Election présidentielle reportée d'une semaine: la frustration est grande en RDC, déjà des arrestations

La "première transmission pacifique" du pouvoir en République démocratique du Congo (RDC) attendra encore au moins une semaine: les élections supposées désigner le successeur du président Joseph Kabila ont de nouveau été reportées de sept jours, au 30 décembre.

Fin 2017, puis le 23 décembre 2018, et maintenant le 30 décembre: c'est le troisième report de ces élections générales depuis la fin du deuxième et dernier mandat de M. Kabila le 20 décembre 2016, dans le plus grand pays d'Afrique sub-saharienne, connu pour son instabilité et ses richesses minérales.

Elles étaient prévues depuis près d’un an à la date du 23 décembre, mais sont repoussées d’une semaine. La Commission électorale a officialisé la décision. Elle avait prévenu, elle n’est pas en mesure d’organiser les élections si rapidement, notamment parce qu’un incendie a détruit des milliers de machines électroniques et des urnes la semaine dernière. Pendant ce temps, sur place, on craint que des violences se produisent suite à ce report.

" Une impasse technique ", c’est ainsi que le président de la Commission électorale, Corneille Nangaa, décrit la situation. Il dit être dans l’incapacité d’organiser le scrutin à la date prévue du 23 décembre. Ce sont des raisons logistiques qui sont évoquées. Selon la CENI, les problèmes se poseraient à Kinshasa, la capitale, mais les observateurs s’accordent sur le fait qu’une grande partie des bulletins de vote, fiches électorales et procès-verbaux doivent toujours être acheminés dans les bureaux de vote du pays. Ce report exaspère une population qui attend ce scrutin depuis plus de deux ans. 

"Si peut-être dans deux, trois ou cinq ans, ils n’ont pas organisé, c’est dans deux semaines qu’ils vont organiser? Ça, ce n’est pas normal. Le désastre est que nous ne savons pas ce qu’il va arriver, parce qu’il y a l’opposition et la majorité et il y a le peuple. Si le peuple se soulève, il y aura des morts. Si l’opposition commence à dire des choses, il y aura des morts." 

Frustration et arrestations

"Kabila n'a pas l'intention de quitter le pouvoir", s'est énervé Yannick Sadisa, étudiant en droit, et membre du parti historique d'opposition UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès social). "Après la fin de son mandat, il s'est tapé deux ans supplémentaires et aujourd'hui même si on donne sept jours supllémentaires, ça ne va pas suffire. Trop c'est trop".

Au moins cinq manifestants réclamant des élections ont été arrêtés près du siège de l'UDPS où la police a tiré des gaz lacrymogènes, a rapporté un photographe de l'AFP.

La frustration est indéniable, mais les réactions dans les prochains jours dépendront en grande partie de la position que prendront les candidats de l’opposition. 

Trois principaux candidats se détachent parmi les prétendants à la succession de M. Kabila: son "dauphin", le candidat du pouvoir Emmanuel Ramazani Shadary (dir ERS), et les deux frères ennemis de l'opposition, Félix Tshisekedi (UDPS) et Martin Fayulu.

Les violences pré-électorales ont fait au moins six morts - dix selon l'ONG ACAJ. Plusieurs ont éclaté lors de déplacements de l'opposant Fayulu, dont la popularité ne s'est pas démentie pendant la campagne.

Il est soutenu par deux poids lourds anti-Kabila, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Les élections sont officiellement reportées en raison des conséquences d'un incendie qui a touché un entrepôt de la Céni à Kinshasa le 13 décembre.

D'après la Céni, l'incendie a détruit une bonne partie du matériel électoral destiné à la capitale (huit à 12 millions d'habitants, dont 4,4 millions d'inscrits sur les listes électorales, soit 11% du total).

Ce matériel comprend les "machines à voter" fabriquées par la société privée sud-coréenne Miru Systems.

M. Nangaa assure avoir réussi à remplacer les quelque 8.000 machines brûlées dans l'incendie, mais pas les bulletins de vote qui vont avec.

"Il a donc fallu en commander auprès du fournisseur en Corée du Sud", a assuré M. Nangaa, avançant le chiffre de cinq millions. "Le dernier lot ne peut arriver qu'au soir du samedi 22 décembre".

Les "machines à voter" se présentent sous la forme d'un écran tactile dans lequel l'électeur introduit un bulletin de vote cartonné.

L'électeur ou l'électrice clique ensuite sur la photo et le nom des candidats, avant l'impression du bulletin de vote à glisser dans l'urne pour un comptage manuel.

Pour l'organisation des élections, la Céni refuse l'aide logistique et financière que lui propose la communauté internationale, à commencer par les moyens aériens de l'imposante Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

Des protestations réprimées dans le sang

Ces élections ont été reportées une première fois à l'expiration du deuxième et dernier mandat du président Kabila fin 2016, officiellement faute de moyens financiers.

Ce report avait suscité des protestations réprimées dans le sang en septembre et décembre 2016.

"Plus de deux ans après l'expiration des délais constitutionnels, aucun report n'est justifiable", a prévenu la coalition Lamuka constituée autour de l'opposant Martin Fayulu.

Mercredi soir, M. Fayulu a été raccompagné sous escorte policière chez lui à Kinshasa après avoir été retenu par un barrage policier à l'extérieur de la capitale où il voulait tenir une réunion publique, a rapporté l'AFP.

Juste avant son arrivée, le gouverneur provincial avait suspendu la campagne électorale à Kinshasa pour des "impératifs sécuritaires", dans une lettre curieusement datée à la fois de mardi et mercredi.

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