Elections en Corée du Sud : "Historique", un ex-diplomate nord-coréen élu député au Sud

L'ancien diplomate nord-coréen Thae Yong Ho, un bouquet dans les bras après sa victoire électorale aux législatives en Corée du Sud, à Séoul le 16 avril 2020
L'ancien diplomate nord-coréen Thae Yong Ho, un bouquet dans les bras après sa victoire électorale aux législatives en Corée du Sud, à Séoul le 16 avril 2020 - © Ed JONES

"Un jour historique pour la Corée"… L’ex-diplomate nord-coréen Thae Yong Ho a appris ce jeudi sa victoire aux législatives en Corée du Sud, quatre ans après s’être retrouvé en Une de la presse mondiale en faisant défection alors qu’il était le numéro 2 de l’ambassade de Corée du Nord en Grande-Bretagne.

Thae est le premier transfuge du Nord choisi directement par les électeurs sud-coréens, ce qui adressera selon lui un message très fort à toute la hiérarchie nord-coréenne.

"C’est un jour historique, non seulement pour moi, mais pour l’histoire de la Corée", a-t-il déclaré jeudi à l’AFP. Il n’a pu retenir ses larmes en entonnant l’hymne sud-coréen après avoir pris connaissance des résultats définitifs des législatives organisées la veille.

Élu avec 58,4% des voix

Thae, qui se présentait sous les couleurs du Parti pour un avenir uni (opposition conservatrice), a été élu avec 58,4% des voix dans la circonscription de Gangnam, quartier chic de Séoul qui avait été rendu mondialement célèbre par le chanteur Psy.

C’est sous le nom de Tae Ku-min qu’il s’était présenté, en reprenant ce pseudonyme qu’il s’était donné en arrivant au sud après sa fuite de Londres pour tenter de brouiller les pistes vis-à-vis des agents nord-coréens.


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Issu d’une famille de serviteurs loyaux du régime nord-coréen, Thae avait créé la stupeur en faisant défection en août 2016.

Il avait dit avoir perdu ses illusions sur Kim Jong Un et être passé au Sud pour épargner à ses enfants, qui ont vécu à Pyongyang et en Europe, une vie "misérable" en Corée du Nord.

"La vraie nature" de la Corée du Sud

Depuis lors, Thae est un critique farouche du régime nord-coréen comme de la politique d’apaisement du président sud-coréen de centre gauche Moon Jae-in.

Le Parti démocratique du chef de l’Etat a cependant obtenu lors des législatives la plus forte majorité depuis l’avènement de la démocratie en 1987, avec une participation qui était la plus élevée depuis 28 ans.

Un résultat qui s’explique surtout par la satisfaction des Sud-Coréens quant à la gestion de la crise du coronavirus par le gouvernement.

De son côté, Thae a formé le vœu que son élection donne espoir aux Nord-Coréens et à leur élite en exposant "la vraie nature de la démocratie libre de Corée du Sud" et en leur montrant comment se déroule "un scrutin libre et démocratique".

Les élections sont un concept radicalement différent selon qu’on se trouve au Sud ou au Nord de la Zone démilitarisée (DMZ) qui divise la péninsule en deux Etats toujours techniquement en guerre.

Au Nord, les citoyens attendent en ordre de placer dans l’urne un bulletin imprimé à l’avance comportant le nom du candidat unique, sous le regard du fondateur du régime Kim Il Sung et de son fils et successeur Kim Jong Il, dont les portraits sont omniprésents.

"Un jour, je suis sûr que les Nord-Coréens adopteront le même processus électoral" qu’au Sud, avait déclaré Thae à l’AFP pendant sa campagne.

Il ne sera cependant pas le seul réfugié du Nord à siéger à l’Assemblée nationale sud-coréenne.

Un autre transfuge, Ji Seong-ho, a été lui aussi élu mais dans le contingent de députés désignés à la proportionnelle, également sous les couleurs de l’opposition.


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Ce réfugié nord-coréen amputé d’une main et d’une jambe était devenu mondialement célèbre en 2018 quand il avait été salué par le président américain Donald Trump en plein Discours sur l’état de l’union.

On estime à 33.000 le nombre de Nord-Coréens devenus transfuges au Sud depuis la fin de la Guerre de Corée, en 1953. Mais il est rare que de hauts responsables le fassent.

Passé au Sud avec femme et enfants, M. Thae avait été qualifié de "pourriture humaine" par Pyongyang qui l’accuse d’avoir détourné une importante somme d’argent, violé un mineur et espionné pour le compte de Séoul.

Tenue du scrutin électoral dans un bureau de vote de Séoul, ce 15 avril

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