Du Parc Maximilien au Royaume-Uni: quelle chance d'obtenir le statut de réfugié?

Du Parc Maximilien au Royaume-Uni: quelle chance d'obtenir le statut de réfugié?
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Du Parc Maximilien au Royaume-Uni: quelle chance d'obtenir le statut de réfugié? - © Tous droits réservés

Pour la plupart, les migrants passés par le Parc Maximilien à Bruxelles et qui ont réussi la traversée vers le Royaume-Uni sont aujourd'hui en attente d'une décision du Home Office, les services d'immigration britanniques. Après plusieurs années d'exil, ils se posent et attendent. Mais pour combien de temps? Et pour quel résultat? Quelles chances ont ces demandeurs d'asile passés par le Parc Maximilien de Bruxelles d'obtenir un jour un statut de réfugié? 

Laura Smith est avocate et sa matière de prédilection est le droit des étrangers. Elle travaille pour l’un des plus grands bureaux d’avocats du pays, Ducan and Lewis. Elle nous reçoit dans un tout petit local, où généralement elle mène des entretiens avec ses clients.

"Les bons avocats sont devenus de plus en plus rares "

A la question de savoir s'ils ont une chance d'obtenir le statut de réfugiés, la réponse est : "Oui, ils ont une chance d’avoir ce statut et je pense que cette chance est sans doute plus grande ici que dans d’autres pays d’Europe. Mais ça ne veut pas dire que le système britannique ne souffre pas de problèmes sévères. Et le principal serait sans doute un manque criant d’aide juridique. C’est très difficile de gagner une affaire sans un bon avocat et malheureusement, ils sont devenus de plus en plus rares".

Cela dépendra aussi du pays d'origine des demandeurs d'asile et de leur âge. Mais pour Laura Smith: "La demande d’asile est acceptée si elle est considérée comme crédible par le Home Office ou les tribunaux. Il y a souvent assez peu de demandes d’asile acceptées au Home Office mais je dis souvent à mes clients que leur principale chance de réussite, c'est quand ils introduisent un appel au tribunal".

En 2017, sur les 33.500 demandes d'asile, le taux de protection était autour de 30 % en première instance. Mais le nombre de dossiers traités en appel et acceptés sont là plus nombreux que la moyenne européenne. 

L'âge et l'origine, facteurs déterminants 

Quand on est issu de certains pays, les chances d'obtenir un statut de réfugié sont plus solides. La Syrie par exemple. Laura Smith explique: " Si vous pouvez prouver votre nationalité, ce sera sans doute assez pour que la demande d'asile soit acceptée". Cela dit, même si vous dites que vous êtes Syrien, l’affaire n’est pas pliée. Parce que ce qu’il arrive très souvent, c’est que l’on va vous dire : oui mais vous parlez arabe avec un dialecte égyptien et donc la bataille se joue sur un autre terrain : est-ce que vous êtes vraiment Syrien ?"

Même situation pour les Érythréens. De nombreux Éthiopiens par exemple tentent de "tricher" sur le pays d'origine. Le taux d'acceptation est de 88 % pour les Érythréens, bien plus bas pour les Éthiopiens. (Et pour l'Irak:15 % seulement en 2017). 

Le règlement de Dublin applicable mais peu utilisé 

Contrairement à ce que pense de nombreux demandeurs d’asile, le Royaume-Uni applique lui aussi le règlement de Dublin. Le pays peut donc les renvoyer vers le premier pays d’arrivée dans l’Union européenne. Cela dit, si l’on regarde les chiffres de plus près, ceux de 2017 en tous cas, sur plus de 5700 requêtes, seules 314 personnes ont été transférées. Une cinquantaine vers l’Italie. Par contre le nombre de retours forcés vers le pays d’origine et les retours volontaires sont eux très importants, autour de 10.000 chacun.

Nous avons contacté à plusieurs reprises le Home Office pour en comprendre les raisons. Mais pour seule réponse, nous avons reçu un courriel très laconique avec un lien vers son site.

Des décisions très arbitraires

Pour Laura Smith: "C’est vraiment arbitraire. Et imprédictible. Ce qui donne ce genre de conversations très difficiles avec vos clients qui pourraient être renvoyés vers un autre pays. Si on regarde les décisions de principe, on devrait dire à quelqu’un je suis désolée, mais je ne suis pas sûre que ça vaut la peine de se battre. Mais en pratique, on répond : écoutez, ça semble difficile légalement, mais en réalité, je pense que l’on peut passer outre. Mais souvent, on ignore quand cela va se débloquer et les raisons pour lesquelles ils vont changer de décision. C’est pour cela que ce qui va réellement faire la différence, c’est la qualité de celui qui vous représente". 

La durée de la procédure peut aussi être très variable, d'un dossier à l'autre: "C’est un autre point qui est vraiment arbitraire. Certains de mes clients sont au Royaume Uni depuis plus de 20 ans et ils ont une demande d’asile qui tient la route. Mais pour une raison ou une autre, l’affaire est toujours en cours. Mais d’autre part, si vous demandez au Home Office combien de temps une demande d’asile prend, il vous répondra que la plupart se règle en 6 mois. Et probablement que c'est le cas pour une partie raisonnable d’affaires". 

Durée de détention illimitée 

Le système britannique, comme le belge, prévoit aussi d'envoyer en centre fermé les personnes déboutées du droit d'asile ou celles qui pourraient être renvoyées dans le cadre du règlement européen de Dublin. Ces centres sont gérés pour la plupart par des sociétés privées. La durée de détention n'est pas limitée dans le temps. Le Royaume-Uni est le seul pays européen à déroger à la directive européenne qui la fixe à 6 mois, extensible à 18 mois dans certains pays. 

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