Egypte : 2 journalistes et un avocat arrêtés, la répression continue

Solafa Magdy, son mari Hossam El-Sayed et l'avocat Mohamed Salah. 
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Solafa Magdy, son mari Hossam El-Sayed et l'avocat Mohamed Salah.  - © Tous droits réservés

Un couple de journalistes et un avocat égyptiens ont été arrêtés mardi par la police égyptienne alors qu’ils rejoignaient leur voiture après avoir passé la soirée dans un café du quartier de Dokki, au Caire.

Hossam El-Sayed, photojournaliste, et son épouse Solafa Magdy, journaliste indépendante, sont accusés par le Parquet général de la Sûreté de l’Etat d’avoir rejoint un groupe "terroriste" non précisé et, en ce qui concerne Solafa Magdy, d’avoir également propagé de fausses informations. Ils ont été arrêtés avec l’avocat Mohamed Salah.

Les trois accusés resteront en détention préventive pendant une période de 15 jours renouvelables – même si dans les faits, la détention préventive peut se prolonger indéfiniment. L’avocat du couple, maître Elganadi, a déposé une plainte auprès du procureur général après que sa cliente Mme Magdy a affirmé avoir été torturée par la police au poste de Dokki, où elle a été amenée après son arrestation. Des policiers "ont frappé ses bras et ses flancs et l’ont aussi insultée", a-t-il affirmé. "Ils ont mis sa voiture à la fourrière et pris son téléphone portable".

Justice parallèle

Ce type de procédé n’est pas unique et n’est pas neuf. Il a d’ailleurs été dénoncé dans un rapport publié ce mercredi par Amnesty international. L’ONG estime que les autorités égyptiennes "utilisent un système de "justice parallèle" dans le but de réprimer toute opposition au président Abdel Fattah al-Sissi. La situation empire, la répression se durcit. Dans l’Egypte de Sissi, tous les détracteurs du gouvernement sont perçus comme des terroristes potentiels", a estimé mardi Katia Roux d’Amnesty International France, lors d’une conférence de presse de présentation du rapport à Paris.

Dans ce rapport, l’organisation de défense des droits humains a appelé à une enquête, par une commission indépendante, sur le rôle du Parquet général de la sûreté d’Etat (SSSP). L’organisation a observé une hausse du nombre de dossiers traités par la SSSP, soit 1739 en 2018 contre 529 seulement en 2013.

Manifestations et répression renforcée

"La liberté de la presse et d’expression était déjà extrêmement mauvaise en Egypte, mais cela a empiré en 2019 avec une répression accrue à l’automne suite à une vague de manifestations fin septembre de citoyens qui contestent la corruption au sommet de l’état", explique Leslie Piquemal, chargée de plaidoyer auprès de l’Union européenne au Cairo Institure for Human Rights Studies (CIHRS). Aujourd’hui, si la presse, les ONG, les défenseurs des droits de l’homme et les opposants sont harcelés par les autorités égyptiennes, les citoyens aussi sont beaucoup plus menacés qu’auparavant. "On assiste à des arrestations de manifestants ou de citoyens soupçonnés d’avoir pensé ou voulu manifester !", explique Leslie Piquemal. "Dans un premier temps, on constate dans beaucoup de cas une disparition forcée. Des agents de la sûreté nationale font irruption, les embarquent et ces personnes disparaissent pendant un laps de temps plus ou moins long. Pendant ce temps, il y a un risque élevé de torture pour qu’elles avouent, pour qu’elles donnent leurs codes d’accès à leur téléphone ou leur laptop pour chercher des éléments incriminant. Envoyer un rapport d’Amnesty international à une connaissance par exemple. Cela concerne 4300 personnes depuis la fin du mois de septembre".

La stratégie des autorités égyptiennes est de restreindre au maximum la liberté d’expression et de la presse pour réduire au silence toute dissidence. Les réseaux sociaux sont d’ailleurs massivement surveillés ; les journalistes égyptiens ou internationaux intimidés ou interdits d’accès au territoire.

Au moins 35 journalistes seraient actuellement derrière les barreaux, en Egypte, selon le CIHRS, ce qui en fait l’une des plus grandes prisons pour journalistes au monde. L’Egypte est le pays qui emprisonne le plus de journalistes au monde après la Chine et la Turquie, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé à New York. "Les autorités égyptiennes n’ont clairement rien appris après l’indignation internationale suscitée par les récentes arrestations de journalistes et sont déterminées à poursuivre une mauvaise stratégie", a dénoncé mercredi le CPJ.

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