DSK est libre : les poursuites pénales sont abandonnées

Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn
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Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn - © Spencer Platt (AFP)

Le juge du tribunal de Manhattan Michael Obus a décidé mardi d’abandonner les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn pour crime sexuel, suivant ainsi la demande du procureur. L’affaire est donc classée au pénal: c'est un non-lieu. Et l’ancien patron du FMI est libre.

Dominique Strauss-Kahn, accompagné de son épouse Anne Sinclair et de ses avocats, s’est rendu ce mardi au tribunal de Manhattan. Il portait un costume bleu, elle une robe sombre. L'air sérieux, il n’a fait aucune déclaration en passant devant une demi-douzaine de féministes qui manifestaient en brandissent des pancartes réclamant "justice pour les femmes de New York".

Le juge chargé de l'affaire a refusé la nomination d'un procureur spécial, demandée par l'avocat de la femme de chambre qui accuse Dominique Strauss-Kahn de crimes sexuels. Me Kenneth Thompson réclamait le remplacement du procureur Cyrus Vance, qui a demandé lundi à la justice d'abandonner les poursuites contre DSK.

"Je ne vois aucune raison de refuser

Au cours de l’audience, les procureurs ont expliqué au juge Michael Obus pourquoi ils demandaient l’abandon des poursuites, reprenant l’argumentaire de 25 pages qu’ils lui ont envoyé la veille. Ils ont précisé qu’ils ne pouvaient pas "donner crédit au delà du doute raisonnable", à ce que leur avait dit Nafissatou Diallo car elle a menti à de trop nombreuses reprises. Et qu’ils n’avaient pu établir que la relation sexuelle était forcée. Ils "n'ont pas pris la décision à la légère", a indiqué Joan Illuzzi-Orbon, l'une des procureurs présentes.

"Je ne vois aucune raison de refuser" la demande de non-lieu, a déclaré le juge lors d'une audience d'une quinzaine de minutes au tribunal pénal de Manhattan.

Trois mois de saga rocambolesque

La décision du juge met fin à trois mois d'une rocambolesque saga judiciaire qui a coûté à "DSK" son poste de directeur général du Fonds monétaire international et gravement entamé ses chances de briguer la présidence française.

Le procureur Cyrus Vance, qui avait obtenu l'incarcération de Dominique Strauss-Kahn en mai, a annoncé lundi avoir demandé au juge l'abandon des poursuites. S'il est établi que l'ancien patron du FMI a bien eu une relation sexuelle avec son accusatrice, rien ne permet de prouver avec certitude que cette relation était forcée, a expliqué Cyrus Vance.

L'ancien ministre français était poursuivi pour sept chefs d'accusation, dont tentative de viol, agression sexuelle et séquestration.

La justice américaine refuse l'appel de Nafissatou Diallo

La justice américaine a rejeté mardi la demande d'appel des avocats de Nafissatou Diallo après l'abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn, qui devrait désormais pouvoir quitter librement les Etats-Unis.
Les avocats de la femme de chambre du Sofitel de Manhattan souhaitaient faire appel de la décision du juge Michael Obus qui a refusé de nommer un procureur spécial pour suivre l'affaire. Mais cette demande a été rejetée, selon un document officiel de la cour d'appel de New York.

Un "cauchemar"

Dominique Strauss-Kahn a dit mardi avoir "hâte" de rentrer en France après l'épreuve "terrible" et "injuste" qu'il dit avoir subie avec les poursuites pénales aux Etats-Unis pour crimes sexuels.

"J'ai hâte de rentrer dans mon pays mais j'ai encore quelques petites choses à faire avant de pouvoir partir et je m'exprimerai plus longuement quand je serai de retour en France", a déclaré à la presse l'ancien patron du Fonds monétaire international en regagnant son domicile du sud de Manhattan quelques minutes après avoir bénéficié d'un non-lieu.

"C'est la fin d'une épreuve terrible et injuste. Je suis soulagé pour ma femme, mes enfants, mes amis, tous ceux qui m'ont soutenu pendant cette période en m'envoyant aussi des lettres et des emails. Il faut qu'ils sachent que leur soutien a été très important", a déclaré Dominique Strauss-Kahn.

"Ces derniers mois ont été un cauchemar pour ma famille et moi. Je remercie tous les amis en France et aux Etats-Unis qui ont cru en mon innocence, et les milliers de personnes qui nous ont apporté leur soutien, personnellement ou par écrit. Je suis particulièrement reconnaissant envers ma femme et ma famille qui ont traversé cette épreuve à mes côtés".

"Nous souhaitons également exprimer notre reconnaissance au juge Obus et à son équipe, et plus particulièrement à toutes les personnes travaillant dans ce tribunal qui ont fait tant d'efforts pour nous protéger ma femme et moi à chaque fois que nous sommes venus ici".

L'avocat de DSK évoque un éventuel "comportement déplacé"

L'avocat de Dominique Strauss-Kahn, Benjamin Brafman, a déclaré à l'issue de l'audience : "Ce n'était pas une relation forcée. On peut peut-être avoir un comportement déplacé mais c'est différent d'un crime et cette affaire a été traitée comme s'il s'agissait d'un crime".

Soulagement au PS, l'avenir politique de DSK reste flou

L'abandon des poursuites pénales contre Dominique Strauss-Kahn mardi à New York a été accueilli avec un grand soulagement par les socialistes français, réunis au même moment à Paris en Bureau national consacré à la crise de la dette.

"Je suis très heureuse pour Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair", son épouse, a déclaré mardi Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste pour désigner le candidat du Parti socialiste à la présidentielle de 2012, qui a fait part de son "immense soulagement".

Autre candidate, Ségolène Royal, a estimé qu'une "page importante se tourne" pour DSK, qu'il fallait "le laisser respirer, le laisser tranquille" et que "les socialistes continuent d'être au travail".

L'ex-directeur général du FMI, âgé de 62 ans, qui était en passe de devenir le principal challenger à gauche de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle française de 2012 au moment de son arrestation le 14 mai à New York, peut-il rebondir sur la scène politique française?

"Lui seul a la réponse! En tant qu'ami, je n'ai qu'une chose à lui dire: l'heure est à l'introspection, à la reconstruction", a affirmé le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis, un proche de DSK, tandis que le député PS Pierre Moscovici a appelé à "laisser en paix" son ancien mentor.

Pour Manuel Valls, lui aussi candidat à la primaire du PS, heureux "qu'un ami retrouve sa liberté et son innocence", "l'analyse et l'expertise de Dominique Strauss-Kahn seront nécessaires, utiles et bienvenues pour la gauche et la France".

"La voie tracée par DSK a été plébiscitée par les Français", a ajouté M. Valls, citant "le sérieux dans la gestion des comptes publics et le soutien à la compétitivité de l'économie et de l'industrie".

Pour le politologue Gérard Grunberg, DSK "ne pourra plus prétendre à un rôle de premier plan dans la politique française". Pour lui, "son image dans l'opinion est très détériorée".

"Le procureur a abandonné une femme innocente"

L'avocat de Nafissatou Diallo a estimé que le procureur chargé de l'affaire, Cyrus Vance, "a abandonné une femme innocente" en demandant au juge de mettre fin aux poursuites à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn.

"Le procureur Vance a abandonné une femme innocente et a refusé le droit à la justice dans une affaire de viol", a déclaré Kenneth Thompson à la suite de l'audience au tribunal pénal de Manhattan.

"Nous sommes déçus que le procureur n'accorde pas le même crédit à tous les justiciables. Nous allons maintenant porter ce combat sur le terrain civil", a-t-il poursuivi. 

La femme de chambre, Nafissatou Diallo, a porté plainte au civil le 8 août, dans une procédure parallèle et indépendante.

Des pressions de proches de DSK ?

Pendant ce temps, à Paris, deux avocats américain et français de Nafissatou Diallo ont assuré que de nombreux témoignages de femmes ayant subi des tentatives d'agression de la part de DSK ont été recueillis, évoquant aussi des pressions de proches de l'ancien patron du FMI pour les empêcher de témoigner.

"Nous avons été contactés par de nombreuses femmes qui ont témoigné dans le monde entier" contre DSK, a déclaré l'avocat new-yorkais Douglas Wigdor, lors d'une conférence de presse quelques heures avant l'audience new yorkaise.

A.L.

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