Écosse: les résidents étrangers pour l'indépendance

Anglais de naissance, et Écossais par choix, Mike Bell témoigne sur un site Internet en faveur du "oui" : il veut que ses petits-enfants "grandissent dans une société qui ne laisse personne sur le carreau, où les richesses sont partagées, où l'éducation et les services de santé sont gratuits et où les droits du citoyen sont inscrits dans la Constitution..." Voilà qui a de quoi surprendre. Quelles que soient leurs origines, beaucoup de résidents étrangers en Écosse aspirent à une société ouverte et égalitaire : "L'indépendance, je suis absolument pour, déclarait au journal le Monde Amer Iqbal, né près de Glasgow de parents pakistanais. Nous pouvons défendre la gratuité des universités et des soins médicaux contre la privatisation voulue par Westminster."

A-t-on déjà vu un mouvement indépendantiste qui ne mise pas sur le nationalisme, le repli sur soi et le rejet de l'autre ? Dans les Flandres belges, en Italie du Nord ou en Catalogne, pourtant l'enfant chéri de la gauche, le sentiment nationaliste est fort, souvent alimenté par une langue spécifique à la région. En Écosse, au contraire, l'indépendance est relayée et portée avec enthousiasme par un étonnant creuset de migrants, y compris du Royaume uni (Anglais et Irlandais), comme Mike.

Polonais, Anglais, Indiens d'Ecosse... tous pour le "oui"

Tout au long de la campagne, ils ont aidé les séparatistes du Parti national écossais (SNP) à donner à leur nationalisme une image d'ouverture. Si de nombreux étrangers rêvent d'une Écosse indépendante, ce n'est pas vraiment par sentiment anti-anglais : "On a beaucoup glosé sur le sentiment anti-britannique en Écosse, remarque Mike Bell. S'il existe, je ne l'ai pas vu en trente-huit ans de vie ici."

Si les Scots Asias ("Ecossais d'Asie"), qui représentent 2,7 % de la population, prennent fait et cause pour l'indépendance, c'est par souci d'ouverture des barrières sociales et géographiques, mais c'est aussi parce qu'en Écosse, ils se sont sentis mieux qu'ailleurs : "Les Écossais sont des gens plus accueillants, plus attentionnés que les Anglais", ajoute Amer Iqbal dans son témoignage au Monde. Pour sa part, Tomek Borkowy, un acteur polonais résident en Ecosse, déclare au Huffington Post : "Westminster traite les Polonais comme des pique-assiettes et des parasites qui ne cherchent qu'à profiter du système... Le gouvernement écossais, lui, apprécie notre contribution à la société. C'est le jour et la nuit."

Ils se sentent bien en Écosse, et ils veulent y rester. Or s'il est encore en poste après 2015, le Premier ministre britannique David Cameron a promis un référendum sur l'appartenance à l'Europe. Comme le dit Nicola Sturgeon, vice-Première ministre et ministre de la Santé et du Bien-être en Écosse : "Face aux partis qui, à Westminster, reprennent en coeur le couplet anti-européen de Ukip, l’Écosse risque de se voir arrachée à l'UE contre son gré en cas de 'non'..." Un message auquel les plus de 160 000 ressortissants de l'Union européenne sont sensibles, à en croire les nombreux groupes pro-indépendance qui ont fait campagne pour le "oui" - Polish For Yes, Italians For Yes , French For Yes and EU Citizens For An Independent Scotland... Tous, craignent de voir leur droit de séjour sur le sol écossais remis en cause.

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Partisans du "non" à l'indépendance de l’Écosse. © AFP

UKIP à la rescousse du "non"

Depuis le sondage du 7 septembre qui donnait le "oui" gagnant, la tendance s'est inversée et le "non" est à nouveau donné vainqueur. Selon YouGov, 50% des Écossais sondés comptent voter contre l'indépendance ; 45% pour ; près de 4% demeurent indécis et environ 2% ne comptent pas voter. Mais ses partisans ont eu peur de la défaite et ils se sont mobilisés in extremis ce vendredi 12 septembre avec, pour la première fois, le dirigeant du parti Ukip, le populiste et europhobe Nigel Farage. Peine perdue pour beaucoup d’Écossais, tant son impopularité est grande dans la région. "Farage vient aussi? Hahaha! C'est fantastique. On le déteste encore plus que les autres. Ça va encore profiter au oui", déclarait à l'AFP Ian, chauffeur de taxi.

Entouré des députés européens de sa formation, Nigel Farage affirme haut et fort que l'indépendantiste Alex Salmond (SNP) ne fait pas campagne pour l'indépendance, mais pour un nouveau type d'assujettissement, à l'Union européenne cette fois : "M. Salmond veut que ses lois soient décidées à Bruxelles", a dénoncé à la BBC le responsable du Ukip, avant d'exhorter à la radio LBC la reine Elizabeth II à sortir pour une fois de son impartialité politique, afin de soutenir l'Union.

Quant au chef des travaillistes, Ed Miliband, il faisait équipe avec l'ancien Premier ministre Gordon Brown à Edimbourg et à Glasgow. Comme les chefs des deux autres grands partis de Westminster, le conservateur David Cameron et le libéral-démocrate Nick Clegg, Ed Miliband est monté au front en catastrophe cette semaine, sans forcément recevoir un accueil très chaleureux dans le Nord.

Afin de faire pression contre les indépendantistes, Londres n'a pas hésité à publier des statistiques alarmistes : pour assurer son équilibre démographique, l’Écosse indépendante aurait besoin, d'ici 2035, d'un apport de 500 000 immigrants, soit l'équivalent de la ville d’Édimbourg. C'est le constat du ministère des Finances britannique, soucieux de ne pas se priver d'une économie riche fondée sur le tourisme, les finances, le pétrole et l'agroalimentaire. Une économie qui assurerait aux Écossais indépendants le 14e PIB brut du monde par habitant, soit plus que la France ou la Grande-Bretagne.

Liliane Charrier pour TV5 Monde

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