L'Iowa, un Etat mauve qu'Obama pourrait remporter

Une jeune citoyenne en Iowa
Une jeune citoyenne en Iowa - © AFP

Un petit Etat du Midwest de 3 millions d’habitants dont la population est blanche à près de 90% avec seulement 5% de latinos et 3% de noirs, l’Iowa tient une place importante dans la vie politique américaine.

C’est en effet par son caucus que commence la saison des primaires tous les quatre ans au mois de janvier. De ce fait, l’Iowa peut servir de test pour des candidatures qui ne sont pas issues de l’establishement.

En effet, un candidat comme Barack Obama en 2008 ou Tim Pawlenty cette année, peu connu du grand public et avec des moyens financiers limités, peut conduire une campagne de terrain de longue haleine pour convaincre les électeurs de l’Iowa.

Le porte-à-porte, les réunions entre voisins dans les cuisines et les salons, le contact direct avec les citoyens, la campagne pour le caucus peut durer toute une année. Et une victoire peut donner des ailes à une candidature fragile.

Après sa victoire en 2008, Obama a enfin été considéré comme un candidat sérieux puisqu’il s’est prouvé capable de gagner la confiance d’électeurs blancs.

Cette année, chez les Républicains, Pawlenty a vu sa campagne recevoir des dons substantiels après avoir remporté l’Iowa avec une campagne artisanale tout au long de l’année 2011.

Mais si le caucus de l’Iowa peut lancer une campagne, il n’est pas toujours déterminant. Parmi les perdants de ces trente dernières années on peut noter Bill Clinton en 1992, John McCain en 2008, Ronald Reagan en 1980.

Malgré son faible nombre de grands électeurs (6), l’Iowa joue un rôle souvent important lors de l’élection présidentielle elle-même. Depuis 1988, l’état favorise les candidats démocrates mais reste néanmoins un "swing state" qui a donné la victoire à George Bush en 2004.

L’Iowa reste un Etat compétitif où les deux candidats peuvent l’emporter à cause d’une part des facteurs démographiques et de l’autre par son rôle lors des primaires.

En effet, tous les quatre ans l’un ou l’autre parti (parfois même les deux lorsqu’il n’y a aucun candidat sortant comme en 2008) prend part au Caucus et dépense beaucoup de temps et d’énergie afin de convaincre leurs électeurs respectifs de soutenir tel ou tel candidat. Cela contribue donc à une présence importante des partis politiques ainsi qu’à une excellente organisation sur le terrain dont ils se servent aussi lors de l’élection proprement dite.

Malgré le fait que 60% de la population de l’Iowa vit maintenant en ville, l’état a longtemps été très rural. A partir des années 1980, avec la crise agricole, l’exode rural s’intensifie et les zones rurales perdent en population. Ceci participe à l’affaiblissement du parti républicain qui jusque là avait été hégémonique dans l’Iowa.

Face à la perte de puissance du secteur agricole, l’Iowa a reconverti son économie dans les secteurs des services, de la haute technologie et de la finance. Cette diversification économique se traduit politiquement aujourd’hui.

La géographie électorale de l’Iowa est moins clairement divisée que dans d’autres Etats. S’il existe une fracture est/ouest avec les démocrates plus puissants dans la première partie et les républicains dans la seconde, les deux partis obtiennent des scores relativement importants dans les zones plus favorables à l’adversaire.

L’Iowa est donc le parfait exemple d’un état "mauve" où le bleu des démocrates et le rouge des républicains s’entremêlent, questionnant l’idée reçue d’une Amérique démocrate et d’une Amérique républicaine divisée en grandes zones géographiques homogènes.

De manière générale, les électeurs démocrates de l’est de l’Etat sont des ouvriers de l’industrie automobile, à Iowa City, ce sont les élites libérales autour de l’université de l’Iowa et au sud ce sont des démocrates plus conservateurs, proches du Missouri.

Les républicains eux se trouvent plus à l’ouest où la culture politique est très conservatrice, proche de celle du Nebraska voisin, et où l’agriculture reste le pilier de l’économie locale.

Le centre de l’Etat est la zone la plus compétitive entre les deux partis. Des Moines, la capitale et la ville la plus peuplée de l’Etat tend à voter démocrate mais elle se trouve entourée de zones rurales plus conservatrices qui tendent vers les républicains.

Les latinos, si déterminants ailleurs, ne représentent que 5% de la population dans l’Iowa mais dans une course aussi serrée peuvent être la clé d’une victoire d’Obama.

Un autre élément en sa faveur est le taux de chômage faible de 5,2%, dû en partie à la bonne santé des industries liées au secteur de l’automobile.

Mais la longue campagne de la primaire républicaine en 2011 a donné l’opportunité aux conservateurs d’inonder les électeurs de l’Iowa de messages critiques du président, préparant le terrain pour les arguments de Mitt Romney. Si une victoire dans l’Iowa n’est pas impossible pour le candidat républicain, la partie semble cependant difficile alors que les sondages donnent 3% d’avance à Obama à quelques jours de l’élection.

 

Katya Long, chargée de recherche au FNRS

Spécialiste du système politique américain, Katya Long a consacré sa thèse au dilemme républicain dans les premières décennies de l'histoire des États-Unis. Elle est aujourd'hui attachée au Centre de recherche sur la vie politique de l'ULB (CEVIPOL) et s'intéresse particulièrement à la présidence américaine.