Elections au Luxembourg: "A terme, l'index n'est plus tenable"

Le Premier ministre Jean-Claude Juncker est au centre des élections de dimanche.
Le Premier ministre Jean-Claude Juncker est au centre des élections de dimanche. - © RAINER JENSEN - IMAGEGLOBE

Dimanche, les Luxembourgeois éliront les 60 députés que compte leur Parlement. Dans le sillage des dysfonctionnements du Service de Renseignements, une crise gouvernementale née en juillet a entraîné des élections anticipées. L’augmentation du chômage et les logements toujours plus chers effraient la population qui sait que le secret bancaire, véritable valeur ajoutée de leur pays, aura bientôt vécu, faisant tomber un pan important des ressources financières du Luxembourg. Pour Philippe Poirier, politologue à l’Université de Luxembourg, l’index n'en sortira pas indemne.

Vu de l’extérieur, le Luxembourg reste un paradis fiscal affichant un revenu par habitant le plus élevé du monde devant le Qatar. Mais en janvier 2015 sonnera le glas du secret bancaire. Une petite révolution qui arrive au moment où apparaît au Luxembourg la première période de stagnation économique depuis 25 ans. Et la place financière n’est pas la seule à être impactée, analyse Philippe Poirier, politologue à l’Université de Luxembourg: les transports aériens et la logistique en subissent aussi les conséquences. "Pour les Luxembourgeois, c’est un moment d’inquiétude et d’angoisse économique. Les recettes fiscales liées à la place financière représentent 1/3 des recettes. Elles ont une grande incidence sur le financement du modèle social luxembourgeois et surtout sur la fonction publique: 60% des Luxembourgeois travaillent pour l’Etat."

L’index dans le collimateur

Un accord entre les partis prévoit le maintien de l’indexation des salaires mais, prévient Philippe Poirier, ses modalités d’application et se durabilité seront remis en cause "le taux de l’indexation serra adapté et devrait, à plus long terme, disparaître, car l’index n’est plus tenable en raison de l’état des finances publiques qui commence à se dégrader". Et derrière la question de l’index se posera inévitablement celle de  l’avenir des fonds de pensions. "Là aussi il y a alerte rouge pour une population électorale qui est la plus âgée de l’union européenne."

L’impact des élections sur les Begles frontaliers

Le Luxembourg attire énormément de Belges qui viennent y travailler. "Déjà ’économie luxembourgeoise accueille plus de 150 000 frontalier tous les jours. Si le secteur financier ralentit, les activités dans des domaines comme le social et la santé, continueront à se développer. Il y a donc encore une grande marge de manœuvre". Mais aux yeux du politologue, le Luxembourg a une responsabilité de grande métropole pour ses trois frontières: "Les Luxembourgeois comme les frontaliers doivent prendre conscience que ce n’est pas une bonne nouvelle alors que certains vivent déjà pour dans des régions sinistrées."

L’avenir de Jean-Claude Juncker

Le Premier ministre Jean-Claude Juncker est au centre des élections de dimanche. Le fait qu’il ait dû démissionner suite à l’affaire des services de renseignement ne signifie en rien la mort du 'Sphinx '. Il garde un très haut taux de popularité, analyse Philippe Poirier: "Plus de 60% des Luxembourgeois lui accorde sa confiance. Il apparaît comme une grande ressource au niveau de l’Union européenne. C’est important pour un pays qui se retrouve dans une Europe à 28." Jean-Claude Juncker a déjà annoncé que s’il est rejeté dans l’opposition, il en restera le chef. Les sondages le donnent pourtant gagnant. "Jean-Claude Juncker dispose d’une grande autorité au-delà de son propre parti politique. Il y a comme une domination personnelle de la scène politique par Jean-Claude Junckers et il sera difficile, pour le pays, de prendre ces distances à son égard."

Jean-Claude Verset

 

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