Donald Trump pourrait-il vraiment préparer un coup d’État avant l’investiture le 20 janvier ?

Alors que l’ensemble des résultats de l'élection présidentielle américaine est désormais connu, Donald Trump semble peut-être reconnaître sa défaite. Ce vendredi 13 novembre, les projections de CNN donnaient 306 grands électeurs pour le démocrate Joe Biden et 232 pour le président sortant républicain Donald Trump.

Ce dernier, même après la confirmation du seuil des 270 grands électeurs pour Biden, est resté ancré dans une volonté de victoire en dénonçant "une fraude dans les bulletins de vote". Plusieurs demandes de recomptage des voix ont été introduites en Pennsylvannie et dans le Michigan, par le camp républicain.

Avec l’annonce des deux derniers États non attribués, à savoir la Géorgie (démocrate) et la Caroline du Nord (républicain), le résultat final ne laisse que peu de marge à Donald Trump pour contester les bulletins de votes par correspondance reçue dans les États gagnés par Biden.

"Le temps nous le dira"

Donald s’exprimait vendredi soir dans les jardins de la Maison blanche à propos du covid-19. Cette prise de parole publique était sa première depuis la victoire de Biden par seuil d’éligibilité en termes de grands électeurs. Durant les jours précédents, c’est via de nombreux tweets que le président sortant continuait de clamer sa victoire et de dénoncer le "trucage".

Bien que de nombreux conseillers et fonctionnaires commençaient à être gênés par cette position, le secrétaire d'Etat sortant Mike Pompeo annonçait de son côté "une transition en douceur vers un second mandat".

Ces propos et cette attitude ont provoqué l’incompréhension générale sauf chez les supporters de Trump. Deux présidents qui refusent de reconnaître l’autre comme gagnant, la situation est cocasse. Mais elle inquiète des experts américains qui verraient une ouverture à un potentiel coup d’État par le président sortant.

Les indices d’un coup d’État

En plus de ce climat ambiant tendu suite à cette non-reconnaissance de défaite électorale, des changements de postes ont fait germer cette éventualité.

En effet, Donald Trump a limogé le secrétaire d’État au département de la Défense : Mark Esper. Le chef du Pentagone est l’un des postes les plus importants du gouvernement américain car il est à la manœuvre du plus gros budget ainsi qu’à la gestion des diverses agences fédérales de sécurité. Dans les remplacements de cette vague de départs, on trouve Anthony Tata qui devient numéro trois du Pentagone. Il est connu pour être un proche de Trump ayant tenu des propos islamophobes ou pour avoir traité Barack Obama de "terroriste" dans un tweet. Mais il est surtout "inexpérimenté" selon l’ex-directeur de la CIA John Brennan.

Et ce n’est pas le seul cas de limogeage et remplacement par quelqu’un de plus favorable, voire docile, au 45ème président américain. En 2017, il a nommé une proche, Emily Murphy, à la direction de l’administration générale des services (GSA). Cette personne doit signer et s’assurer de la transition administrative entre le président sortant et le nouveau. Cependant elle refuse de signer la lettre d’approbation de transition.

Un contexte de remplacement par des fidèles, pas forcément compétents pour ces nouveaux postes, mais qui laisse présager une envie de mainmise totale. Ceci, comme les réactions virulentes de D. Trump, a interpellé un écrivain et professeur d’histoire à l’université de Yale (aux Etats-Unis). Sur Twitter, Timothy Snyder a avancé en plus points comment des éléments propices à un acte.

Il évoque notamment : "L’un des mécanismes courant pour défaire la démocratie est d’instaurer une 'fausse urgence' ainsi que désigner des 'ennemis intérieurs' qui ont fait quelque chose de grave". Tout en ignorant les résultats des votes ou en les remettant en cause. Cet écrivain appelle à la vigilance vis-à-vis de "l’exceptionnalisme américaine" ou de crier victoire avant la désignation des grands électeurs et l’investiture. Bien que cette possible tentative de coup d’État soit mal organisée, selon lui.

Selon Timothy Snyder : "Trump tente de désaffranchir les électeurs après l’élection plutôt qu’avant. Cette stratégie lui permet de s’éloigner de l’autoritarisme provoqué lorsque l’on tente de supprimer des votes au préalable de l’élection".

Peut-on en arriver là ?

L'écrivain et professeur américain garde une opinion positive voire presque littéraire de cette situation. Dans son opinion écrite pour le Boston Globe, il pointe un fait se référant à la prise du pouvoir allemand par le parti Nazi dans les années 30 : "Ils font erreur de penser qu’ils contrôlent ce qui arrivera après. Quelqu’un de mieux adapté au chaos pourra surgir et le maniera mieux qu’eux".

Pour Sandrine Roginsky chercheuse à l’UCLouvain et spécialiste des Etats-Unis, la marge est très faible pour envisager un véritable coup d’Etat : "Je pense que les Etats-Unis ont toute une série de dispositifs afin d’apporter une sécurité dans des situations comme celle-ci".


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Lors de son discours à propos de la situation de l’épidémie aux USA, Donald Trump défendait que : "Le confinement est hors de question". Avant de commenter la gestion de cette crise : "Je pense que le temps nous dira quelle administration nous aurons, mais quoi qu’il se passe à l’avenir, qui sait, je peux vous dire que cette administration n’imposera pas de confinement".

Ceci, avant de décrier la validation des votes en Géorgie dans un tweet, accusant une nouvelle fois les bulletins d’être "truqués" et de "cacher la vérité". Tweet qui fait suite à l’abandon des poursuites pour fraude dans cet état remporté par les démocrates. Le média Politico confirmait que les recours avaient été abandonnés dans le Nevada et l’Arizona. Tandis qu’en Pennsylvanie son équipe juridique jette l’éponge, et qu’en Géorgie les poursuites ont été abandonnées rapidement faute de preuves.

Journal télévisé du 11/11 :

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