Election présidentielle au Brésil: qui est Jair Bolsonaro, le "Trump tropical" aux portes du pouvoir?

Les Brésiliens votent ce dimanche pour élire leur nouveau président. A la veille du premier tour de la présidentielle, le candidat de la droite radicale, surnommé le "Trump tropical", était crédité de 35% des intentions de vote.

Pourtant son programme est flou, vide diront certains. L’ancien capitaine d’infanterie n’a participé à aucun débat télévisé ses dernières semaines. Officiellement, il est trop affecté par l’agression au couteau dont il a été victime lors d’un meeting, le 6 septembre dernier. "Cela l’a aidé incontestablement. Bolsonaro était très mal préparé, participer aux débats l’aurait pénalisé", explique Carlos Melo, professeur de sciences politiques à Sao Paulo, dans les colonnes du journal Le Monde. Impliqué dans le monde politique depuis 30 ans, Bolsonaro fait valoir sa différence vis-à-vis des politiques brésiliens : "Nous voulons un gouvernement décent, différent de tout ce qui nous a plongé dans la crise éthique, morale et budgétaire". L’homme peut en effet se targuer de n'avoir jamais fait l'objet de poursuites judiciaires pour corruption. Mais côté propositions, il fait pâle figure, deux projets de loi en 27 ans de mandat comme député fédéral.

Comparé à Hitler

Jair Bolsonaro est né à Glicerio (état de Sao Paulo), le 21 mars 1955 d'une mère d’origine italienne et d'un père dentiste et alcoolique. C’est un militaire dans l’âme. A la fin de ses années de lycée, il entre à l’escola preparatoria de cadetes do Exercito (l’école préparatoire des cadets de l’armée) et se forme ensuite à l'Académie militaire d'Agulhas Negras (la principale école militaire du pays). Il est diplômé en 1977. Le Brésil est alors sous le coup de la dictature militaire. Celle-ci durera 21 ans, de 1964-1985. Bolsonaro sert comme soldat et devient capitaine d’artillerie. De cette période, il gardera une certaine "nostalgie" que ses détracteurs lui reprochent aujourd’hui.

L’homme se présente comme un "sauveur de la patrie" et se réjouit des malheurs de Lula, l’ancien président incarcéré depuis le mois d’avril pour corruption. "Pas l’échec de Lula, mais la victoire de la justice !", s'est-il notamment exclamé en conférence de presse. "Le citoyen est fatigué, le chômage est effrayant, la violence règne dans le pays".

Le candidat à l'élection présidentielle est aussi le porte-voix des groupes de pression dits "Balles, Bible et Bœuf", réunissant partisans du port d'arme, évangéliques et propriétaires terriens.

Des déclarations tonitruantes

L’homme n’a que faire des convenances. Il assume ses propos. On ne compte plus ses déclarations homophobes et misogynes. Mais ses partisans le voient comme le sauveur de la patrie en danger, le seul à pouvoir se débarrasser de la corruption qui gangrène le pays. Ses fans les plus ardents le surnomment "o mito" (le mythe). Un mythe entretenu par un savant usage des réseaux sociaux et des petites phrases provocatrices pour les médias.

En 2003, il fait scandale en prenant violemment à partie une parlementaire de gauche, Maria do Rosario. Il lui lance qu'elle "ne mérite pas qu'il la viole car elle est très laide". Dans un entretien au magazine "Playboy" en 2011, il affirme qu'il préférerait que son fils "meure dans un accident plutôt que de le savoir homosexuel". Dans la foulée, invité sur un plateau télé, il brandit "le guide du zizi sexuel" du dessinateur suisse Zep et parle d’un "kit gay". Il a même déclaré que les violences corporelles contre les enfants qui présentent des tendances homosexuelles étaient "tolérables".

Pour lui, les peuples indigènes et noirs sont comme "malodorants" et "non éduqués". La réduction des quotas raciaux dans les universités (visant à aider les minorités) fait partie de son programme présidentiel. "Le pays n'a pas de dette envers les Noirs. Je n'ai réduit personne en esclavage (...). Les Noirs ne sont pas meilleurs que moi et je ne suis pas meilleur qu'eux", affirme-t-il. "Les Portugais n'ont même pas mis le pied en Afrique, ce sont les Noirs eux-mêmes qui livraient les esclaves".

Sa proposition-phare pour lutter contre l'insécurité est de donner l'accès au port d'arme. "Si jamais l'un de nous, civil ou militaire, est attaqué et riposte par 20 coups de feu, il doit être décoré et non condamné", explique-t-il.

Concernant l'accueil des demandeurs d'asile, en provenance notamment de Syrie, il a aussi quelque chose à dire : "La racaille du monde arrive au Brésil, comme si nous n'avions pas suffisamment de problèmes à régler."

Malgré cela, sur sa page Facebook, il compte plus de 7 millions de "j'aime".

Une ascension prévisible

La progression du candidat dans les sondages n’est pas une surprise. Jair Bolsonaro a su habilement jouer sur la corde sensible des Brésiliens, excédés par la corruption de la classe politique (PT, le parti de l’ancien président Lula, en tête) et par l’insécurité toujours plus présente. 63.880 homicides en 2017, sept par heure soit 31 meurtres pour 100.000 habitants. Le Brésil est aujourd'hui l'un des 10 pays les plus violents du monde.

Le trafic de drogue et les guerres entre narcotrafiquants pour contrôler leurs marchés en sont les causes principales. Et c'est la population qui en subit les conséquences immédiates.

Si la plupart des victimes sont des hommes, un dernier rapport de la police nationale révèle une augmentation de 6% des meurtres de femmes en 2017.

Des soutiens fort différents

Opposant farouche à l’avortement et au mariage gay, Jair Bolsonaro est, en toute logique, soutenu par l’électorat évangéliste protestant (près de 50 millions de fidèles). "Je suis fatiguée de voter, explique au journal Le Monde Irene, membre de l'Assemblée de Dieu. Mais le pasteur nous a indiqué qu’il fallait glisser un bulletin dans l’urne pour Jair Bolsonaro, alors je vais le faire." Elle ajoute, enjouée et inspirée : "Dans le fond, il a raison et tout le monde le dit : Bolsonaro est différent...".

Des propos qui n'étonnent guère Armelle Enders, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris 8 citée par francetvinfo.fr : "Jusqu'à lundi, la plupart des observateurs brésiliens constataient avec beaucoup d'inquiétude la force de Jair Bolsonaro, mais pensaient qu'il était très improbable qu'il gagne. Là, les choses changent du tout au tout. Les évangéliques représentent un tiers de l'électorat du Brésil, et ce tiers d'électeurs se prononce à 48% pour Bolsonaro."

La bourgeoisie soutient le candidat d'extrême droite. Les marchés financiers et les entrepreneurs lui accordent également leur confiance. Les investisseurs estiment que le PT, la gauche brésilienne, est responsable de la crise et de la récession qui touche le pays depuis 2015. Jair Bolsonaro entend ouvrir davantage l'économie brésilienne au commerce international, via des accords bilatéraux de réduction des tarifs douaniers.

Selon plusieurs sondages, malgré des intentions de vote élevées au premier tour, le candidat du Parti social libéral (PSL) serait toutefois battu par la quasi-totalité de ses adversaires au second tour.

>>> À lire aussi : Les Brésiliennes manifestent dans la rue contre le candidat d'extrême droite Bolsonaro

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