Egypte: Mohamed Morsi en prison pour liens avec le Hamas palestinien

L'armée égyptienne a donné 48h aux pro-Morsi pour rejoindre la politique des nouvelles autorités
L'armée égyptienne a donné 48h aux pro-Morsi pour rejoindre la politique des nouvelles autorités - © ADEM ALTAN

Un tribunal du Caire a ordonné le placement en détention du président destitué Mohamed Morsi pour complicité présumée dans des attaques imputées au Hamas palestinien et une évasion de prison début 2011, une décision condamnée par les Frères musulmans comme "un retour du régime Moubarak". Les manifestations ont fait deux morts à Alexandrie.

Mohamed Morsi, détenu au secret par l'armée depuis sa destitution le 3 juillet, a été placé en détention préventive pour une durée maximale de 15 jours dans le cadre de cette procédure concernant son implication présumée dans des attaques contre la police, imputées au Hamas, sous son prédécesseur Hosni Moubarak, et son évasion de la prison de Wadi Natroun à la même époque, a rapporté vendredi l'agence officielle Mena.

Pro et anti-Morsi mesurent leurs forces: deux morts à Alexandrie

Les autorités ont renforcé la sécurité dans tout le pays pour cette journée à hauts risques où les deux camps entendent compter leurs forces, alors que les violences liées aux troubles politiques ont fait plus de 200 morts en un mois.

Deux manifestants ont perdu la vie et une vingtaine d'autres ont été blessés, notamment par des tirs de chevrotine, lors d'affrontements entre pro et anti-Morsi à Alexandrie, deuxième ville du pays, selon des sources médicales.

Dans le quartier de Choubra, au Caire, des manifestants ont échangé des jets de pierres et de bouteilles, faisant une dizaine de blessés. Une dizaine d'autres manifestants ont été blessés à Damiette, sur la côté méditerranéenne, a indiqué le ministère de la Santé.

Les manifestations à l'appel des Frères musulmans, dont est issu Mohamed Morsi, sont parties au Caire d'une trentaine de mosquées pour converger vers les abords de l'Université du Caire, près du centre-ville, et ceux de la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans un faubourg du nord-est de la capitale, où les pro-Morsi campent depuis près d'un mois.

Le guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Badie, a appelé ses partisans à des manifestations "pacifiques", tout en les exhortant à rester mobilisés face au "coup d'Etat sanglant".

Dans le camp opposé, les manifestants anti-Morsi se massaient place Tahrir, site traditionnel des grands rassemblements.

Les adversaire du président déchu justifient son renversement en l'accusant de n'avoir gouverné qu'au profit des islamistes et d'avoir laissé le pays s'enfoncer dans la crise économique.

La foule brandissait des drapeaux égyptiens et des portraits du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, artisan de la chute de Mohamed Morsi et nouvel homme fort du pays.

Le Hamas condamne cette décision

Ces accusations "sonnent comme une vengeance de l'ancien régime, qui indique qu'il fait un retour en force", a déclaré un porte-parole des Frères musulmans, le mouvement de l'ancien président.

Le Hamas a lui aussi réagi. "Le Hamas condamne cette décision car elle est fondée sur le postulat que le mouvement Hamas est hostile", a déclaré un porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri.

"C'est un développement dangereux qui confirme que le pouvoir actuel en Égypte renonce aux causes nationales (...) allant même jusqu'à leur nuire, à commencer par la cause palestinienne", a-t-il déploré.

Une évasion pendant la révolte

Un tribunal égyptien avait statué le 23 juin que le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, et le Hezbollah chiite libanais étaient impliqués dans l'évasion de prisonniers, dont l'actuel président Mohamed Morsi, pendant la révolte contre Hosni Moubarak début 2011.

Le président du tribunal sis à Ismaïliya, au nord-est du Caire, a demandé au parquet d'enquêter sur cette évasion qui s'est produite en janvier 2011 dans la prison de Wadi Natroun, au nord-ouest de la capitale.

A l'époque, Mohamed Morsi avait assuré que lui et les 33 autres membres de la confrérie islamiste emprisonnés ne s'étaient pas évadés mais que "des habitants (leur avaient) ouvert les portes" de la prison.

Des sources de sécurité avaient affirmé que des milliers de prisonniers avaient submergé leurs gardiens à Wadi Natroun et s'étaient dispersés dans les villes et les villages avoisinants.

Un ultimatum de 48 heures ?

Par ailleurs, un site proche de l'institution militaire égyptienne avait affirmé jeudi que le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, donnait 48 heures aux Frères musulmans pour se rallier au processus de réconciliation lancé après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi.

"Le commandant des forces armées a donné un délai de 48 heures pour revenir dans les rangs de la nation", selon un communiqué publié sur une page Facebook proche de l'armée, repris par l'agence officielle MENA.

Après les rassemblements prévus vendredi des adversaires et des partisans du président déchu, "les forces armées changeront de stratégie face à la violence et au terrorisme", prévient également le texte.

Un haut responsable militaire a indiqué que ce message ne constituait pas un "point de vue officiel" mais qu'il figurait sur une page Facebook "ayant des liens avec l'armée".

Le délai de "48 heures est en fait une invitation politique" à s'associer à un processus de réconciliation politique prôné par les nouvelles autorités, a-t-il ajouté.

Les Frères musulmans, la formation dont est issu Mohamed Morsi, ont jusqu'à présent refusé tout dialogue avec le nouveau pouvoir, jugé "illégitime" car issu d'un "coup d'Etat militaire".

"Cela ne signifie pas qu'après 48 heures nous allons réprimer" les partisans de Mohamed Morsi qui manifestent au Caire depuis sa destitution, a poursuivi ce responsable militaire. "Pourquoi ces gens s'inquiètent-ils, s'ils sont pacifiques? Nous ne parlons que des terroristes", a-t-il assuré.

Par ailleurs, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, rejoint les voix qui demandent la libération de Mohamed Morsi. Les Etats-Unis et l'Allemagne ont déjà aussi appelé à sa libération. 

Avec Belga

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