Donetsk: combats entre soldats ukrainiens et séparatistes, 7 morts

Le président russe Vladimir Poutine a estimé vendredi que l'Ukraine était en proie à une "véritable guerre civile", à 48 heures de la présidentielle dans cette ex-république soviétique où s'affrontent forces régulières et insurgés prorusses dans l'Est.

La crise en Ukraine "est née parce que (le président ukrainien Viktor) Ianoukovitch a repoussé l'accord d'association avec l'Union européenne. Un coup d'État a suivi, soutenu par nos amis américains, et au final, c'est le chaos et une véritable guerre civile", a déclaré M. Poutine lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie).

Le président russe a également déclaré que le "modèle d'un monde unipolaire" avait "échoué", visant sans les nommer les Occidentaux après l'effondrement de l'URSS et la fin de la Guerre froide.

"Le modèle d'un monde unipolaire a échoué. Chacun le voit bien aujourd'hui, même ceux qui tentent d'agir à la manière habituelle, de garder le monopole, de dicter leurs règles du jeu en politique, dans le commerce, les finances, d'imposer des normes culturelles et comportementales", a-t-il indiqué.

Poutine respectera le choix des Ukrainiens

A Saint-Pétersbourg, le maître du Kremlin a soigneusement choisi ses mots pour signifier qu'il respecterait le "choix" dans les urnes du peuple ukrainien, sans pour autant dire qu'il reconnaîtrait le président ou que le cinquième président serait légitime.

"En principe, en vertu de la Constitution, il ne peut y avoir d'élection car le président (Viktor) Ianoukovitch (...) est le président en exercice", a déclaré M. Poutine au cours du Forum économique organisé dans l'ancienne cité impériale sur les bords de la Baltique.

Mais "nous voulons nous aussi qu'en fin de compte le calme revienne (en Ukraine), nous allons respecter le choix du peuple ukrainien", a-t-il ajouté, assurant que Moscou "travaillerait avec les nouvelles autorités".

Sept insurgés tués, après 18 militaires la veille

Les affrontements qui ont fait sept morts vendredi sont intervenus au lendemain d'une journée noire pour l'armée ukrainienne qui a essuyé ses pires pertes depuis le début le 13 avril de l'opération militaire destinée à reprendre le contrôle des régions de Donetsk et de Lougansk avec la mort de 18 soldats.

Vendredi matin, sept combattants, a priori quatre insurgés prorusses et trois volontaires d'un de ces "bataillons" d'appui à l'armée ukrainienne, ont péri dans des affrontements près du village de Karlivka, sur la route permettant l'accès au nord-ouest de Donetsk, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Les violences dans cette région ne connaissent pas d'accalmie à 48 heures d'un scrutin crucial pour l'avenir de l'Ukraine, après six mois d'une crise politique qui a plongé le pays au bord de la guerre civile et de la partition et a déclenché la pire crise diplomatique entre Russes et Occidentaux depuis la fin de la Guerre froide.

Ne pas devenir un 'morceau de l'empire post-soviétique'

Dans une courte allocution télévisée, le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, a appelé "chacun" des Ukrainiens à se rendre aux urnes dimanche pour donner "un pouvoir légitime" au pays. "Nous ne nous laisserons pas être privés de notre liberté et de notre indépendance, et nous ne laisserons pas l'Ukraine devenir un morceau de l'empire post-soviétique", a martelé M. Tourtchinov, assurant que les autorités avaient fait "tout leur possible" pour que le scrutin se tienne.

Selon un dernier sondage, le milliardaire pro-occidental et grand favori, Petro Porochenko, conforte son avance avec plus de 44% d'intentions de vote devant l'ancienne Premier ministre et icône de la révolution de 2004, Ioulia Timochenko (8%). L'homme d'affaires, qui promet de gérer l'Ukraine comme il gère sa très prospère entreprise de chocolats Roshen, n'est pas assuré d'être élu au premier tour et devra peut-être patienter jusqu'à un hypothétique second tour le 15 juin pour devenir le 5e président de l'Ukraine indépendante. Il termine sa campagne avec un meeting dans la soirée à Kiev.

La campagne électorale n'a pas déchaîné les passions et a été monopolisée par la peur d'une invasion de l'Ukraine par les troupes russes - 40.000 selon l'Otan - massés le long de la frontière.

L'Alliance atlantique a annoncé observer des mouvements qui "pourraient suggérer" un retrait partiel des troupes. Moscou affirme pour sa part avoir expédié vers leurs lieux de garnison quatre convois ferroviaires de blindés et d'armements, et 15 avions transportant des soldats, dans le cadre de son retrait.

Moscou, accusé par Kiev de soutenir militairement les insurgés, maintient ses doutes sur la légitimité du scrutin où 36 millions d'électeurs sont appelés à voter estimant que le président déchu Viktor Ianoukovitch "n'a pas été démis par les moyens légitimes" prévus par la Constitution. Réfugié en Russie, M. Ianoukovitch avait fui l'Ukraine fin février après la répression sanglante du mouvement de contestation de Maïdan à Kiev où plus de 100 personnes avaient péri.

Des 'problèmes' pour organiser le scrutin

Pour assurer le bon déroulement de la présidentielle, Kiev a déployé 55.000 policiers et 20.000 volontaires. Les séparatistes ont promis pour leur part d'empêcher le déroulement du scrutin dans l'Est, où près de 2 millions d'électeurs pourraient avoir des difficultés à voter.

Selon les derniers données de la Commission électorale, plus de la moitié (18 sur 34) des commissions électorales des régions de Donetsk et de Lougansk ne peuvent pas fonctionner.

Le chef du Conseil de sécurité nationale et de défense, Andriï Paroubiï, a reconnu à l'avance qu'il "y aurait des problèmes" dans l'organisation du scrutin à Donetsk, Lougansk et Slaviansk.

Sur la scène internationale, la chancelière allemande Angela Merkel, qui considère le scrutin comme une étape majeure pour stabiliser le pays, a demandé au président russe Vladimir Poutine de reconnaître l'évaluation de l'OSCE et de son millier d'observateurs internationaux sur l'élection.

"J'attends de la Russie qu'elle respecte l'évaluation sans aucun doute objective de l'OSCE" sur la bonne tenue du scrutin, a-t-elle déclaré au quotidien régional Saarbrücker Zeitung de vendredi. "La Russie appartient elle-même à cette organisation".

Une fois élu, le futur président aura à gérer un pays au bord du gouffre entre incapacité de l'Etat à juguler l'insurrection séparatiste et une situation de quasi-faillite économique.

Belga

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