Egypte : la rue a gagné, il y aura un gouvernement de salut national

Des milliers de manifestants place Tahrir ce mardi
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Des milliers de manifestants place Tahrir ce mardi - © EPA/MOHAMED OMAR

Alors que des milliers d'Egyptiens manifestaient une nouvelle fois ce mardi sur la place Tahrir, au Caire, l'armée a accepté qu'une élection présidentielle soit organisée avant le mois de juillet. Un gouvernement de salut national devrait être formé dans les jours qui viennent.

Des milliers de personnes manifestent depuis le début de l'après-midi ce mardi sur l'emblématique place Tahrir pour revendiquer la remise au plus vite du pouvoir à une autorité civile, accusant le pouvoir militaire de chercher à s'incruster et de rééditer la politique de répression du régime de Moubarak.

Parallèlement, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a tenu une réunion de dialogue avec plusieurs forces politiques, notamment les influents Frères musulmans. Le chef de l'armée au pouvoir, le maréchal Hussein Tantaoui, a annoncé qu’une élection présidentielle se tiendrait "avant la fin juin 2012" en Égypte. Cette échéance présidentielle est plus proche que la fin 2012 voire 2013 souvent évoquées faute de calendrier précis. L'armée s'est engagée à remettre le pouvoir aux civils une fois un nouveau président élu.

L'armée est aussi prête à organiser "en cas de nécessité" un référendum sur le transfert de pouvoir "si le peuple le souhaite", a-t-il ajouté. "L'armée ne veut pas le pouvoir et met les intérêts du peuple au-delà de toute considération. Elle est tout à fait prête à remettre les responsabilités immédiatement, si le peuple le souhaite, à travers un référendum populaire", a annoncé le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA).

Les élections législatives se tiendront quant à elles conformément au calendrier prévu, à partir de lundi prochain. Le maréchal Tantaoui a également indiqué que le CSFA avait accepté la démission remise la veille du gouvernement du Premier ministre Essam Charaf, qu'elle avait nommé en mars dernier. Il a ajouté qu'un nouveau gouvernement allait être formé, sans donner de précisions.

Mohamed ElBaradei comme Premier ministre ?

L'armée au pouvoir en Egypte a discuté mardi de la possibilité de nommer l'ancien haut fonctionnaire international Mohamed ElBaradei comme nouveau Premier ministre, a indiqué une source militaire à l'AFP.

L'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) remplacerait Essam Charaf. Le nom de Mohamed ElBaradei a été évoqué dans la  réunion de mardi entre le CSFA et diverses forces politiques, dont l'influent mouvement des Frères musulmans, selon cette source présente à la rencontre, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat.

Le nom d'Abdelmoneim Aboul Fotouh, candidat potentiel à la présidence et ancien membre des Frères musulmans, a également été évoqué lors de ces entretiens centrés sur la présentation de la démission du gouvernement Charaf.

Opposant résolu au président Hosni Moubarak, renversé en février dernier, Mohamed ElBaradei est aujourd'hui très critique de la politique menée par le CSFA.

Lundi soir, le CSFA avait reconnu pour la première fois depuis le début des violences qui ont fait 28 morts en trois jours, que le pays était en "crise", après la présentation de la démission par le gouvernement d'Essam Charaf nommé en mars par l'armée pour gérer les affaires courantes.

L'Egypte est dans sa plus grave crise depuis la chute de l'ex-président, à une semaine des premières élections législatives de l'ère post-Moubarak, chassé par un soulèvement populaire le 11 février. Ce contexte de crise fait craindre que ces élections ne soient émaillées de violences.

"Qui éteindra le feu?"

Les Frères musulmans, qui représentent la force politique la mieux organisée du pays, ont boycotté la manifestation de Tahrir et appelé au calme, soucieux de voir le scrutin, pour lequel ils s'estiment en position de forces, débuter comme prévu le 28 novembre .

"Plus le nombre (de manifestants) grandit, plus il y aura des tensions", a affirmé à l'AFP Saad al-Katatny, secrétaire général du Parti de la liberté et la justice issu de la confrérie.

Selon le ministère de la Santé, 28 personnes -26 au Caire, une à Alexandrie et une à Ismaïliya - ont été tuées depuis samedi, notamment sur la place Tahrir au Caire, épicentre du soulèvement du début de l'année.

"Personne ne peut nier que l'Egypte se trouve aujourd'hui face à un grand danger et devant un tournant", écrit mardi le quotidien gouvernemental Al-Goumhouriya.

"Qui éteindra le feu?", s'inquiète en une Al Wafd (libéral), qui relève: "les troubles sont dus au fait qu'il n'y a pas eu de gouvernement de révolutionnaires (...) la foule est donc descendue dans la rue pour faire valoir ses revendications".

La bourse chute de plus de 4%

Signe des troubles, la Bourse du Caire a annoncé une suspension temporaire des échanges mardi après une chute de 4,48% de son indice de référence EGX-30.

Lundi soir, sur la place Tahrir, les dizaines de milliers de manifestants ont scandé toujours "Le peuple veut la chute du maréchal" Hussein Tantaoui, à la tête du conseil militaire et premier dirigeant de facto de l'Egypte.

"C'est bien. Maintenant c'est le CSFA qui doit démissionner et répondre de ses actes devant nous", a réagi Tarek Sabri, un enseignant de 35 ans. "Nous avons besoin d'un gouvernement qui a de véritables pouvoirs. Aucun gouvernement sous l'égide du CSFA n'a de valeur", a renchéri Mohammed al-Hita, un militant de 24 ans.

Dans la nuit de lundi à mardi, de violents affrontements se sont poursuivis dans des rues adjacentes à Tahrir menant au ministère de l'Intérieur, cible privilégiée des manifestants et sous forte garde des forces antiémeutes.

Le conseil militaire était accusé de vouloir se maintenir au pouvoir, de ne pas tenir ses promesses de réformes et de poursuivre la politique de répression de l'ère Moubarak. Selon Amnesty international, le CSFA "a étouffé la révolution" et certaines violations des droits de l'Homme commises depuis qu'il est au pouvoir sont pires que sous le régime Moubarak.

Pas de problème pour les touristes belges

A la suite des troubles qui secouent à nouveau l'Egypte, le ministère des Affaires étrangères conseille aux voyageurs belges de se tenir à distance de toute manifestation. Les élections législatives commenceront le 28 novembre et il est recommandé aux touristes de se tenir à distance des bureaux de vote et des centres urbains les jours des votes, peut-on lire sur le site des Affaires étrangères. Selon les tour-opérateurs Thomas Cook et Jetair, aucune mesure particulière ne s'avère nécessaire pour les touristes belges en Egypte.

"Nous veillons à ce que les touristes présents au Caire ne se trouvent pas dans des endroits où surviennent les troubles", explique le porte-parole de Jetair Hans Vanhaelemeesch. "A l'exception de la place Tahrir, il n'y a pas eu de problème ces derniers temps. L'ambiance des vacances n'est aucunement menacée", assure-t-il.

En ce qui concerne les prochaines élections, Hans Vanhaelemeesch souligne que les personnes qui réservent des vacances à la plage ne se rendent généralement pas dans les centres administratifs ou à proximité des bureaux de vote. Jetair informe ses voyageurs de la situation, mais ne prend pour l'heure pas d'autre mesure.

Même son de cloche chez Thomas Cook. Les Affaires étrangères conseillent une vigilance accrue, mais cela ne concerne pas les voyageurs de Thomas Cook, indique le porte-parole Koen Van den Bosch. Le tour-opérateur précise encore n'avoir pas ou peu de clients dans la capitale du pays.

Des tensions se font par ailleurs à nouveau sentir entre musulmans et coptes, indique encore le site du ministère des Affaires étrangères.

A.L. avec AFP et Belga

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