Double explosion à Beyrouth : "La rage de la population montre bien que les élites politiques au Liban doivent changer"

Hassane Diab, le Premier ministre libanais, responsable également du drame selon Jihane Sfeir.
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Hassane Diab, le Premier ministre libanais, responsable également du drame selon Jihane Sfeir. - © AFP

Jihane Sfeir est historienne du monde arabe et enseigne à l’ULB. Elle est Franco-Libanaise et son analyse du drame que traverse actuelle le Liban est sans appel. La double explosion qui a soufflé mardi la capitale Beyrouth est "la métaphore de la faillite de l’état", confie-t-elle à la RTBF. Entreposer du nitrate d'ammonium à côté d’un dépôt de feux d’artifice, c’est, pour elle, "un acte complètement irresponsable et qui devrait être traduit en justice".

Il y a les conséquences directes de ce drame d’un point de vue humanitaire et économique. Mais il y a, estime Jihane Sfeir, un problème politique majeur dans le pays du Cèdre.

"Tout le monde espère que la dette du Liban serait non pas effacée mais renégociée, que la crise économique sera amoindrie grâce aux aides internationales", développe Jihane Sfeir. "Mais c’est beaucoup plus structurel que ça. La rage de la population, le dégoût de cette classe politique, montre bien que le gouvernement, le président, les élites politiques qui sont les anciens seigneurs de la guerre qui sont toujours là, la corruption de ces élites politiques qui règnent à la tête de cet état, doivent changer."

Un système confessionnel, clientéliste et cleptocrate

L’aide internationale ponctuelle "ne suffit pas". Il faut, ajoute Jihane Sfeir, "véritablement profiter de ce moment pour changer la classe politique libanaise régnante". Il faut, "dire aux partis politiques toute tendance confondue qu’ils arrêtent de mobiliser, avec leur idéologie haineuse, les Libanais les uns contre les autres. Qu’on réfléchisse à un projet politique qui nous sorte d’un système confessionnel, clientéliste et cleptocrate."

Aujourd’hui, l’heure est d’abord au soulagement des souffrances et aux responsabilités. "La direction des douanes et la direction du port se renvoient la balle pour s’accuser mutuellement de ce défaut. Mais au-delà de ces deux institutions défaillantes, il y a également le ministère des Travaux, le gouvernement et l’Etat libanais."

Le Premier ministre Hassane Diab "accuse l’ancien gouvernement puisque ces produits hautement toxiques et inflammables ont été déposés en 2014 suite à la faillite d’un bateau moldave qui était en partance pour le Mozambique. Mais du fait qu’il soit au courant du dépôt de cette matière toxique, il (le Premier ministre) est également responsable à 100% de cette explosion".

La double explosion a fait, à ce stade, 113 morts, des dizaines de disparus et près de 4000 blessés. Mais aussi 300.000 sans-abri.

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