Etat d'urgence en Egypte après les violences, ElBaradei démissionne

Egypte: de nombreux morts, état d'urgence décrété pour un mois
8 images
Egypte: de nombreux morts, état d'urgence décrété pour un mois - © Tous droits réservés

Au moins 149 personnes tuées par les forces de sécurité pour déloger les pro-Morsi au Caire, ailleurs dans le pays, des affrontements et des églises coptes brûlées : la présidence a décrété l'état d'urgence pour un mois. Le vice-président égyptien et prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei a annoncé sa démission du gouvernement : pour lui, il est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles il n'est pas d'accord.

Les manifestants parlent, eux, de plus de 2200 morts et 10 000 blessés, des chiffres qu'il est impossible de confirmer de sources indépendantes.
 
Selon le ministère de la Santé, au moins 149 personnes ont péri, dont au moins sept membres de forces de sécurité.
 
Un journaliste de l'AFP a lui pu compter 124 morts dans trois morgues improvisées. Ces personnes ont été tuées sur la place Rabaa al-Adawiya, le principal point de rassemblement des manifestants qui l'occupent depuis plus d'un mois.
 
La chaîne américaine Sky News a par ailleurs annoncé la mort d'un caméraman. "Le caméraman de Sky News Mick Deane a été tué par balle en Egypte ce matin", a indiqué Sky News, ajoutant que ce sexagénaire père de deux enfants  "travaillait depuis quinze ans" pour la chaîne.
 
Selon l'agence Reuters, citant des sources de sécurité et médicales, il y a au moins 35 morts également dans la province du Fayoum suite à des affrontements entre anti-et pro-Morsi, et neuf morts dans la ville de Suez où des manifestants ont tenté de prendre des bâtiments publics.
     
Les forces de sécurité égyptiennes ont par ailleurs arrêté mercredi Mohamed El Beltagi, un des responsables de l'aile politique des Frères musulmans, selon les services de sécurité. L'homme a été interpellé près d'une des places du Caire où se rassemblent les pro-Morsi.
 
La fille de 17 ans d'un des principaux leaders des Frères musulmans a également été tuée par balles.
Etat d'urgence et couvre-feu
 
Suite à cette situation, la présidence a décrété l'état d'urgence pour un mois dans tout le pays. Le gouvernement a imposé des couvre-feux au Caire et dans 11 autres provinces.
 
"Après que la présidence a annoncé l'état d'urgence, des couvre-feux seront imposés de 19H00 (17H00 GMT) à 06H00 (04H00 GMT) jusqu'à nouvel ordre", a indiqué un porte-parole du gouvernement installé par l'armée après la déposition de Mohamed Morsi. Ces mesures s'appliquent au Caire et aux provinces de Guizeh, d'Alexandrie, de Beni Sueif, de Minya, d'Assiout, de Sohag, de Beheira, du Nord et du Sud-Sinaï, Suez et Ismailia.
 
Le président par intérim, Adly Mansour, nommé par les militaires après la destitution et l'arrestation de Mohamed Morsi, "a donné pour mission aux forces armées, en coopération avec la police, de prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir la sécurité et l'ordre ainsi que pour protéger les biens publics et privés et les vies des citoyens", selon le communiqué.
   
"La sécurité et l'ordre dans la nation sont en danger en raison d'actes de sabotage délibérés, d'attaques visant des bâtiments publics et privés et de la perte de vies humaines, des actes perpétrés par des groupes extrémistes", selon la présidence.
Démission d'ElBaradei
 
Le vice-président égyptien, le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, a annoncé avoir présenté sa démission au président par intérim, après l'intervention sanglante des forces de l'ordre pour déloger les manifestants islamistes pro-Morsi de deux places du Caire.

"Il m'est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles je ne suis pas d'accord", écrit-il notamment dans sa lettre au président Adly Mansour. Il y déplore les morts "notamment parce que je crois qu'elles auraient pu être évitées".

"Malheureusement, ceux qui vont tirer profit de ce qui s'est passé aujourd'hui sont ceux qui appellent à la violence et à la terreur, les groupes extrémistes", poursuit-il.

L'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et figure de l'opposition laïque avait été nommé début juillet vice-président en charge des relations internationales.

Nommé par l'opposition pour la représenter au sein de la transition, il était apparu à la télévision aux côtés du général Abdel Fattah al-Sissi, chef de la toute-puissante armée et nouvel homme fort du pays, lors de l'annonce de la déposition de M. Morsi, le 3 juillet.

Gaz lacrymogènes et snipers
 
La police, soutenue par l'armée, a donné l'assaut en début de matinée sur les deux places que les pro-Morsi occupent depuis plus d'un mois avec femmes et enfants.
 
Le ministère de l'Intérieur a annoncé moins de deux heures après l'assaut que la place Nahda, la plus petite des deux, était totalement "sous contrôle de la police", assurant que deux membres des forces de l'ordre ont été tués quand la police a essuyé des "tirs" des manifestants.
Sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda, où campaient depuis plus d'un mois des milliers d'islamistes venus avec femmes et enfants, les bulldozers des forces de l'ordre qui avaient promis une opération "graduelle" et des "sommations", ont pris les manifestants par surprise à l'aube. 
 
Dans le tweet ci-dessous, un journaliste de Sky News explique qu'il a vu deux bébés morts de déshydratation parmi les personnes retranchées dans la mosquée à côté de l'une des places.

Des tirs d'armes automatiques ciblaient également les manifestants, assure l'AFP. C'est également ce que rapporte le journaliste sur place de Sky News: des snipers tirent sur la foule: les personnes doivent courir accroupies pour se rendra à l'hôpital, tweete-t-il.

L'imam d'Al-Azhar, plus haute autorité de l'islam sunnite, s'est désolidarisé de l'opération en expliquant à la télévision n'avoir pas eu connaissance des méthodes que les forces de l'ordre comptaient employer, après avoir pourtant apporté sa caution lors du coup de force des militaires contre Mohamed Morsi le 3 juillet.
 
Un responsable de la sécurité a affirmé à l'AFP que des résidents de la place Rabaa avaient aidé les forces de sécurité à arrêter des dizaines de manifestants, alors que la télévision diffusait des images d'hommes menottés assis au sol et de familles escortées hors du site.
 
"Ce n'est pas une tentative de dispersion mais une tentative d'écraser d'une façon sanglante toute voix opposée au coup d'Etat militaire", a dénoncé Gehad el-Haddad, porte-parole des Frères musulmans, sur Twitter. Sa confrérie a appelé "les Egyptiens à descendre dans la rue pour arrêter le massacre".
 
En réponse, les trains entrant et sortant du Caire ont été bloqués mercredi, afin d'éviter que des manifestations se reforment hors de la capitale, a annoncé le gouvernement. L'armée et la police égyptiennes ont également placé des barrages sur les routes autour de l'aéroport international du Caire.
 
Place Rabaa, des irréductibles restent retranchés
 
Des centaines de partisans du président destitué Mohamed Morsi quittaient mercredi soir la place Rabaa al-Adawiya, dernier bastion des manifestants au Caire, sous la surveillance de policiers en armes, selon des images en direct de la télévision publique.
 
Un haut responsable de la sécurité a confirmé que les forces de l'ordre ont consenti à laisser passer ceux qui le désiraient. Mais des irréductibles demeuraient retranchés derrière les barricades et des affrontements avec les forces de l'ordre se poursuivaient à une autre entrée de la place Rabaa.
 
 
Représailles: des églises coptes attaquées
 
En représailles à l'assaut, des partisans de Mohamed Morsi ont incendié trois églises coptes dans le centre de l'Egypte, ont rapporté des responsables de la sécurité et l'agence officielle Mena.
 
Selon ces responsables, deux églises ont été attaquées et en partie incendiées par des pro-Morsi dans la province d'el-Menia.
 
Le Youth Maspero Union, un mouvement de la jeunesse copte, a rapporté les mêmes faits, accusant les Frères musulmans, la confrérie de Mohamed Morsi, de "mener une guerre de représailles contre les Coptes".
 
Dans cette région, où vit une importante communauté chrétienne, des heurts opposaient les forces de l'ordre à des partisans de l'ex-chef d'Etat islamiste, qui ont coupé des routes y incendiant des pneus, ont ajouté les responsables de la sécurité.
   
A Sohag, une ville plus au sud où vivent également de nombreux chrétiens, des pro-Morsi ont jeté des cocktails molotov sur l'église Mar Gergiss, située dans l'enceinte du diocèse de la ville, a rapporté l'agence Mena, évoquant des actions de représailles à la dispersion au Caire.
   
Le clergé copte a soutenu la destitution par l'armée de Mohamed Morsi, le patriarche copte Tawadros II était même apparu aux côtés du général Abdel Fattah al-Sissi lors de l'annonce télévisée du coup de force des militaires le 3 juillet.

 

Epreuve de force
 
Mohamed Morsi, le premier président égyptien élu démocratiquement, a été destitué et arrêté par l'armée le 3 juillet, après des manifestations monstres réclamant son départ. Les protestataires lui reprochaient d'avoir accaparé les pouvoirs au profit des seuls Frères musulmans et achevé de ruiner une économie déjà exsangue.
   
Le gouvernement mis en place par l'armée a promis des élections début 2014 mais est paralysé depuis plus d'un mois, ses membres étant partagés entre la volonté de recourir à la force pour disperser les sit-in pro-Morsi et celle de négocier une sortie de crise pacifique avec les très influents Frères musulmans.

J.C., avec AFP

Et aussi

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK