Écoles, commerces fermés, couvre-feu : la France élargit ses mesures anti-Covid à tout son territoire

Une nouvelle fois, les Français étaient devant leurs écrans ce mercredi soir pour écouter l’allocution du président français, Emmanuel Macron, après un Conseil de défense consacré à l’évolution de l’épidémie de coronavirus dans l’Hexagone. Mis sous pression et accusé de (mal) gérer, en solitaire, la crise sanitaire, il a pris la parole pour la première fois depuis depuis ses vœux du 31 décembre.

Emmanuel Macron a appelé mercredi les Français à "la mobilisation de chacun" pendant le mois d’avril face à l’épidémie du Covid-19, assurant que "si nous savons rester unis, solidaires, alors nous verrons le bout du tunnel".

"Si je m’adresse à vous ce soir c’est pour appeler à la mobilisation de chacun pour ce mois d’avril où beaucoup se joue", a affirmé le président au début de son allocution télévisée pour annoncer de nouvelles restrictions anti-Covid étendues à la France métropolitaine pour 4 semaines.

Voici les nouvelles mesures sanitaires en vigueur du 3 avril au 2 mai :

  • Couvre feu généralisé à 19h sur tout le territoire
  • Les commerces seront fermés selon la liste déjà arrêtée pour 19 départements qui étaient soumis à des mesures plus forte que le reste du territoire français
  • Pas de déplacements inter-régionaux après le 5 avril sauf motif impérieux
  • Pas de déplacement en journée au-delà de 10 km du domicile sauf motif impérieux.
  • Les crèches, écoles, collèges et lycées sont fermés pendant trois semaines"sauf "pour les enfants des soignants et de quelques autres professions, de même que les enfants en situation de handicap. 
  • Les étudiants pourront en revanche continuer à se rendre à l'université une journée par semaine.
  • Les vacances scolaires de printemps unifiées sur tout le territoire du 12 au 26 avril
  • Télétravail systématique

Mais "qui souhaite changer de région pour aller s'isoler pourront le faire durant ce week-end de Pâques" et "les Françaises et les Français de l'étranger qui veulent rentrer en France pourront aussi le faire à tout moment", a-t-il ajouté.

L'ensemble des dispositifs d'aide aux salariés et aux entreprises actuellement en vigueur seront par ailleurs prolongés, a assuré Emmanuel Macron, en précisant que "les parents qui devront garder leurs enfants et ne peuvent pas télétravailler auront droit au chômage partiel".

Le président Emmanuel Macron a encore annoncé des "renforts supplémentaires" en réanimation pour faire face à l'afflux de malades graves du Covid-19 et passer "dans les prochains jours" à plus de 10.000 lits, contre 7.665 actuellement.

Emmanuel Macron s'est également voulu optimiste

Il a annoncé une réouverture à partir de mi-mai de certains lieux de culture et des terrasses de restaurants et cafés.

Le chef de l'Etat a également promis un élargissement de la vaccination à toutes les personnes âgées de plus de 60 ans le 16 avril, puis à toutes celles de plus de 50 ans le 15 mai.

"Les personnes de moins de 50 ans suivront mi-juin et "d'ici à la fin de l'été, tous les Français de plus de 18 ans qui le souhaitent pourront être vaccinés", a-t-il ajouté.

Faisant l'objet de critiques crescendo par les oppositions, Emmanuel Macron a admis mercredi avoir "commis des erreurs" dans la gestion de la crise sanitaire mais avoir aussi "appris", après avoir refusé tout "mea culpa" pour avoir décidé fin janvier de ne pas reconfiner.

"A chaque étape de cette épidémie, nous pourrions nous dire que nous aurions pu faire mieux, que nous avons commis des erreurs. Tout cela est vrai", a reconnu le président, "mais je sais une chose : nous avons tenu, nous avons appris, et nous nous sommes à chaque fois amélioré", a-t-il également fait valoir.

Quelle est la situation sanitaire en France ?

Selon les chiffres de Santé publique France, la barre des 5000 patients en "soins critiques" (en réanimation) a été franchie ce mardi.

En comptant les malades du Covid et les autres, près de neuf lits de réanimation sur 10 (6833 sur 7665 à la date du 26 mars) sont actuellement occupés, selon le ministère de la Santé Olivier Véran.

Lundi, le pic de la deuxième vague de l’épidémie, un peu plus de 4900 patients mi-novembre, avait été dépassé. Le pic de la première vague, avec un peu plus de 7000 patients début avril, est cependant encore loin.

Mais le rythme des admissions en soins critiques est très élevé et tous les chiffres restent en nette hausse.

Certaines régions sont particulièrement touchées. Ainsi, en Ile-de-France, des hôpitaux tirent la sonnette d’alarme, estimant être déjà obligés de "trier" des patients.

Le gouvernement avait pourtant averti que le tri était "une ligne rouge" à ne pas dépasser.

"C’est déjà le cas", a estimé sur France Inter le Pr Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à Paris.

"Le patient qui devait se trouver en réanimation se trouve en unité de soins intensif […] et ceux qui devraient être en unité de soins intensifs se retrouvent dans une autre salle armée spécialement pour", a-t-il développé.

"La question est : devrons-nous aller encore plus loin dans la sélection", a tweeté le néphrologue Gilbert Deray.

Quelles mesures ?

Déjà en janvier, les experts avaient demandé des mesures strictes, afin de contenir l’épidémie, aggravée par le variant anglais, plus contagieux. Mais par deux fois, alors que les Français s’attendaient à un reconfinement, le gouvernement (et non le président Emmanuel Macron) avait annoncé des mesures plus ciblées.


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Cette couche s’ajoutait à la fermeture des restaurants, bars, salles de sport et lieux culturels (théâtres, musées, cinémas), qui n’ont jamais rouvert depuis octobre 2020, et à un couvre-feu, désormais à 19h00, en place sur tout le territoire depuis la mi-janvier.

Les écoles sont restées ouvertes. Mais depuis ce lundi, un seul cas confirmé dans une classe suffit à la faire fermer. C'est sans doute la raison pour laquelle les autorités françaises ont décidé de fermer tous les établissement scolaires pour une durée de trois semaines, pour, d'une certaine façon, stopper l'hemorragie.

Emmanuel Macron sous pression…

Depuis plusieurs semaines, via les conférences de presse hebdomadaire du Premier ministre, Jean Castex, les mesures étaient renforcées de manière locales. Mais elles n’ont visiblement pas suffi à ralentir l’avancée de l’épidémie, même si les mesures du 18 mars n’ont pas encore pu montrer tout leur effet… Et les pays frontaliers de la France durcissent leurs mesures, comme l’Italie ou la Belgique. Et imposent désormais un test ou une quarantaine aux Français qui voudraient rentrer sur leur territoire. Dernier en date à l’avoir fait : l’Espagne.


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Les pressions se multipliaient donc sur Emmanuel Macron, alors que, comme partout, la crise qui dure pèse durement sur le moral des Français et pousse à un moindre respect des mesures en vigueur.

Selon des données de Google, compilées par Reuters, le temps passé à domicile à Paris a augmenté de 16% dans les derniers jours par rapport à une situation d’avant-crise, contre 35% lors du premier confinement, ou encore 20% lors du deuxième confinement de l’automne 2020.

Ce n’est pas vraiment étonnant vu que sortir de chez soi n’est pas interdit, mais alors que les quais de Senne et parcs parisiens étaient bondés ce week-end, les syndicats policiers rappelaient qu’avec la liberté de circulation maintenue, il est très difficile de contrôler le respect des mesures.

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Dans le Jardin du Luxembourg, à Paris, ce week-end © AFP or licensors

… et critiqué

Le président est accusé de décider seul, s’affranchissant de l’avis des experts. Emmanuel Macron "pense qu’il est le champion de l’épidémiologie mondiale", mais "il n’est pas scientifique, il n’a pas écouté les recommandations du Conseil scientifique", a taclé le patron des sénateurs socialistes Patrick Kanner, en s’interrogeant : "Notre sort collectif peut-il dépendre d’un seul homme ?".

L’équipe entourant Emmanuel Macron met d’ailleurs en avant un président ayant développé une expertise scientifique du coronavirus, comme l’analyse Le Monde, au point de ne plus devoir écouter les experts.

 

Faut-il fermer les écoles ?

Emmanuel Macron va-t-il céder aux pressions ? En point de mire, comme en Belgique il y a quelques jours : les écoles.

La maire de Paris Anne Hidalgo a demandé mercredi matin la fermeture des écoles dans la capitale, au vu de la situation sanitaire "très grave" et de la "désorganisation très grande" dans les établissements.

Elle a indiqué sur BFMTV et RMC qu'"environ 20.000 élèves" n’étaient aujourd’hui "pas en classe soit parce qu’ils sont malades, soit parce que les classes sont fermées". Le taux d’incidence du Covid-19 chez les 15-19 ans est de 850 pour 100.000 à Paris, a-t-elle asséné (le taux de 200 pour 100.000 habitants étant considéré comme un seuil où l’épidémie n’est plus contrôlée).

Médecins, professeurs et parents multiplient les appels à fermer, tandis que d’autres rappellent le risque de violences intrafamiliales, d’augmenter la détresse psychologique et les inégalités sociales.

De quel côté penchera le président français ? Réponse ce soir à 20 heures.

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