Donetsk: enfants traumatisés et abandonnés par le gouvernement ukrainien

Pour Elena, promener son enfant à Donetsk, c'est un risque quotidien. Ce mercredi 11 février 2015, elle passe à côté d’une nouvelle scène de bombardement: un obus est tombé sur une station de bus en plein centre-ville, six personnes sont décédées. C’est malheureusement un drame habituel dans cette ville. Cela fait des mois que la famille subit les bombardements et endure les chocs: " Quand est-ce que tout cela va finir pour que nos enfants ne voient plus tout cela? Ma fille, elle est encore trop petite pour comprendre ce qui se passe. Mais j'ai d'autres enfants qui sont plus grands, ils voient tout, ils entendent tout, c'est un cauchemar." Un obus est tombé juste à côté de leur maison. Ils ne vivent plus chez eux, comme de nombreuses familles.

Faire parler les enfants de leurs peurs

Les enfants sont fragilisés et traumatisés. La petite Irina a six ans. Avec sa famille, elle a fui sa maison et les bombardements. Elle vit désormais dans un bâtiment du centre de Donetsk avec d'autres personnes déplacées. Sa maman constate des changements inquiétants dans son comportement: " Elle marche la nuit, elle pleure, elle crie, elle fait des cauchemars. S'il y a une bombe, elle se réveille. Elle a peur qu'un obus arrive dans sa chambre "

Aujourd'hui, Irina et d'autres enfants ont une séance avec une équipe de Médecins Sans Frontières. L'objectif des animatrices, c'est de faire parler les enfants de leurs peurs à travers des animaux en pâte à modeler. Vlada, psychologue pour MSF à Donetsk, tente un dialogue avec Irina :

- "Ton petit chat, il a peur de quelque chose?"

- "Oui, il a peur des éléphants".

- "Et qu'est-ce que l'éléphant pourrait faire à ton chat?"

- " Il pourrait l'avaler… "

- "Je comprends. Et comment le petit chat peut faire pour ne pas être avalé par l'éléphant?"

- "Il peut appeler des amis pour l'aider".

Malheureusement, très peu d'enfants bénéficient de ce type d'encadrement psychologique. De plus, le gouvernement ukrainien a stoppé toutes les aides financières aux familles dans la zone contrôlée par les prorusses.

Les prorusses ont pris le relais

Dans un autre centre de Donetsk, on accueille les orphelins. Ici non plus, on ne reçoit plus d'aide des autorités ukrainiennes. Mais le centre continue à fonctionner grâce à des dons et grâce aux prorusses qui contrôlent la région ; c'est la République Populaire de Donetsk qui paie le personnel. Tous les jours, des enfants arrivent ici. Dasha est en état de choc, elle est bloquée et elle n'arrive plus à parler, comme l’explique une psychologue du centre: "Dasha, fait moi un sourire! Elle est arrivée hier, elle ne dit plus rien. Elle est devenue incontinente, on doit lui mettre des couches. Après tout ce qu'elle a vécu, elle a peur. Pour le moment elle n'arrive pas à se rétablir, elle est complètement prostrée."

Un peu plus tard, la psychologue tente de la faire parler par l'intermédiaire d'une autre enfant, Ola :

- "Tu t'appelles comment? Elle s'appelle comment? Ola, dis Ola...non?"

- "Ola : elle est timide!"

- "Oui elle est timide…"

À ce moment, Dasha articule quelques mots peu compréhensibles. Mais elle dit déjà quelque chose, et la psychologue s’en réjouit : " Vous voyez elle a dit quelque chose, dis Dasha! " Il lui faudra encore du temps pour se rétablir, mais Dasha est bien encadrée par des professionnels.

L’aide privée

La petite Veronika fête ses 11 mois aujourd'hui. Le seul soutien que ses parents reçoivent, c'est une petite aide matérielle privée, fournie par le propriétaire du stade de football de Donetsk. La mère de Veronika, Marina, ne cache pas sa colère : " L’état ukrainien ne nous donne rien, il a tout coupé, il nous étouffe. Ici, la fondation Rinat Akhmetov nous donne un peu de nourriture et du matériel pour le bébé, c'est déjà bien, c'est au moins quelque chose. "

L'aide est payée par le milliardaire Rinat Akhmetov, l'un des hommes d'affaire les plus puissants d'Ukraine. Les parents reçoivent des kits pour bébés. Les mères qui vont accoucher ont des kits qui leur permettent d’arriver à l’hôpital avec le matériel nécessaire. En effet, les hôpitaux n’ont pas toujours assez de matériel dans les maternités.

Mais c'est une aide bien maigre au regard des nombreux besoins, et les enfants ne peuvent pas trouver de soutien dans les écoles non plus. En effet, les écoles sont toutes fermées depuis la mi-janvier, certaines même depuis le mois de novembre. Dans le meilleur des cas, les enfants ont des devoirs à faire à distance, mais beaucoup ne sont plus du tout scolarisés. Les enfants seront marqués à jamais par cette guerre.

Aurélie Didier et Garry Wantiez

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