Donald Trump promet la "VÉRITÉ" sur son nouveau réseau social : l’ancien président part à la reconquête

"TRUTH social". La vérité sociale. Le ton est donné dès l’annonce du nom du réseau que Donald Trump s’apprête à lancer. L’ancien président américain l’avait promis lorsqu’il s’était fait bannir des réseaux traditionnels, et en particulier lorsque son compte Twitter aux 89 millions d’abonnés avait été définitivement fermé dans les derniers jours de son mandat présidentiel, au début de l’année.

Voici donc son bébé, porté par un groupe spécialement créé, TMTG, Trump Media & Technology. Les premiers invités pourront se connecter à une application d’essai à partir du mois de novembre. Mais le grand public n’aura accès à la version complète que l’année prochaine.

Une publication, une vérité

On devrait y retrouver toutes les fonctions classiques d’un réseau social, mais adapté au mode de pensée de l’ancien président, qui avait été suspendu puis exclu des autres réseaux pour diffusions répétées de fausses informations, entre autres sur la pandémie de coronavirus, et sa contestation du résultat de l’élection présidentielle.

Les posts s’appelleront des "Truths", des vérités, que l’on pourra partager ("re-truth"). "Ce nom est saisissant", s’étonne Sandrine Roginsky, professeure de Communication à l’UC Louvain. "Il suppose que la Vérité existerait et que c’est lui qui la détiendrait. Ça induit aussi que ce qui se passe sur les autres réseaux sociaux est de l’ordre du mensonge. C’est une approche dichotomique. Pour faire un espace de débat apaisé, ça commence mal."

Liberté de parole

Truth Social promet une très large liberté de parole, là où les grands réseaux ont dû progressivement renforcer la modération des contenus violents ou racistes, par exemple. "Même si nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous, nous accueillons les opinions variées et nous accueillons le débat", écrit TMTG dans la présentation du réseau.

L'application promet également de maintenir ses abonnés "directement connectés aux gens qui vous influencent". On devine là la possibilité pour Donald Trump de diffuser via son réseau des "breaking news", ses commentaires bien sentis sur l’actualité.

Donald Trump est obsédé par la possibilité de parler directement à ses partisans et potentiels électeurs

"C’était inévitable", juge Jean-Paul Marthoz, journaliste spécialiste des États-Unis. "Donald Trump est obsédé par la possibilité de parler directement à ses partisans et potentiels électeurs." Fâché avec la chaîne de télévision conservatrice Fox News, viré sans ménagement des réseaux sociaux traditionnels, absent sur les grandes télévisions américaines, l’ancien président reste néanmoins omniprésent dans la mediasphère de droite : "C’est une sphère qui se permet de se passer des grands médias traditionnels, avec des chaînes comme Newsmax ou OANN et les réseaux indépendants. On a tendance, nous journalistes, à couvrir les événements institutionnels. Lui est en dehors des institutions, mais il a un pouvoir considérable sur son public", explique Jean-Paul Marthoz.

L’ancien président conserve par ce moyen une énorme présence dans les milieux républicains, note Jean-Paul Marthoz. De nombreux républicains continuent à défendre la thèse de sa "victoire volée" à la présidentielle par Joe Biden.

Une tentative de plus ?

Son nouveau réseau va-t-il réussir là où tant d’autres tentatives se sont cassé les dents ? Depuis que Donald Trump a été déconnecté des réseaux, plusieurs ont tenté de récupérer son audience. Ses partisans ont d’abord massivement migré vers le réseau Parler, salon débridé des tenants de l’extrême-droite américaine. Amazon, qui hébergeait Parler, a préféré débrancher les serveurs et le salon s’est vidé.

Des militants se sont réfugiés sur d’autres plateformes confidentielles, comme Gab, où sur des messageries cryptées, comme Signal ou Telegram.

Contourner les Gafam

Un ancien conseiller de Donald Trump, Jason Miller, a lancé cet été Gettr, avec l’ambition de "contester les monopoles des réseaux sociaux". Les valeurs mises en avant : "combattre la cancel culture, promouvoir le bon sens et défendre la liberté d’expression". Pas de chance: mal protégé, Gettr a été piraté dès ses débuts. La publication de messages racistes pourrait pousser Google et Apple à supprimer l’app de leur boutique.

Pour contourner ce pouvoir qui reste aux mains des Gafam, un jeune millionnaire conservateur, Erik Finnan, commercialise désormais un Freedom Phone. Ce nouveau smartphone permettra à ses utilisateurs d’installer des applis qui n’ont pas été validées par Google ou Apple, au risque d’ouvrir la grande la porte aux hackers.

La présidentielle de 2024 en ligne de mire

Truth Social arrive avec cette particularité, à la fois force et faiblesse: ce sera le réseau de Donald Trump. "Il sait qu’il a la capacité d’atteindre un niveau d’audience qui justifie l’investissement dans son propre réseau", analyse Jean-Paul Marthoz. "Même si nombre de médias alternatifs le relaient déjà, sa volonté est de contrôler directement sa conversation avec son public. Ça peut être une force de frappe importante s’il se représente à la présidentielle de 2024. Il le lance maintenant, parce que l’année prochaine, en novembre, ce sera déjà les législatives de mi-parcours, les mid-terms. Il va chercher à orienter le débat politique et préparer sa ligne pour sa candidature à la présidence. Ça pourrait renforcer considérablement sa présence dans le débat public."

Sandrine Roginsky ne pense pas pour autant que Truth Social pourra réellement faire de l’ombre aux réseaux grand public comme Facebook et Twitter. "Ça me paraît peu probable. Ce sera Donald Trump et son équipe qui fixeront les règles de la discussion. Le jeu est biaisé dès le départ. Ça va servir à galvaniser les militants et à préparer les prochaines élections. Il en a besoin comme outil de campagne. Mais ça ne concurrencera pas des espaces existants comme lieux de discussion."

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