Elections aux Pays-Bas : le secret de la longévité de Mark Rutte

Trois jours au lieu d’un... des bureaux de vote qui s’invitent dans des lieux insolites pour favoriser le respect des règles sanitaires...  des votes par correspondance pour les plus de 70 ans (agrémentés de quelques couacs) : les élections législatives aux Pays-Bas sont inédites à plus d’un titre.

Covid oblige, l’électeur néerlandais est contraint, cette année, de revoir quelque peu ses habitudes. Pourtant, dans l’isoloir, c’est sans doute la voie de la continuité et de la stabilité qu'il choisira, en reconduisant le premier ministre sortant, Mark Rutte.


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Cela fait plus de 10 ans que le libéral dirige les Pays-Bas. Une longévité qui le place juste derrière les indéboulonnables Angela Merkel et Viktor Orban en Europe.

Certes, les images de manifestants assez remontés contre le gouvernement ce dimanche à La Haye, traduisent un certain mécontentement de la population néerlandaise. Mais si l’on en croit les sondages, le parti de Mark Rutte (le VVD) l'emportera haut la main, avec 40 sièges sur 150 au Parlement.

L’effet Corona

La popularité de Mark Rutte est un signe des temps. Dans d’autres pays, les gouvernements en place ont plutôt la cote ces derniers temps. Mark Rutte est le capitaine au gouvernail. Et on ne change pas de capitaine en pleine tempête Covid.

Selon le politologue néerlandais Andre Krouwel, on peut clairement parler "d’effet corona" : "Il bénéficie non seulement de ce que nous appelons le ‘bonus Premier ministre’, c'est-à-dire le fait d'être déjà au pouvoir au poste Premier ministre, mais aussi le ‘bonus corona’, car il était au pouvoir pendant la pandémie."

Le coronavirus a largement dominé la campagne électorale néerlandaise. Il a éclipsé des thèmes omniprésents lors des élections précédentes, comme l’immigration, terreau de l’extrême droite et de son chef de file, Geert Wilders. Le populiste aux cheveux blonds peroxydés a eu beaucoup de mal à se positionner sur l’immigration lors de cette campagne. Il a dû concentrer ses critiques sur la gestion de la pandémie par le gouvernement sortant, l’accusant de "prendre tout le pays en otage dans la peur et l’absence de liberté." Une rhétorique qui peine à renverser la tendance, puisque les sondages ne créditent Geert Wilders que de 20 sièges, deux fois moins que le parti de Mark Rutte.

Premier ministre "Teflon"

La voie semble donc royale vers la victoire. Pourtant, il y a quelques semaines à peine, Mark Rutte était contraint de démissionner dans le cadre de ce que l’on a appelé l’affaire des allocations familiales, où des milliers de familles néerlandaises ont été accusées à tort par l’administration fiscale de fraude aux allocations.


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Le scandale ne mouillait pas directement le Premier ministre. Mais ce dernier a préféré jeter l'éponge. Un "geste" sans doute calculé mais qui semble faire mouche auprès des Néerlandais.

Pour ses détracteurs, Mark Rutte n’a jamais aussi bien porté son surnom de "Premier ministre Teflon". Il résiste aux griffes. Il a cette faculté de sortir indemne de toutes les mauvaises passes. Et puis surtout, il résiste aux écarts de températures. Il est capable de gouverner avec la gauche ou avec la droite, et même avec la bénédiction de l’extrême droite. Très pragmatique, il ne s’accroche pas coûte que coûte à ses idées. Rien n’adhère au Teflon. Pour ses opposants, Mark Rutte manque cruellement de vision.

Monsieur "Non"

En Belgique, on connaît plutôt Mark Rutte comme le Monsieur "Non". Le chef de file des pays frugaux. On se souvient de son attitude intransigeante cet été lors des négociations sur le fameux plan de relance européen. Mais là encore, ses positions étaient largement dictées par son gouvernement aux Pays-Bas, en particulier par les démocrates-chrétiens au sein de sa coalition, incarnés par l’inflexible ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra.


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Monsieur "Tout le monde"

Enfin, pour compléter le personnage et mieux comprendre sa longévité, on pourrait donner à Mark Rutte un autre surnom. Celui de "Monsieur tout le monde". Mark Rutte, ce n’est pas la politique "bling bling". Pas le genre à rouler en limousine. Le jour de sa démission en janvier, il est allé chez le Roi... à vélo. Il habite toujours dans le petit appartement qu’il a acheté après ses études. Ce côté humble, ce côté normal, plaît apparemment beaucoup aux Néerlandais.

Voilà qui n’est pas sans rappeler Angela Merkel dont le train de vie minimaliste n’a pas changé avec l’exercice du pouvoir. Mark Rutte partage d’ailleurs une autre caractéristique avec la chancelière allemande : au fil des ans, le Néerlandais a fait le vide autour de lui. Tôt ou tard, il lui faudra passer le flambeau. Or, il n’y a pas au sein de son parti de successeur potentiel qui se profile.

Les électeurs votent sans doute plus pour la "marque Rutte" que pour le VVD. Signe que l'avenir du parti est  à (re)construire : le VVD est le premier parti du pays en sièges, mais neuvième seulement en nombre d’affiliés. Aujourd’hui, le parti, c’est lui. Qu’en restera-t-il lorsque Mark Rutte aura quitté la scène politique ?

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Journal télévisé 17/03/2021

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