Elections en Algérie: ces candidats favoris perçus comme des enfants du "système"

Février 2019. Une contestation inédite secoue l’Algérie. Un mouvement d’une ampleur spontanée. Depuis lors, plus une semaine sans manifester l’envie de renouveau qui souffle déjà dans les rues. Deux semaines plus tard, le président Bouteflika, en reportant la présidentielle, annonce surtout qu’il ne s’y présentera pas. Le "Hirak" était né. Ce mouvement, sans structure officielle ni leader, réclame des institutions débarrassées de l’ensemble du système. D’emblée, il rejette aussi la présidentielle qui ne vise, selon eux, qu’à prolonger cette caste politique issue du sérail Bouteflika.

Plus de 10 mois après le début de la contestation, les élections ont bel et bien lieu. Et nombreux sont donc les Algériens à les considérer comme un tour de force, pour permettre au régime largement contesté de survivre. Le mouvement dénonce une "mascarade électorale", en exigeant le départ de tous ceux qui ont pris part aux 20 ans de présidence de l’ancien président. Un cri dans le désert, puisque, comme on va le découvrir ci-dessous, les cinq favoris à la présidentielle ont tous soutenu le président déchu. Beaucoup ont participé à sa présidence.

Abdelmajid Tebboune a 74 ans. Haut fonctionnaire de carrière de formation. Brièvement ministre à 46 ans. Mais c’est sous l’ère Bouteflika qu’il accomplira l’essentiel de sa carrière ministérielle. En 2017, il sera même nommé chef de son gouvernement. Un rôle de Premier ministre très éphémère : Tebboune est limogé au bout de trois petits mois. On lui reproche de s’être attaqué à des conseilleurs gravitants dans l’entourage proche du président. Depuis, il fait tout pour faire oublier son passé au service du président déchu. Il a d’ailleurs régulièrement mis en avant cette "trahison" supposée pour tenter de prouver que les liens sont brisés. Il n’empêche, il est toujours membre du Comité central de Front de libération nationale, le FLN. Tebboune, une fois encore, se distancie de la formation d’Abdelaziz Bouteflika en se présentant sans étiquette.

Ali Benflis, qui fut magistrat, est le candidat le plus âgé à se présenter aux élections : il a 75 ans. Et ce n’est pas faute de persévérer : c’est la troisième fois qu’il se présente à la présidentielle. Entre Benflis et l’ancien président, les liens sont ténus. Ali Benflis a d’abord été directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika avant de devenir son chef de cabinet. En 2000, il est même promu Premier ministre. Une brouille vient mettre à mal ces liens privilégiés : les deux hommes s’affrontent à la présidentielle de 2004 et 2014. Benflis met en avant ces combats pour justifier ses positions, allant jusqu’à se présenter comme le principal opposant en Algérie. Là où ses détracteurs ne voient qu’un savant calculateur, un briscard du système.

Avant de verser dans la politique, Azzedine Mihoubi fut autrefois journaliste, écrivain et même auteur de poèmes. Il devient député dès 1997. Puis il enchaîne les postes ministériels sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Ministre de la Communication puis de la Culture. Il conserve ce poste jusqu’à la chute de son mentor. En juillet dernier, il prend la tête du Rassemblement national démocratique, le principal allié du FLN au sein de l’Alliance présidentielle soutenant l’ancien président.

Abdelaziz Belaïd est le plus jeune candidat du scrutin. Jeune adulte, en 1986, il rejoint le FLN. Ce parti, il le quitte en 2011 pour en fonder un autre, à l’audience confidentielle. Il reste loyal au président Bouteflika. Ce nouveau parti est un soutien au président.

Abdelkader Bengrina, 57 ans, est un ancien syndicaliste. A la fin des années 90, il est nommé ministre du Tourisme. En 2012, il fonde un nouveau parti islamiste qui soutient la présidence Bouteflika.

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