Élections américaines 2020 : que faut-il attendre du premier débat Trump vs Biden ?

Cette fois on y est ! La campagne pour l’élection présidentielle américaine va vraiment débuter ce soir avec un premier débat entre les deux candidats, le président sortant Donald Trump pour les républicains face au candidat démocrate et ancien vice-président Joe Biden. Une élection qui s’annonce cruciale, tant la société américaine est aujourd’hui divisée, à l’image des deux candidats aux méthodes et à la vision du monde radicalement opposées.

Des dizaines de millions d’Américains seront rivés à leurs écrans ce mardi pour ce premier débat télévisé qui se déroulera à l’Université Case Western Reserve à Cleveland dans l’Ohio. Un événement-spectacle majeur, même si son impact sur le scrutin devrait rester limité, dans un climat ultra-polarisé ne comptant que de rares indécis.

 

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La salle à Cleveland où se déroulera le premier débat ©  Scott Olson 2020 Getty Images

Gare à la gaffe

Si ce débat ne déterminera le nom du prochain président, il pourrait jouer grandement en la défaveur de l’un ou l’autre de ces candidats selon Thomas Snegaroff, journaliste, historien des États-Unis contemporains et invité de l’émission Matin Première : "Il est possible qu’un des deux hommes s’élimine avec une gaffe ou une erreur. Gérald Ford en 1976 avait affirmé que la Pologne n’était pas sous domination soviétique. Déclaration qui a presque fait tomber son opposant Jimmy Carter de sa chaise. Suite à cela c’était quasiment fini pour Gérald Ford".

"Mais dans le cas présent, il y a beaucoup d’inconnues. Il y a la question de la capacité intellectuelle des deux candidats, la préparation qui semble fragile du côté de Donald Trump alors que Biden s’est beaucoup plus préparé à ce rendez-vous", ajoute l'historien.

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©  2020 Getty Images Joshua Roberts

L’attaque vs la gestion

Cependant, Thomas Snegaroff remarque un changement de paradigme par rapport aux débats passés : "Habituellement le président sortant est plus dans une attitude passive vu sa stature présidentielle, il gagne du temps et c’est le challenger qui a tendance à plus s’engager dans le débat. C’est lui qui met tout ce qu’il a dans la bataille, il est beaucoup plus pugnace. Ici c’est l’inverse. On peut imaginer que ce soir ce sera Donald Trump qui sera au taquet, à fond et qui attaque et attaque et Joe Biden qui est en avance dans les sondages, sera plutôt dans une attitude de gestion de son avance, ce qui peut être à risque mais ça peut être le genre de débat qu’on aura cette nuit".


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À chacun son poulain

Les thèmes abordés lors de ce premier débat seront nombreux. Le bilan des deux hommes, la Cour suprême, la crise sanitaire, l’économie, les tensions raciales et l’intégrité du scrutin.

Pour Thomas Snegaroff, chacun de ces sujets est potentiellement explosif pour les deux candidats : " On voit à quel point l’Amérique est divisée, quand on voit à quel point chacun de ces thèmes est un sujet de clivage idéologique majeur entre les deux hommes et pas qu’un clivage politique. Chacun des thèmes est un sujet de clivage idéologique pour les Américains car nous avons deux Amériques qui se font face. Et ce débat, les Américains vont le regarder à travers certains biais cognitifs qui donneront l’impression à chacun que son candidat s’est mieux défendu que l’autre. Donc demain on pourrait se réveiller avec une Amérique encore plus divisée, même si on n’est pas à l’abri d’une surprise".

Lors de ces débats les candidats tentent de séduire les électeurs indécis, ceux qui ne savent pas encore pour qui ils vont voter.

Ce qui est intéressant cette fois, c’est qu’il y a très peu d’indécis à en croire l’analyse de Thomas Snegaroff : "Il y a très peu d’indécis. Habituellement on a 15 à 20% d’électeurs qui doutent et qui peuvent faire pencher l’élection. Là on a un tout petit nombre d’indécis. Ce qui ne veut pas dire que tout est figé".

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© Tous droits réservés

Motiver les Américains

En effet rien n’est encore joué aujourd’hui car pour l’historien, le véritable enjeu de ces élections c’est le taux de participation : "Il y a beaucoup d’Américains qui affirment qu’ils vont voter Trump et qui en fait ne vont pas aller voter et c’est valable pour Biden. C’est là que le débat de ce soir peut faire bouger les lignes. Parce qu’il peut pousser les gens à se déplacer pour aller voter. En 2016, il n’y a eu que 50% de participation. Si Hilary Clinton avait eu le même taux de participation que Barack Obama en 2008, elle l’emportait très largement face à Donald Trump. Donc Donald Trump n’a pas intérêt à ce qu’il y ait une participation très élevée, à l’inverse Joe Biden doit mobiliser ses électeurs. C’est pourquoi chacun des candidats va dépeindre l’Amérique de l’autre comme une Amérique apocalyptique", explique Thomas Snegaroff.

En 2018 lors des midterms, la vague démocrate l’avait emporté grâce à un taux de participation élevé de personnes qui ne votent pas habituellement.

Un débat agité

Sur la forme, ce débat de 2020 risque d’être engagé vu l’antagonisme des deux hommes l’un envers l’autre : "Dans la mesure où Biden a comparé Trump à Joseph Goebbels et Trump a dépeint l’Amérique de Joe Biden comme un pays d’anarchistes de gauche où les femmes seront violées, je doute que ce débat soit courtois".

Autre particularité de ce débat c’est qu’il sera mené par le journaliste de Fox News, Chris Wallace affilié au parti démocrate. Un paramètre qui peut paraître problématique vu d’Europe en ce qui concerne l’impartialité du journaliste.


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"Aux États-Unis, les journalistes n’avancent pas masqués. Par exemple, le Washington Post a déjà annoncé qu’il encouragerait à voter pour Joe Biden. En ce qui concerne Chris Wallace, c’est un journaliste très célèbre aux États-Unis et très bon. Il est considéré comme le meilleur intervieweur aux États-Unis et il n’est pas un militant politique. Il n’a jamais fait aucun cadeau aux deux hommes qui vont débattre ce soir. Les Américains acceptent Wallace car ils savent que c’est un très grand professionnel", conclu l’historien Thomas Snegaroff.

Le débat de ce soir débutera à 21 heures heure de New-York, soit 3 heures du matin ce mercredi en Belgique et durera 90 minutes. S’en suivront d’autres débats durant les 35 jours qu’il reste avant le jour de l’élection (3 novembre) et notamment des débats où les deux candidats devront répondre aux questions des Américains.

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