Egypte: nouveau gouvernement et marche géante mardi

RTBF
RTBF - © RTBF

La colère gronde toujours en Egypte malgré les concessions du président Moubarak qui a remanié son gouvernement. Une figure émerge, celle de Mohamed ElBaradei, investi porte-parole de l'opposition. Ce mardi, le pays se prépare à une manifestation géante.

Le président égyptien Hosni Moubarak a remanié son gouvernement. Cela n'a pas suffi à calmer les manifestants qui étaient à nouveau dans les rues du Caire ce lundi. Celui qui a pris la tête de la contestation, Mohammed ElBaradei a appelé les Egyptiens à une marche géante mardi.

Mais ce lundi matin déjà, les habitants du Caire sont à nouveau dans la rue. Les chars de l'armée bloquent tous les points névralgiques de la capitale. La mobilisation ne faiblit pas au Caire. Sur la place Tarhir environ 10 000 manifestants continuent à défier le régime. Les slogans se durcissent encore contre le président Hosni Moubarak. Ils demandent non seulement qu'il s'en aille mais aussi qu'il soit jugé. Une effigie du président a été pendue à un lampadaire.

L'armée est plus que jamais présente. Elle a encore renforcé son dispositif et disposé de nouveaux blindés et blocs en béton aux alentours. Dans d'autres quartiers, la police a fait sa réapparition, la police perçue par la population comme une force alliée au président tandis que l'armée est considérée comme plus neutre.

A certains endroits, la police cohabite avec les milices d'autodéfense qui protègent les quartiers contre d'éventuels pillages.

Des milliers de personnes ont bravé le couvre-feu dimanche soir

C'était le septième jour de contestation en Egypte. Les opposants à Hosni Moubarak ont passé une nouvelle nuit dans le centre du Caire, des  manifestants mobilisés en masse, malgré le couvre-feu, les démonstrations de force de l'armée, et le retour de la police.

Plusieurs mouvements d'opposition égyptiens, dont les Frères musulmans, ont chargé l'opposant Mohamed ElBaradei de négocier avec le régime du président Moubarak.

Dimanche soir, Mohamed ElBaradei a rejoint la foule réunie dans le centre du Caire, promettant une ère nouvelle et insistant sur le départ de Moubarak.

Le chaos s'installe progressivement dans plusieurs quartiers du Caire et de nombreuses autres villes du pays. Les violences ont fait au moins 125 morts et des milliers de blessés.

Le président Moubarak s'est exprimé dimanche soir, à la télévision, proposant un dialogue avec l'opposition. Malgré cette allocution, le Raïs apparaît désormais en fin de course. 

Vers une transition ?
Lundi, Hosni Moubarak a nommé le général Mourad Mowafi, ancien gouverneur du Sinaï-Nord, à la tête des services de renseignements, pour remplacer l'influent Omar Souleimane, promu samedi vice-président, une fonction abolie il y a 30 ans et qui pourrait ouvrir la voie à une transition.

La télévision officielle égyptienne a également annoncé lundi la formation d'un nouveau gouvernement en Egypte, largement inchangé à l'exception du ministre de
l'Intérieur Habib el-Adli, dont les manifestants réclamaient le départ. Le nouveau ministre de l'Intérieur est un général, Mahmoud Wagdi.

Autre changement, le gouvernement ne comprend aucune personnalité du milieu des affaires, considéré comme proche du fils du président Hosni Moubarak, Gamal.
Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit est reconduit, de même que celui de la Défense, le général Mohamed Hussein Tantaoui.

Les Frères musulmans ont rejeté le nouveau gouvernement égyptien et appelé à la poursuite des manifestations jusqu'à la chute du régime

"Les Frères musulmans (...) annoncent leur refus total de la composition du nouveau gouvernement, qui ne respecte pas la volonté du peuple", annonce la confrérie dans un communiqué.

Force d'opposition la plus influente du pays, les Frères, "invitent le peuple à continuer et à participer à des manifestations massives partout en Egypte afin que tout le régime -président, parti, ministres et Parlement- quitte le pouvoir", ajoute-t-elle.

L'armée soutient le peuple

L'armée égyptienne a annoncé lundi soir qu'elle jugeait "légitimes" les revendications du peuple, qui manifeste depuis une semaine contre le gouvernement. Les militaires ont annoncé qu'ils ne recourraient pas à la force contre les manifestants.

S'adressant au "grand peuple d'Egypte", l'armée a jugé "légitimes ses revendications et assuré qu'elle ne recourrait "pas à l'usage de la force contre le peuple égyptien".

 

"La liberté d'expression de forme pacifique est garantie pour tous", a affirme le porte-parole de l'armée, cité par l'agence officielle Mena et la télévision d'Etat.

Les forces armées égyptiennes ont assuré qu'elles n'utiliseraient pas la force contre les manifestants, a rapporté la télévision d'Etat lundi.

Arrestation puis libération de six journalistes d'Al-Jazeera
Six journalistes du canal anglophone de la chaîne qatarie Al-Jazeera ont été arrêtés puis relâchés lundi au Caire, a annoncé la télévision, qui a été interdite en Egypte après avoir accordé une large couverture aux manifestations anti-gouvernementales.

Cette mesure survient au lendemain de l'interdiction faite à Al-Jazeea de poursuivre ses activités en Egypte, où un satellite relevant du gouvernement, Nilesat, a arrêté dimanche la diffusion de la chaîne. Al-Jazira, basée au Qatar, a dénoncé l'interdiction de ses activités comme visant à "faire taire le peuple égyptien".

De lourdes conséquences pour le pays

L'agence de notation Moody's a dégradé lundi d'un cran la note de l'Egypte, et envisagé de l'abaisser encore à moyen terme. La plupart des distributeurs de billets sont vides.

Le secrétaire général de l'Opep, Abdallah El-Badri, a estimé que les tensions en Egypte pourraient affecter le passage stratégique du canal de Suez et générer une "pénurie" de pétrole. Abdallah El-Badri a affirmé que l'Opep serait alors prête à accroître sa production. Mais les médias officiels égyptiens ont toutefois assuré lundi que le canal fonctionnait "à pleine capacité" et n'avait pas été affecté par la situation.

L'Union européenne souhaite la tenue d'élections "libres et justes" en Egypte,  mais ménage le président Moubarak

D'après le texte des conclusions du conseil des ministres des Affaires étrangères européens tenu lundi, préparé par les diplomates mais substantiellement modifié par les ministres, l'UE "presse les autorités égyptiennes de mettre en place une transition ordonnée conduisant à un gouvernement large", qui puisse mener "un processus véritable de réformes démocratiques substantielles, dans le plein respect des droits humains, de l'Etat de droit et des libertés fondamentales", en vue de la tenue d'"élections libres et justes".

Les Européens se sont toutefois soigneusement gardés de viser explicitement le président Hosni Moubarak, garant de la paix avec Israël et acteur diplomatique important dans le processus de paix. "Il est clair que la stabilité en Egypte joue un rôle important dans le processus de paix au Moyen Orient. Nous sommes parfaitement conscients que l'Egypte est un facteur de stabilité et nous souhaitons qu'elle le reste", a ainsi commenté le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere.

Interrogé sur la position ambigüe des Européens, Steven Vanackere a préféré "éviter de personnaliser" la crise actuelle. "Il ne s'agit pas de personnaliser, mais de parler d'institutions démocratiques", a-t-il dit, jugeant que l'UE avait "la légitimité de décrire le type de transition qu'on juge souhaitables", mais pas de "se subsituer au peuple égyptien".

Au pouvoir depuis 1981, Hosni Moubarak a été réélu à plusieurs reprises au cours des dernières décennies, notamment en 2005, mais la validité de ces élections est largement contestée. Un nouveau scrutin présidentiel doit être organisé en septembre prochain. Selon Steven Vanackere, la tenue de ces élections, éventuellement de façon anticipée, serait un signal bienvenu.

Israël inquiet

Israël, inquiet de préserver ses liens avec l'Egypte, seul pays arabe avec la Jordanie à avoir signé un traité de paix avec l'Etat hébreu, a demandé dans un message secret aux Etats-Unis et à des pays européens de soutenir le régime égyptien, selon le quotidien Haaretz.

JFH avec Daniel Fontaine, Nicolas Willems et agences

Ecoutez le reportage de Daniel Fontaine, envoyé spécial du journal parlé

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK