Election présidentielle américaine : Donald Trump ne pourra pas compter sur ce qu'il appelait "l'Obamagate"

Donald Trump et Barack Obama.
Donald Trump et Barack Obama. - © JIM WATSON - AFP

Le surnom était vendeur: "l’Obamagate". Autrement dit, le scandale Obama. Donald Trump prétendait régulièrement que cette affaire, qu’il présentait comme le "plus grand crime politique de l’histoire des Etats-Unis" enverrait l’ancien président américain derrière les barreaux pour 50 ans. Et il comptait surtout s’en servir comme argument de poids dans l’actuelle campagne électorale, car, selon lui, le nom de Joe Biden était évidemment lié à cette affaire. Mais à 19 jours de l’élection présidentielle, Donald Trump doit déchanter.

Tout part d’une conversation entre Michael Flynn et Sergey Kislyak. A l’époque, le premier fait partie de l’équipe de campagne de Donald Trump et le second n’est autre que l’ambassadeur de Russie à Washington. Cette conversation est interceptée le 29 décembre 2016 par la très puissante NSA, l’agence américaine de sécurité, experte du renseignement et de la surveillance.

Michael Flynn n’occupe alors aucune fonction officielle. Mais ce n’est pas n’importe qui : il va bientôt devenir le conseiller à la sécurité du président des Etats Unis. Lors de cette conversation enregistrée par la NSA, Michael Flynn laisse entendre à Sergey Kislyak qu’il ne doit pas trop s’inquiéter des sanctions décidées par l’administration Obama contre l’ingérence russe pendant la campagne. Il lui dit aussi que Donald Trump sera bien moins sévère.

Désanonymisation

Dans l’enquête qu’elle mène autour des conversations de l’ambassadeur russe, la NSA retrouve le nom de Michael Flynn dès le mois de novembre. C’est ce qui incite, fin 2016 et début 2017, plusieurs officiels de l’administration Obama à demander à la NSA la désanonymisation de cet interlocuteur. A l’époque, Donald Trump n’est pas encore officiellement investi en tant que 45e président des Etats-Unis. Et parmi les officiels qui font cette demande de désanonymisation, il y a… Joe Biden, le vice-président de Barack Obama, qui est aujourd’hui le rival de Donald Trump dans la course à la Maison Blanche.

Pour Donald Trump, il n‘y a pas de doute, c’est un complot politique de l’administration Obama, et il compte bien s’en servir. S’il parvient à établir que le FBI a été "téléguidé" pour lui nuire politiquement, il sent que cela va lui servir. Car le FBI a évidemment été saisi de l’affaire. Il va interroger Michael Flynn. Et Flynn va affirmer qu’il ne discutait pas avec Sergey Kislyak des sanctions américaines contre la Russie. Il avouera par la suite avoir menti, acceptera de plaider coupable devant un tribunal et présentera sa démission.

Mais cela n’empêche pas Donald Trump de poursuivre sa version du complot mené contre lui par l’administration Obama. A ses yeux, il s’agit bel et bien d’une "chasse aux sorcières" dont il a l’intention de se servir comme d’un tremplin pour sa réélection.

Un premier rapport est publié le 9 décembre 2019. Rédigé par l’inspecteur général du ministère de la Justice Michael Horowitz, ce rapport de près de 400 pages qui condensent environ un million de documents et une centaine d’entretiens se conclut par l’absence de parti pris politique de la part du FBI. L’inspecteur général estime que l’investigation était justifiée. Il précise aussi qu’il existe une procédure de désanonymisation à la NSA, et que cette procédure a été respectée dans le cas de Michael Flynn.

Une deuxième enquête demandée par la Maison Blanche

Mais Donald Trump n’en démord pas. Convaincu de pouvoir accuser Barack Obama et surtout Joe Biden de ce qu’il continue d’appeler le plus grand crime politique de l’histoire américaine - il lui arrive même d’ajouter "et de loin" -, il charge le procureur John Durham de mener ce qui devient une enquête criminelle alors que ce n’était jusque-là qu’une enquête administrative. C’est que le président désormais en campagne compte beaucoup sur cette nouvelle enquête pour jeter le discrédit sur Joe Biden juste avant l’élection du 3 novembre prochain.

Mais les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espoirs. D’abord parce que contrairement à ce qu’avait récemment estimé William Barr, le ministre de la Justice, le rapport ne sera pas publié avant l’élection. Ensuite, et surtout, parce qu’il est de plus en clair que cette nouvelle enquête qui, selon le Washington Post, serait à présent terminée, n’apporte pas d’eau au moulin de la théorie du complot contre Donald Trump. Selon le très sérieux journal de Washington, aucune charge ne devrait être retenue contre Barack Obama ou un membre de son administration.

L’enquête, en réalité, confirme simplement une fois de plus ce qui a déjà été démontré: une ingérence russe dans la campagne électorale américaine de 2016 sans qu’il soit pour autant possible de prouver toute collusion active entre le camp Trump et le Kremlin.