Données des passagers aériens: le PNR européen verra le jour avant la fin de l'année

Trois lettres sont sur les lèvres de tous les dirigeants européens depuis les attentats de Paris : PNR. Le Passenger Name Record est un outil présenté comme indispensable pour lutter contre le terrorisme mais il a bien du mal à voir le jour.

Le PNR est censé ficher tous les voyageurs qui prennent l'avion. Il s'agit en fait d'une gigantesque base de données dans laquelle serait stockées les informations communiquées aux compagnies aériennes par un voyageur lors de la réservation d'un billet. Cela comprend bien sûr le nom, l'adresse, la destination et la date du voyage mais aussi le numéro de carte de crédit ou encore les préférences alimentaires.

Le PNR proposé dès 2007

Le cas échéant, ces données pourraient ensuite être transmises aux autorités judiciaires et être exploitées par les services de renseignement dans le contexte d'une enquête terroriste. L'idée vient d'ailleurs des Etats Unis qui ont mis en place un tel système au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Comme cela concerne les vols internationaux, l'Europe a dû signer à l'époque des accords pour permettre aux compagnies aériennes européennes de transférer leurs données vers les Etats Unis. L'Europe a ensuite aussi souhaité avoir son propre PNR. La Commission européenne l'a proposé dès 2007, sans succès. Certains Etats membres l'ont mis en place chez eux mais sans partager les données recueillies avec leurs homologues européens.

La Commission européenne est revenue à la charge en 2011 mais sans rencontrer plus de succès : la proposition est jugée liberticide par les députés européens et passe à la trappe. En tout cas, jusqu'aux attentats de Paris en janvier dernier. La France demande à l'époque que le Parlement européen remette le PNR sur la table. Les attentats du 13 novembre dernier ont encore bien sûr rajouté une couche en faveur de ce PNR européen. Sous la pression du ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, les réticences des eurodéputés sont en train de tomber.

Un PNR européen d'ici fin 2015

Le PNR européen sera plus que probablement adopté d'ici la fin de l'année, et sans doute dans une version plus musclée. En effet, lors de leur réunion extraordinaire la semaine dernière, les ministres européens de l'Intérieur et de la Justice ont demandé que le futur PNR concerne aussi les vols à l'intérieur de l'Union européenne. Parce qu'aujourd'hui, on sait qu'une personne qui cherche à rejoindre la Syrie fractionne son voyage pour éviter de se faire repérer. Les ministres européens ont aussi insisté pour que ces données restent exploitables pendant un an au lieu d'un mois dans la proposition initialement prévue. Ces nouveaux éléments font désormais partie des négociations entre le Parlement européen, la Commission et les Etats membres qui devraient aboutir d'ici la fin de l'année.

Mais au final, rien ne garantit que la collecte des données des passagers pourra empêcher d'éventuels prochains attentats. Il n'y a pas de solution miracle. D'abord, le PNR n'empêchera pas forcément ceux qui le veulent de rejoindre la Syrie via la Turquie mais permettra au moins de garder une trace de ceux qui sont partis. Ensuite, tous les terroristes passés à l'acte ces dernières années ne sont pas forcément partis en Syrie ou ailleurs avant de commettre un attentant. Pour ceux là, le PNR n'aurait donc été d'aucune utilité. Et puis, les terroristes aussi s'adaptent à ces nouveaux outils. Ceux qui reviennent en Europe pour commettre des attentats le font aujourd'hui avec de vrais passeports appartenant à d'autres personnes non fichées. Ils s'efforcent simplement de ressembler aux photos présentes sur ces passeports.

Rappelons encore qu'aujourd'hui, la principale faille dans la lutte contre les terroristes ce n'est pas le manque d'information mais plutôt l'absence du partage de ces informations.

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