Egypte: armée et Frères musulmans appellent leur camp à la mobilisation

"J'appelle tous les Egyptiens honnêtes à descendre dans la rue vendredi pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme", a déclaré le général Sissi lors d'une cérémonie militaire
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"J'appelle tous les Egyptiens honnêtes à descendre dans la rue vendredi pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme", a déclaré le général Sissi lors d'une cérémonie militaire - © EGYPTIAN TV

Le chef de l'armée égyptienne, le général Abdel Fattah al-Sissi, a appelé mercredi la population à manifester pour légitimer une intervention contre la violence et le terrorisme, après une nouvelle flambée de violence qui a fait treize morts en moins de 24 heures dans des affrontements entre partisans et adversaires du président islamiste destitué Mohamed Morsi.

"J'appelle tous les Egyptiens honnêtes à descendre dans la rue vendredi pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme", a déclaré le général Sissi lors d'une cérémonie militaire, alors que les Frères musulmans partisans du président Mohamed Morsi destitué par l'armée continuent de mobiliser pour réclamer son retour.

Il a appelé "les Egyptiens à descendre dans la rue pour montrer au monde leur volonté comme avant le 30 juin" lors des manifestations de masse pour exiger le départ de M. Morsi, déposé le 3 juillet.

"Je vois que certains veulent entraîner le pays dans un tunnel sombre", a-t-il dit dans ce discours retransmis à la télévision, en allusion aux troubles politiques souvent meurtriers qui secouent le pays depuis près d'un mois.

Le général Sissi a affirmé que des conseillers de M. Morsi avaient tenté de le dissuader de le déposer en "disant qu'il y aurait beaucoup de violence à cause des groupes armés".

Les Frères musulmans rejettent les "menaces" du général Sissi

Un haut responsable des Frères musulmans égyptiens a rejeté mercredi les "menaces" du chef de l'armée.

"Vos menaces n'empêcheront pas des millions de personnes de continuer à manifester" pour le retour du président Mohamed Morsi, renversé par l'armée début juillet après des manifestations de masse appelant à son départ, a déclaré sur Facebook Essam el-Erian, un des dirigeants de la confrérie islamiste.

Le général Abdel Fattah al-Sissi a appelé mercredi dans un discours retransmis à la télévision "tous les Égyptiens honnêtes à descendre dans la rue vendredi pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme".

"Je vois que certains veulent entraîner le pays dans un tunnel sombre", a-t-il ajouté, en allusion aux troubles souvent meurtriers qui secouent le pays depuis près d'un mois.

Il a réaffirmé que l'armée n'avait fait qu'accomplir la volonté du peuple en destituant M. Morsi, dont il n'a pas prononcé le nom, le désignant uniquement comme "l'ancien président".

13 morts en 24 heures

Ce mercredi matin, dès l'aube, un commissariat a été visé par une attaque à la bombe, faisant un mort et 17 blessés. La bombe a été lancée depuis une voiture qui passait devant ce commissariat de Dakhalia, une province au nord du Caire.

Ce matin également, au Caire, deux manifestants pro-Morsi auraient été tués lors d’un défilé, selon les Frères Musulmans. Ces morts s’ajoutent à un bilan de 10 tués pour la journée d’hier.

En 24 heures, 13 personnes ont donc perdu la vie lors d’affrontements entre partisans et opposants du président déchu, Mohamed Morsi.

Ces heurts meurtriers se concentrent au Caire, dans les quartiers où campent les pro-Morsi depuis près de trois semaines, essentiellement aux abords de l’Université du Caire et de la Mosquée Rabaa al-Adawiya, refuge des islamistes.

Le bilan s’alourdit chaque jour et le pays s’enfonce dans l’impasse politique. Les Frères musulmans, le parti de Mohamed Morsi, s’opposent toujours  au gouvernement de transition et multiplient les manifestations.

De son côté, l’armée égyptienne maintient toujours Mohammed Morsi en captivité, et ce malgré les appels des Etats-Unis et de l’Union Européenne, qui somment l’armée de le libérer.

Le Qatar inquiet du maintien en détention de Morsi

Doha s'est dit "surpris par le maintien en détention du président élu Mohamed Morsi avec les risques que cela comporte pour la glorieuse révolution du 25 janvier" 2011, qui a renversé le régime de Hosni Moubarak, dans un communiqué du porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Le riche Etat du Golfe a exprimé son "inquiétude" face à la vague de violences entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi, qui a fait plus de 150 morts depuis les manifestations massives réclamant son départ fin juin.

Une sortie de crise en Egypte passe par "un règlement politique, fondé sur le dialogue dans le cadre de l'unité nationale. Et cela ne peut se faire en l'absence de l'une des parties et le maintien en détention de ses dirigeants", a-t-il ajouté en référence aux dirigeants des Frères musulmans, arrêtés après l'éviction de M. Morsi.

Les partisans de Mohamed Morsi, déposé par l'armée le 3 juillet, réclament son retour, faisant valoir qu'il est le premier président égyptien élu démocratiquement.

Ses adversaires estiment qu'il s'est disqualifié par un exercice du pouvoir au profit de son seul camp et que l'ampleur des manifestations contre lui a traduit sa perte de légitimité.

Le nouveau pouvoir n'a donné aucun écho aux demandes des Etats-Unis et de l'Union européenne de libérer M. Morsi, se bornant à assurer qu'il était bien traité.

AFP, Julien Jeffredo et Belga

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