Elections en Afrique du sud : l’ANC en perte de vitesse

Julius Malema en meeting electoral dans le stade d'Alexandra. Son parti, les Combattants pour la liberté économique (EFF), prône la privatisation des terres, des mines et des banques.
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Julius Malema en meeting electoral dans le stade d'Alexandra. Son parti, les Combattants pour la liberté économique (EFF), prône la privatisation des terres, des mines et des banques. - © Valérie Hirsch

26 millions de Sud-Africains se rendent aux urnes ce mercredi. Sauf surprise de taille, le parti au pouvoir, le Congrès National Africain (ANC), va remporter les législatives. En 2014, il avait engrangé 62% des voix. Cette fois, il pourrait subir une chute comprise, selon les sondages, entre 2 et 13%. A en croire l’Institut des relations raciales, en cas de faible participation, l’ANC pourrait même perdre sa majorité. Lors des municipales de 2016, l’ancien mouvement de libération avait chuté à 54%. Le président Cyril Ramaphosa devrait, lui, être reconduit dans ses fonctions : il sera élu par les députés de l’ANC.

Lundi et mardi, les votes spéciaux organisés notamment pour des personnes invalides ont été perturbés, dans plusieurs localités, par des manifestations de mécontentement contre la mauvaise gestion et la corruption. 21 personnes ont été arrêtées mardi. Le mois dernier, des manifestants avaient déjà barricadé les rues d’Alexandra (Alex), à Johannesburg, pour protester contre la surpopulation, l’insalubrité et le manque d’emplois dans ce township de 350.000 habitants sur 7 km2.

On nous avait promis beaucoup de changements mais il n’y en a pas eu.

Beaucoup de jeunes ont perdu espoir, comme Dumisani Chauke, qui travaille dans un centre d’appels à Alex : « On nous avait promis beaucoup de changements mais il n’y en a pas eu. Où est passé l’argent ? ». Les fonds de quelque 100 millions d’euros alloués en 2001 à la rénovation d’Alexandra et la construction de logements se sont en grande partie volatilisés. Ils auraient été détournés par le parti au pouvoir : les contrats, attribués à des membres de l’ANC, auraient été très largement surfacturés. La corruption coûterait près de 2 milliards d’euros par an au budget national, selon le ministre de l’Economie Ebrahim Patel.

Le président Ramaphosa a promis de nettoyer son parti. Mais beaucoup d’électeurs doutent qu’il y parvienne. Plusieurs leaders corrompus figurent d’ailleurs en bonne place sur la liste de l’ANC. « On doit s’attendre à de la résistance de ceux qui ont bénéficié des malversations, a-t-il reconnu lors de son meeting de clôture, dimanche. Mais n’ayez pas de doutes que ceux qui sont responsables de malfaisances et aussi de corruption devront rendre des comptes. L’ère de l’impunité est terminée. »

Jeunes désenchantés

A Alexandra, comme ailleurs, beaucoup de jeunes sont désenchantés. Ils n’iront pas voter ou iront grossir les rangs des Combattants pour la liberté économique (EFF). Le parti de Julius Malema prône la privatisation des terres, des mines et des banques. « On a besoin d’un changement radical, car il n’y a pas de travail et l’économie va mal », pense une diplômée en marketing au chômage depuis trois ans. Elle vend des pantoufles dans la rue pour survivre. Les EFF pourraient doubler leur score de 6%, en 2014, à 12%.

A Alexandra, cette formation populiste a déjà mis son slogan d’« expropriation sans compensation » en pratique : elle s’est approprié illégalement un terrain vague municipal qui surplombe une rivière. « Nous avons donné plus de 400 parcelles à des mal-logés », se félicite Oupa Sako, conseiller municipal des EFF. Des dizaines de maisons en brique ont déjà surgi sous d’énormes pylônes électriques. La municipalité de Johannesburg laisse faire : pourtant grand défenseur de la propriété privée, le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique, qui contrôle la mairie depuis 2016, a besoin de l’appui du parti de Malema pour garder sa majorité. L’opposition espère d’ailleurs arracher, ce mercredi, le contrôle de la province de Gauteng (Johannesburg-Pretoria), la plus riche du pays.

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