Deuxième débat de la primaire de la droite française: où en sont les candidats?

Élection présidentielle française: qui sont les candidats à la primaire à droite?
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Élection présidentielle française: qui sont les candidats à la primaire à droite? - © PHILIPPE WOJAZER - AFP

Ce jeudi soir aura lieu le deuxième débat de la primaire de la droite française. Et celui-ci devrait être moins feutré que le premier. Après un premier jet qui n'avait pas véritablement fait bouger les rapports de force, Nicolas Sarkozy, toujours à la traîne dans les intentions de vote derrière Alain Juppé, devra jouer ses meilleures cartes. 

Entre les deux hommes, l'heure ne sera plus au duel à fleuret moucheté. Les sept candidats présenteront cette fois leurs propositions sur l'Europe, l'éducation et surtout la sécurité, un sujet crucial dans le dispositif de campagne de Nicolas Sarkozy.

Pour rappel, si les Français éliront leur futur président au printemps 2017 (les 23 avril et 7 mai), pour la première fois à droite, le parti Les Républicains (ex-UMP) organise avec deux petites formations, le Parti chrétien-démocrate et le Centre national de indépendants et paysans, une primaire ouverte, officiellement nommée primaire de droite et du centre.

Le MoDem de François Bayrou ne participe pas, ce dernier soutient Alain Juppé. L'UDI et son Alliance centriste ne prennent pas non plus part.

Tout électeur français peut voter, moyennant deux euros de frais par tour et la signature d'une charte de l'alternance défendant "les valeurs républicaines de la droite et du centre".

Les candidats devaient recueillir le parrainage de 250 élus, dont au moins 20 parlementaires, sur un minimum de 30 départements, et d'au moins 2500 adhérents en règle de cotisation. Ce pré-scrutin aura lieu en deux tours, les 20 et (si nécessaire) 27 novembre prochain. La date-butoir pour le dépôt des candidatures était le 9 septembre. La liste officielle sera validée le 21 septembre.

Sept candidats, ou plutôt huit moins un

Huit candidats sont déclarés, pour la plupart membres des Républicains : Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Jean-Frédéric Poisson et Hervé Mariton. Mais ce dernier n'a pas réuni le nombre de parrainages d'adhérents requis et n'a donc pas été autorisé à se présenter. Il a choisi de soutenir Alain Juppé.

Tous veulent supprimer l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF - sauf Nathalie Koscusko-Morizet qui veut le réformer), sortir des 35 heures, baisser les charges, relever l'âge légal de départ à la retraite, couper drastiquement dans les dépenses publiques (entre 85 et 110 milliards d'euros), remettre la TVA compétitivité (excepté Sarkozy), diminuer le nombre de fonctionnaires...

Tous ne sont pas aussi connus et ne partent pas avec autant de chances d'obtenir l'investiture, voici donc un 'Who's who' des candidats avec un état des lieux de leurs chances de victoire dans cette course à l'investiture.

Alain Juppé

Le favori, 71 ans

Le maire de Bordeaux est parti tôt dans la compétition, dès août 2014, alors que le principe de la primaire et ses règles n'étaient pas encore fixés.

Du coup, il a publié plus que les autres pour décliner son programme : trois livres, pour trois thématiques.

Alain Juppé promet de sortir la France du "marasme où elle stagne aujourd'hui". Prudent, il veut construire sa candidature, pour émerger en "champion" à la "légitimité suffisante" pour "rassembler dès le premier tour les forces de la droite et du centre autour d'un candidat capable d'affronter le Front National d'un côté et le PS ou ce qui en tiendra lieu de l'autre".

"Je sais ce que je vais faire et comment je vais le faire, je sais que c'est votre angoisse principale", vient d'affirmer le candidat Alain Juppé à l'université d'été du Medef, enfonçant le clou sur "l'identité heureuse". "Travaillons ensemble, faisons-nous confiance, c'est comme cela qu'on redonnera une espérance à notre pays !".

Alain Juppé a aussi en ligne de mire l'ambitieux objectif du retour au plein emploi. "Oublier le chômage pendant cette campagne électorale serait une erreur stratégique", explique le juppéiste Benoist Apparu. Sur la réforme du code de travail, "il faudra aller beaucoup plus loin que la loi El Khomri", dit aussi Alain Juppé.

Alain Juppé a mis en garde Sarkozy sur une baisse d'impôts : "Il faudra baisser les impôts, cela fait partie de mes priorités absolues. Mais attention à cette obsession des chocs qui parfois déstabilisent plus qu’ils ne réforment. Il faudra que ce plan soit ciblé et financé par des économies correspondantes".

Archi-favori dans les sondages, régulièrement élu personnalité politique préférée des Français, il est également soutenu par le chef de file des centristes François Bayrou.

Le dernier sondage Elabe en date le place toujours en tête, loin devant Nicolas Sarkozy, même si l'écart diminue. Il serait actuellement autour des 39% d'intention de vote au premier tour des primaires.

Nicolas Sarkozy

Le retour et la revanche, 61 ans

Mettant fin à un faux suspens le 22 août dernier, l'ancien président a annoncé sa candidature avec un tweet annonçant son livre-programme "Tout pour la France" qui sonne déjà comme son slogan.

On y retrouve tous ses thèmes de campagne : "vérité", "compétitivité", "autorité" et surtout, surtout "identité". Dans la droite ligne de sa campagne perdue en 2012 et dans le but de se démarquer du favori, Alain Juppé. Au niveau économique, ses quelques propositions devraient trouver écho à droite: suppression du compte pénibilité, rétablissement de la défiscalisation des heures supplémentaires, exonération des droits de transmission, suppression de l'ISF, retraite à 64 ans en 2025, ou encore augmentation du temps de travail et de la présence des enseignants à l'école...

Côté impôts, Nicolas Sarkozy, est le seul à promettre d'emblée une baisse de 10% de l'impôt sur le revenu, un "contre-choc fiscal" dès l'été 2017.

Entré en campagne fin août, l'ancien chef de l’État et ses soutiens mettent à son crédit sa gestion de la crise financière de 2008.

Outre la rivalité d'Alain Juppé, l'ancien président devra affronter des obstacles judiciaires. Mis en cause dans plusieurs affaires liées notamment au financement de sa campagne de 2012, il reste en permanence menacé de procès.

Toujours distancé par son rival dans les sondages, Nicolas Sarkozy tente vaille que vaille de combler l'écart en musclant encore un peu plus son discours identitaire et sécuritaire voire même en jouant la carte du climato-scepticisme pour chasser sur les terres conservatrices.

Mais il reste toutefois plus de 10% derrière le leader Juppé au dernier classement des intentions de vote.

François Fillon

Rupture et expérience, 62 ans

François Fillon qui avait déjà annoncé sa candidature en mai 2013 puis en avril 2015 dit porter un "projet de rupture et de progrès autour d'une ambition : faire de la France la première puissance européenne en dix ans".

L'ancien ministre de l'Ecologie et Premier ministre de Nicolas Sarkozy met en avant sa longue expérience. En 2012, une bataille de plusieurs mois pour la présidence de l'UMP l'avait opposé à Jean-François Copé, à qui il cède finalement le poste après avoir revendiqué comme lui la victoire... Un duel qui a conduit à la fondation des Républicains.

Chouchou des patrons, avec un programme parfois qualifié de "thatchérien", François Fillon a évoqué cette semaine à l'université d'été du Medef la "liberté". "Le projet que je propose est un projet de liberté et je veux que la liberté soit au cœur de l'élection présidentielle", a-t-il lancé. 

Il veut lui aussi une baisse des charges et "ramener le chômage à 7%".

Face à Sarkozy, il n'hésite pas à dégainer l'arme des embarras judiciaires : "Qui imagine le général De Gaulle être mis en examen ?", a-t-il lancé dans un meeting, ajoutant à RMC : "Si j'étais mis en examen, je ne serais pas candidat".

Il s'est engagé, comme Alain Juppé, à ne faire qu'un seul mandat s'il est élu président et arrive régulièrement à la quatrième place dans les sondages à la Primaire les Républicains. Les dernières études disponibles le placent même sur le podium.

Bruno Le Maire

Réformateur de l'administration, 47 ans

Le dynamique député de l'Eure et ancien ministre de l'Agriculture a confirmé sa candidature à Vesoul le 23 février 2016, après un faux suspense : "Ma décision est forte, ma décision est inébranlable ! Oui, je suis candidat pour être président de la République", a-t-il déclaré sur scène.

Son livre sur sa vision de la France est intitulé "Ne vous résignez pas". 

Ce challenger promet de travailler vite, par "ordonnances" s'il arrivait au pouvoir. Il compte supprimer l'École nationale d'administration (ENA) qui forme les élites politiques françaises et dont il sort. Il entend la remplacer par une école d'application sur le modèle de l'École de guerre et ouverte aux fonctionnaires méritants après 10 années de service : "Nous entrons dans un monde nouveau : celui des entrepreneurs, de la créativité, de l'innovation". De ce fait, "la haute administration doit reprendre sa juste place", juge le député les Républicains.

Cet ex-candidat à la présidence de l'UMP a décroché assez de parrainages parlementaires et réussit à exister dans les sondages : il a fait jeu égal avec François Fillon, derrière Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Même si l'ancien Premier ministre semble à présent le distancer un peu pour se dégager la dernière marche du podium.

Nathalie Kosciusko-Morizet

Profession femme politique, 43 ans

L'ancienne candidate à la mairie de Paris et ministre de l'Écologie a choisi la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, pour se déclarer : "Il faut que les femmes soient représentées", avait-elle déclaré auparavant.

"Je suis candidate pour donner à chacun la maîtrise de sa vie" et "pour porter une conception complètement différente du pouvoir", ajoute-t-elle publiant aussi un livre programme le lendemain : "Nous avons changé de monde".

'NKM' veut donc "changer enfin la politique" et donner aux Français "la maîtrise de leur vie".

Elle reste antépénultième dans les études d'opinion, avec un score avoisinant les 5% d'intentions de vote.

Jean-François Copé

La page des affaires tournée mais des chances plombées par un pain au chocolat, 52 ans

L'ancien président de l'UMP se présente à la primaire à droite deux ans après sa démission suite à l'affaire Bygmalion (un système de fausses factures cachant les dépenses excédentaires du candidat Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012).

Jean-François Copé a été placé sous le statut de témoin assisté et a donc échappé à la mise en examen. Suite à cela, et après 18 mois de silence, le maire de Meaux a fait cette annonce à la télévision dès le 14 février, sur France 2 au moment où Sarkozy s'exprimait sur TF1...

Aujourd'hui, Jean-François Copé dit qu'il a changé, par rapport au temps des affaires, mais qu'il incarne toujours la "droite décomplexée". Il affiche les convergences de vues qu'il a avec Nicolas Sarkozy, ce qui confirme que sa candidature chasse sur ses terres.

Quoi qu'on en pense et malgré ses nombreuses casseroles, c'est, semble-t-il, l'affaire du prix du pain au chocolat qui risque de lui être fatale dans cette course. En direct sur Europe1, il se voit poser la question d'un auditeur: "Combien coûte un pain au chocolat?". "Je pense que ça doit être aux alentours de 10 ou 15 centimes d'euro", répondit-il. La réponse en a amusé beaucoup mais a surtout été catastrophique en termes d'image pour le candidat, considéré comme déconnecté des réalités suite à cette bourde.

Il est bon dernier dans les sondages les plus récents.  

Jean-Frédéric Poisson

Valeurs chrétiennes, 53 ans

Jean-Frédéric Poisson a annoncé sa candidature dans une interview à Valeurs Actuelles en septembre 2015. "Tout a changé depuis 2012, tout ! La reconduction des mêmes discours émanant des mêmes personnes produit les mêmes impasses! Les Français attendent autre chose".

A priori, le président du Parti chrétien-démocrate ne devait pas participer à la primaire des Républicains, vu qu'il peut être désigné par son parti.

Il prend cependant part à la course pour défendre ses valeurs chrétiennes et le retour à l'autorité : baisse du nombre d'avortements, retour du droit du sang, refus de la société multiculturelle, suppression du ministère de la Culture et abrogation du mariage gay. 

Grâce à une prestation remarquée lors du premier débat télévisé, sa notoriété a grandi mais sans forcément de conséquence sur sa popularité. Il reste au coude-à-coude avec Jean-François Copé pour la dernière place de ce scrutin.  

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