Ebola en ville, en RDC: inquiétant mais pas comparable à la dernière épidémie

Une équipe soignante s'asperge de produit désinfectant après son passage dans une unité d'isolement pour patients atteints d'Ebola, à Bikoro, l'épicentre de cette épidémie en RDC.
Une équipe soignante s'asperge de produit désinfectant après son passage dans une unité d'isolement pour patients atteints d'Ebola, à Bikoro, l'épicentre de cette épidémie en RDC. - © MARK NAFTALIN - AFP

En République Démocratique du Congo, un cas d'Ebola a été confirmé en ville et selon les sources (le gouvernement ou la province), un ou deux autres cas suspects ont été relevés  à Mbandaka, ville d'un million deux cent mille habitants de la province de l'Equateur. Une ville à 100 km de l'épicentre de l'épidémie.

Jusqu'ici, les 44 personnes touchées par la fièvre hémorragiques de ces dernières semaines en RDC (dont 23 décès) avaient été diagnostiquées à Bikoro, en zone rurale. Limiter la propagation d'un virus aussi contagieux sera bien plus complexe en ville.

Un virus très mortel et très contagieux

Ebola tue, en moyenne, un malade sur deux, en une semaine ou deux. Et le virus est particulièrement contagieux, il se transmet par tous les fluides corporels des personnes malades ou des morts. Un cadavre est une véritable bombe virale.
La confirmation de la présence d'une personne atteinte du virus en ville suscite un vent de panique et l'inquiétude des équipes sur place et le l'OMS.

D'autant que Mbandaka est un port sur le fleuve Congo: un lieu de passage. Il y a un risque que le virus voyage plus loin encore. Médecin Sans Frontières, notamment, y  intensifie le travail.

"Nous devons tout de suite essayer de mettre les patients dans un endroit où ils sont traités et les isoler de la population... Et identifier assez rapidement tous les contacts qu'ils ont eus et suivre ces contacts" explique Axelle Ronsse, coordinatrice d'Urgence chez MSF, responsable de l'intervention Ebola.

Contacts directs ou indirects 

Transports publics, salles d'attente... Tous les lieux que le malade a fréquentés depuis les premiers symptômes sont parcourus et les personnes qui ont été en contact avec eux recherchées. A Mbandaka, plus de 300 personnes auraient eu des contacts directs ou indirects avec les des malades d'Ebola, affirme l'AFP, de source médicale.

Une campagne de sensibilisation pour les habitants est lancée.

"Il faut que les gens, une fois malades, viennent se faire soigner là où on peut les soigner et pas ailleurs. Et il faut répondre à toutes les alertes. Dès qu'on entend parler d'un malade suspect ou d'un décès suspect, aller voir si c'est lié à la maladie ou pas..."

Des moyens à disposition

Des moyens ont été débloqués assez vite cette fois. L'Organisation Mondiale de la Santé a annoncé un million de dollars pour contrer ce retour de la maladie. Médecins Sans Frontières a envoyé des équipes et du matériel ce jeudi encore pour prêter main forte aux professionnels sur place. Et de premiers vaccins sont en cours d'élaboration.

Mais au-delà des soins, il faut une conscience des risques et une collaboration de la part des habitants de la ville pour limiter la propagation. 

Y a-t-il un nouveau risque d'épidémie massive?

La grande épidémie de 2013 à 2016 en Afrique de l'Ouest est restée dans les mémoires, au Libéria, en Guinée et en Sierra Leone.

Selon Axelle Ronsse, de MSF, malgré l'extension de la maladie, la situation n'est pas comparable notamment parce qu'en RDC, Ebola est un vieil ennemi.  

"En Afrique de l'Ouest, c'était une maladie qui n'était pas connue des autorités et qui s'est tout de suite développée dans les capitales. Ici, en RDC, c'est la neuvième fois qu'on rencontre cette maladie donc les autorités sont déjà plus habituées et il y a des personnes compétentes pour y répondre."

En Afrique de l'Ouest, le virus était apparu non pas dans la campagne mais dans une zone frontalière densément peuplée, lieu de mobilité. Et les rites funéraires, des moments de proximité avec le défunt, y favorisaient la contagion.

Le résultat avait été catastrophique: 3 ans pour en venir à bout et 29.000 malades, dont 11.300 décès. Une secousse psychologique, sociale, économique aussi pour toute la région. 

Selon MSF, en RDC, il y lieu d'être très vigilant, mais pas d'envisager un tel scénario catastrophe. 

Retour d'Ebola au Congo au JT du 12/05

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