Élection de Bolsonaro au Brésil: quel rôle ont joué les réseaux sociaux dans la campagne?

Les réseaux sociaux, et principalement Whatsapp, ont joué un rôle majeur dans la campagne brésilienne
Les réseaux sociaux, et principalement Whatsapp, ont joué un rôle majeur dans la campagne brésilienne - © Fotoarena - ISOPIX

Le candidat classé à l'extrême droite de l'échiquier politique brésilien qui se voit comme un Trump tropical, Jair Bolsonaro, a été élu président du Brésil. Celui qui promet de "changer le destin du Brésil" a recueilli dimanche 55% des voix des Brésiliens. Comment expliquer cette victoire ? Les réseaux sociaux et le traitement des fake news semblent avoir joué un rôle clé dans cette élection.

Une société polarisée

Le nouveau président a affirmé qu'il respecterait la Constitution alors que Fernando Haddad, son opposant travailliste, a demandé à ce que ses 45 millions d'électeurs soient respectés. Mais il y a une dizaine d'année, la montée au pouvoir d'un candidat d'extrême droite aurait été inenvisageable selon Sébastien Antoine, chercheur au Centre d’études sociologiques de l’Université Saint-Louis. "En juin 2013, dans les grandes mobilisations qui ont eu lieu dans les grandes villes du Brésil, on a vu des mobilisations en faveur des droits sociaux : droit à l'éducation, droit à la santé, droit aux transports publics", se souvient-il.

À côté de ces revendications émergent aussi des mobilisations en faveur d'une droite réactionnaire avec "des volontés de nostalgie et d'un retour à l'ordre". Ces deux mouvements nés en parallèle ont donné lieu à "deux Brésil", qui se sont exprimés dans la campagne dont l'issue est tombée hier. Mais la campagne a été marquée par de nombreux heurts et alimentée par des discours de haine et de violence, notamment lors de l’attentat à l'arme blanche contre Jair Bolsonaro, le 6 novembre dernier.

WhatsApp comme outil de transmission d'information

Si Bolsonaro se qualifie lui-même de "Trump tropical", la campagne, comme aux États-Unis, a subit l'influence de nombreuses fake news, un "phénomène très important de ces élections", analyse Ana Cristina Suzina, docteure en sciences politiques et sociales de l'UCLouvain et auteure d'un article sur la question des fake news au Brésil.

Mais la particularité brésilienne réside dans l'utilisation de WhatsApp, selon la chercheuse. Il s'agit du canal de transmission d'information le plus largement plébiscité dans ce pays d'Amérique latine. Ce réseau social rend les choses plus complexes, car aucun contrôle n'est appliqué aux conversations créées sur la messagerie.

"On a pu constater qu'une grande quantité de mauvaises informations ont circulé par ces réseaux. On peut vraiment voir qu'il y a la question des inégalités socioéconomiques qui joue aussi un rôle très important, parce qu'on doit savoir qu'au Brésil il y a la possibilité d'avoir accès à WhatsApp par différents types de paquets offerts par les entreprises de télécommunication même sans avoir accès à Internet. On a donc vu des chiffres de personnes qui se sont informées sur les questions politiques par le réseau WhatsApp, mais qui n'ont pas l'habitude de chercher des informations dans la presse ou dans d'autres sources d'informations qui pourraient donner plus d'informations", explique la spécialiste.

Sébastien Antoine nuance en qualifiant WhatsApp "d'arme à double tranchant". En 2014, ce chercheur a observé la gestion d'une grève du métro de São Paulo. "Là, WhatsApp était un outil de mobilisation très important pour les grévistes", se souvient-il. Grâce au réseau social, ils pouvaient organiser des piquets, générer la mobilisation, etc. Mais la dérive de l'utilisation de ce canal pour diffuser des informations est qu'aucun filtre n'est exercé sur la messagerie : "Il n'y a aucun contrôle", conclut-il.

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