspections inopinées des installations nucléaires iraniennes.

Cette décision lui avait fait gagner le respect des Occidentaux, mais les conservateurs l'ont accusé d'avoir été "sous le charme de la cravate et de l'eau de toilette de Jack Straw", alors ministre britannique des Affaires étrangères.

Durant la campagne électorale, Hassan Rohani a répété qu'il était partisan d'une plus grande souplesse pour mettre fin aux sanctions occidentales liées au programme nucléaire controversé de l'Iran.

Pas opposé à des discussions directes avec les USA

Détracteur de son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad, à qui il a reproché de s'attirer inutilement l'hostilité de la communauté internationale, ce sexagénaire a choisi pour symbole une clé, qui ouvre selon lui la porte des solutions aux problèmes du pays. "Mon gouvernement ne sera pas un gouvernement de compromis et de reddition (en matière nucléaire) mais nous ne serons pas non plus aventuriers", a-t-il affirmé, se disant "dans la continuité de Rafsandjani et Khatami".

Hassan Rohani n'a pas non plus écarté - "même si cela sera difficile" selon lui - des discussions directes avec les Etats-Unis, ennemi historique de la République islamique, pour régler la crise nucléaire. Cependant, selon la Constitution, les capacités d'action du président sont limitées sur les dossiers stratégiques, tel le nucléaire, au profit du guide suprême.

Un long passé politique

Religieux de rang de hodjatolislam (signe de l'islam), le nouveau président porte un turban blanc et une barbe grisonnante toujours très soignée. Fervent soutien du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Khomeini, avant même la révolution de 1979, Hassan Rohani a un long passé de responsable politique. Député entre 1980 et 2000, il a ensuite été élu membre de l'Assemblée des experts, instance chargée de superviser le travail du guide suprême Ali Khamenei.

Il est toujours représentant de l'ayatollah Khamenei au sein du Conseil suprême de la sécurité nationale. Mais il a quitté son poste de secrétaire de ce Conseil après l'élection de Mahmoud Ahmadinejad en 2005. Peu après, l'Iran relançait son programme d'enrichissement, s'attirant les foudres de l'ONU et des grandes puissances qui imposaient des sanctions économiques.

Il est également membre de l'Association du clergé combattant, qui réunit les religieux conservateurs, mais ces dernières années, il s'est rapproché des réformateurs. Pendant la campagne, il a néanmoins veillé à garder ses distances avec les candidats réformateurs malheureux de l'élection de 2009, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, placés en résidence surveillée.

Originaire de Sorkhey dans la province de Semnan (sud-est de Téhéran), Hassan Rohani est titulaire d'un doctorat de droit de l'Université de Glasgow. Il est marié et a quatre enfants.

Un président aux pouvoirs limités

Second personnage de l'Etat derrière le Guide suprême Ali Khamenei qui détient le véritable pouvoir en Iran, le président de la République dispose néanmoins de prérogatives qui lui donnent une certaine marge de manoeuvre. Selon la Constitution, le Guide suprême "définit les grandes politiques du régime de la République islamique et (...) les supervise". Il détient le pouvoir d'organiser un référendum, de déclarer la guerre ou d'annoncer la paix. C'est également lui qui nomme les membres du Conseil des gardiens de la Constitution, le chef de l'autorité judiciaire et le patron de la radio et télévision d'Etat.

Ses pouvoirs en matière militaire sont particulièrement importants. Chef des armées, il décrète la mobilisation générale, nomme les principaux responsables militaires, notamment des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite du pays et du bassidj (milice islamique), ainsi que de la police.

Il est aussi chargé de "régler tout problème insoluble du régime". Il peut aussi "démettre le président en tenant compte des intérêts du pays après un avis de la Cour suprême ou d'un vote de défiance du Parlement".

Le Guide s'appuie également sur le Conseil suprême de sécurité nationale chargé des questions stratégiques du pays. Il est officiellement présidé par le président de la République mais le véritable responsable est son "secrétaire", choisi parmi ses deux représentants. Le poste est actuellement occupé par Saïd Jalili, candidat malheureux face à Hassan Rohani, élu samedi à la présidence.

Ce conseil rassemble les principaux ministres - Défense, Renseignement, Intérieur et Affaires étrangères - ainsi que le président du Parlement, le chef du pouvoir judiciaire et les commandants des forces armées.

Le président de la République est quant à lui responsable de "l'application de la Constitution et de l'exécutif, à l'exception des affaires qui concernent directement le Guide suprême". Le président doit aussi tenir compte du Parlement qui vote la confiance à ses ministres et adopte le budget. Le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, s'est plaint ces deux dernières années de la "guérilla" menée par les députés contre ses projets de lois. En particulier, il a accusé le Parlement, pourtant dominé par les conservateurs, d'avoir totalement changé le projet de budget qui a été finalement adopté la semaine dernière, trois mois après le début de l'année budgétaire.

Mahmoud Ahmadinejad s'était plaint qu'on lui ronge ses pouvoirs alors que l'ancien président réformateur Mohammad Khatami (1997-2005) avait déclaré à la fin de second mandat que le président était seulement "chargé de la logistique".

Hassan Rohani devra aussi composer avec les conservateurs qui contrôlent la totalité des institutions du pays. Même la majorité des membres du Conseil de discernement, dirigé par l'ex-président modéré Akbar Hachémi-Rafsandjani, sont des conservateurs. Il reste que le pouvoir du président dépend aussi largement de sa personnalité. "La personnalité consensuelle de M. Rohani peut lui permettre de renforcer sa marge de manoeuvre", estime ainsi un responsable réformateur ayant requis l'anonymat. "Surtout, il bénéficie du soutien populaire mais aussi de ses connections au sein du camp conservateur".

L'ayatollah Khamenei a récemment rappelé l'importance du rôle du chef de l'exécutif. "Quelqu'un est élu pour quatre ans et prend en main la destinée du pays mais certaines décisions et actions, bonnes ou mauvaises, peuvent avoir des répercussions pendant 40 ans", a-t-il dit.

Manifestation à Bruxelles

Une trentaine de personnes ont, selon la police de Bruxelles-Ixelles, manifesté samedi de 17h30 à 18h30 devant l'ambassade d'Iran à Bruxelles pour dénoncer l'élection du religieux modéré Hassan Rohani à la présidence de la République islamique d'Iran. Les manifestants réclamaient un renversement de régime.

"Le guide suprême Ali Khamenei a choisi de faire passer Rohani", a dénonce la porte-parole d'IranRef, communauté iranienne en Belgique en faveur d'un changement de régime en Iran, Sonia Nobari. "Il a arrangé les votes en ce sens pour donner l'image d'un gouvernement moderne qui accepte le changement. La majorité des Iraniens a boycotté les élections", a-t-elle ajouté.

Derrière une bannière portant les mots "Les résidents du camp Liberty doivent retourner à Achraf", les manifestants de Bruxelles demandaient également l'appui des Nations Unies pour le rapatriement des quelque 3.000 opposants dans leur ancienne base.

Une attaque contre un camp d'opposants iraniens près de Bagdad, en Irak, a eu lieu samedi. Les premiers rapports font état de plusieurs morts et d'au moins une dizaine de blessés. Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a condamné l'attaque.

Ju. Vl. et Pa. Ba. avec agences

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