Egypte: fragile trève entre forces de l'ordre et manifestants

Les heurts au Caire et dans d'autres villes egyptiennes se poursuivent
Les heurts au Caire et dans d'autres villes egyptiennes se poursuivent - © EPA / Khaled Elfiqi

L'Égypte est toujours sous haute tension. Les heurts se sont poursuivis dans le centre du Caire pour la sixième nuit consécutive. Des dizaines de milliers de manifestants réclament toujours que l'armée rende le pouvoir aux civils, malgré les promesses faites par les militaires la veille. Mais une trève semble se dessiner.

Un accord a été conclu entre les forces de l'ordre égyptiens et les manifestants sur un arrêt des affrontements meurtriers qui secouent depuis plusieurs jours le centre du Caire, a affirmé jeudi le Conseil des ministres sur sa page Facebook.
"Un accord a été conclu entre les forces de sécurité et les manifestants portant sur l'arrêt total des heurts entre les deux parties dans la rue Mohamed Mahmoud qui mène au ministère de l'Intérieur", près de l'emblématique place Tahrir, a indiqué le Conseil des ministres. "Le calme est revenu sur la place Tahrir depuis 03H00 jeudi à l'aube grâce à la coopération des jeunes de la révolution", a-t-il ajouté.
Le chef de la police militaire, "le général Hamdi Badeen a supervisé la trêve. Nous (le ministère de l'Intérieur) avons rencontré les manifestants hier (mercredi) et les militaires étaient là également", a affirmé à l'AFP un haut responsable du ministère sous couvert de l'anonymat. "Nous espérons que la trêve tiendra. Nous espérons qu'ils arrêteront de nous attaquer et de tenter d'arriver au ministère. Nous n'avons aucune intention d'aller près de Tahrir, nous tentons juste de nous défendre", a-t-il ajouté.

Sixième nuit d'affrontements

Les affrontements se sont poursuivis mercredi entre manifestants et forces de l'ordre, au Caire et dans plusieurs villes d'Égypte, dont Alexandrie. Des dizaines de milliers de manifestants hostiles au pouvoir militaire rejettent toujours l'accord conclu entre l'armée égyptienne et certains partis, dont les islamistes, pour accélérer le retour de civils à la tête de l'État. Ces affrontements constituent la plus grave crise pour le pouvoir militaire depuis qu'il a pris la direction du pays après la chute du président Hosni Moubarak le 11 février dernier.

Mercredi soir, des coups de feu ont éclaté près du ministère de l'Intérieur, dans le centre du Caire. Ce symbole de l'autorité de l'État, situé non loin de la place Tahrir, a été la cible des manifestants. Des témoins ont affirmé qu'il y avait eu des morts. Une information impossible à vérifier.    

Pour la première fois, des médecins ont fait état de décès par balles réelles au cours de violences. La police militaire utilise également des gaz non-conventionnels. Depuis le début des protestations, samedi, le bilan s'élève à 39 tués, selon l'agence Reuters. Il y aurait plus de 2000 blessés.

Le ministre égyptien de l'Intérieur a proposé de reporter la première phase des élections législative, qui doit débuter lundi prochain. C'est ce que rapporte la chaîne de télévision qatari Al Jazeera. Une information qui n'a pas été confirmée dans l'immédiat.

Excuses des militaires

Le Conseil suprême des forces armées, dans un communiqué publié sur sa page Facebook, "exprime ses regrets et présente ses profondes excuses pour la mort en martyrs d'enfants loyaux de l'Egypte durant les récents événements de la place Tahrir".

Dans une prise de position d'une fermeté inédite, le grand imam d'Al-Azhar, plus haute institution de l'islam sunnite, qui siège au Caire, a appelé la police à ne pas tirer sur les manifestants et l'armée à éviter les affrontements "au sein d'un même peuple".

Le haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Mme Navi Pillay, a réclamé une enquête "rapide, impartiale et indépendante" sur les violences, tandis que les militants égyptiens accusent les policiers de viser les manifestants au visage, plusieurs d'entre eux ayant perdu l'usage d'un oeil.

Le Parti de la liberté et de la justice, organe politique des Frères musulmans, a demandé au Conseil suprême des forces armées (CSFA) de "présenter ses excuses au peuple égyptien", alors qu'Amr Moussa, ancien chef de la Ligue arabe et candidat déclaré à la présidentielle, a exhorté le CFSA à faire cesser "immédiatement" les violences et à en juger les responsables.

Les Etats-Unis ont condamné "l'usage excessif de la force" par la police et demandé au gouvernement de protéger le droit de manifester. Trois étudiants américains arrêtés lundi place Tahrir ont été maintenus en détention pour quatre jours, sur décision du procureur général du Caire.

T.N. avec Nicolas Willems et agences

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