Egypte: la présidence rejette l'ultimatum de l'armée, Obama inquiet

L'ultimatum, lancé par les militaires qui avaient pris les rênes de l'exécutif pour un intérim controversé entre la chute du président Hosni Moubarak en février 2011 et l'élection de Mohamed Morsi en juin 2012, a suivi des manifestations de masse réclamant le départ du président islamiste.

Affirmant que "l'Egypte ne permettra absolument aucun retour en arrière quelles que soient les circonstances", Mohamed Morsi s'est posé en garant de la "réconciliation nationale" et de la "paix sociale", alors que l'armée avait déclaré la semaine dernière qu'elle ne laisserait pas le pays "plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles".

Dans un message lu à la télévision, le commandement militaire a indiqué que "si les revendications du peuple n'étaient pas satisfaites durant cette période, (les forces armées) annonceraient une feuille de route et des mesures pour superviser sa mise en œuvre".

Inquiet, Barack Obama appelle Mohamed Morsi

Depuis la Tanzanie, troisième et ultime étape de sa tournée africaine en cours, le président américain a indiqué à M. Morsi que Washington était attaché "au processus démocratique en Egypte et ne soutenait aucun parti ou groupe", a ajouté ce responsable, qui ne s'est pas identifié nommément.

Le président américain "a souligné que la démocratie ne se limite pas aux élections. Il s'agit aussi de faire en sorte que les voix de tous les Egyptiens soient entendues et représentées par leur gouvernement, y compris les nombreux Egyptiens qui manifestent à travers le pays", a ensuite précisé la Maison-Blanche dans un communiqué

M. Obama avait déjà estimé lundi, lors d'une conférence de presse à Dar es Salaam, la capitale économique tanzanienne, que "même si M. Morsi a été élu démocratiquement, il faut faire plus pour créer les conditions dans lesquelles chacun a le sentiment que sa voix est entendue" en Egypte.

Lors de son appel téléphonique, "le président Obama a encouragé le président Morsi a prendre des mesures pour montrer qu'il répond à leurs inquiétudes (des manifestants) et souligné que la crise actuelle ne peut être résolue que par un processus politique", selon la Maison-Blanche.

"Il a réitéré sa conviction que tous les Egyptiens qui protestent doivent s'exprimer pacifiquement et a exhorté le président Morsi à clairement dire à ses partisans que toute forme de violence est inacceptable", a poursuivi la présidence américaine.

Démission du ministre des Affaires étrangères, cinquième défection en deux jours

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Mohammed Kamel Amr, a remis sa démission, a annoncé mardi l'agence de presse officielle Mena.

M. Amr est le plus important membre du cabinet à quitter le gouvernement, après la démission lundi de quatre ministres, dont celui du Tourisme, au lendemain de manifestations monstres réclamant le départ du président islamiste Mohamed Morsi.

Enthousiasme des manifestants anti-Morsi

Les opposants toujours mobilisés place Tahrir au Caire ont explosé de joie après cette déclaration qui pousse, selon eux, le président vers la sortie comme ils le réclament. "Morsi n'est plus notre président, Sissi avec nous", ont scandé les manifestants, en référence au général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l'armée et ministre de la Défense, dont le portait est apparu à l'écran durant la lecture de la déclaration militaire.

Après l'annonce de l'armée, des dizaines de milliers de manifestants enthousiastes ont défilé dans les rues du Caire, d'Alexandrie et d'autres grandes villes du pays. "L'armée s'est rangée au côté du peuple", a estimé le mouvement Tamarrod (rébellion en arabe), à l'origine de manifestations monstres dimanche.

Quatre membres du gouvernement ont quant à eux présenté leur démission, accroissant l'isolement de Mohamed Morsi. Les Frères musulmans, la formation d'où vient Mohamed Morsi, se sont contentés de déclarer qu'ils "étudiaient" la déclaration militaire.

Le président américain Barack Obama a invité "toutes les parties à faire preuve de retenue" tandis que l'ONU a appelé au dialogue, en soulignant que l'issue de cette nouvelle crise aurait un "impact important" sur l'évolution des autres pays de la région.

Dimanche, la foule avait déferlé dans la capitale et dans de nombreuses autres villes aux cris de "Le peuple veut la chute du régime", le slogan déjà scandé début 2011 contre le pouvoir autoritaire de Hosni Moubarak. Au moins 16 personnes ont été tuées dans tout le pays en marge des manifestations, dont huit dans des affrontements entre pro et anti-Morsi au Caire, selon le ministère de la Santé. Des affrontements similaires avaient déjà fait huit morts, dont un Américain, la semaine dernière.

Craintes d'un "nouveau bain de sang"

La grande institution islamique Al-Azhar, basée au Caire, a indiqué craindre "un nouveau bain de sang" et s'est inquiétée de l'infiltration d'hommes armés dans les rassemblements "pacifiques". L'armée et la police sont déployées dans le pays pour éviter des dérapages graves, en particulier autour des établissements vitaux.

Au Caire, le siège des Frères musulmans, a été en partie incendié dans la nuit dans le quartier du Moqattam, avant d'être occupé et pillé lundi matin. Certains assaillants jetaient des objets par les fenêtres tandis que d'autres emportaient des casques, des gilets pare-balles, des postes de télévision, des meubles et des documents, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Les Frères musulmans ont ruiné le pays et les dévaliser est donc justifié", expliquait Mohammed, un manifestant. L'opposition avait appelé à manifester le jour anniversaire de l'investiture de Mohamed Morsi.

Les cortèges de dimanche - d'une ampleur sans précédent - ont lancé "La révolution du 30 juin", affirmait lundi le quotidien indépendant Al-Masry al-Youm. A quelques kilomètres de la place Tahrir, les partisans du premier président élu démocratiquement de l'histoire du pays campaient dans le faubourg de Nasr City, dans l'est de la capitale, pour soutenir la "légitimité" de Mohamed Morsi. L'armée, qui a parlé de "millions" de manifestants hostiles à Mohamed Morsi à travers le pays, a estimé le chiffre des pro-Morsi à 25 000.

Après avoir récolté 22 millions de signatures pour une pétition réclamant le départ du président accusé de dérive autoritaire et de laisser la mainmise aux Frères musulmans sur le pays, Tamarrod a donné à Mohamed Morsi jusqu'à mardi 17h (15h GMT) pour quitter le pouvoir. En cas de refus, le mouvement a annoncé "une campagne de désobéissance civile totale".

L'instabilité persistante en Égypte, peuplée de 80 millions d'habitants, pèse lourdement sur une économie handicapée par une inflation et un chômage en hausse et la chute de sa monnaie.

AFP

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