Donald Trump contestera-t-il le résultat de la présidentielle américaine ? "On pourrait arriver à un scénario catastrophe"

Ce que les experts craignent c’est alors que l’électorat suive des appels à la contestation menés par Donald Trump, s’il n’est pas réélu
Ce que les experts craignent c’est alors que l’électorat suive des appels à la contestation menés par Donald Trump, s’il n’est pas réélu - © MANDEL NGAN - AFP

Tandis que tous les Américains sont passés aux urnes, l’heure est à l’incertitude. Qui sortira vainqueur de l'élection tendue entre Joe Biden et le président sortant Donald Trump. Rien n’est mois sûr mais d’un côté comme de l’autre, on affirme que les signaux sont au vert. Côté républicain, Donald Trump va même jusqu’à dire que les démocrates tentent de "voler" la présidentielle, affirmant qu’il ira jusqu’à la Cour Suprême si le résultat était amené à être en sa défaveur. Des allégations qui pourraient bien mettre le feu aux poudres.

"La situation est extrêmement compliquée aux Etats-Unis. Les Américains sont les premiers surpris car les résultats semblent indiquer une meilleure prestation de Donald Trump, ce qui lui donne l’occasion de dire : 'On est en train de gagner, on a gagné'", concède Jean-Paul Marthoz, journaliste au quotidien Le Soir et spécialiste des questions américaines.


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Selon lui, les déclarations du président des États-Unis à la suite d’un scrutin présidentiel sont "choquantes du point de vue démocratique". Pourquoi ? Car s’attribuer la victoire tandis que plusieurs États pivots procèdent encore au décompte des votes est une forme de déni de la démocratie américaine.

Un système complexe qu’il faut respecter

"Il a aussi accusé de fraude le déroulement de ces élections, ce qui est une attaque directe contre l’intégrité de la démocratie américaine. Il conteste un droit qui est reconnu par tous les Etats, c’est le droit de décompter les votes plusieurs jours et parfois plusieurs semaines après la date de la journée électorale", ajoute le journaliste.

D’autant que certains Etats appliquent avec rigueur ce principe de comptage et recomptage des votes. "Par exemple, pour le vote en 2012, la Floride a attendu quatre jours avant de donner son décompte définitif. Il a donc fallu autant de jours avant qu’on déclare Barack Obama vainqueur. Il y a vraiment une tradition aux Etats-Unis de ce type d’attente et Donald Trump se devait de respecter ce système tout en connaissant les incohérences."

Contestations à tout va

Mais ces prises de paroles, très médiatiques, sont diffusées dans un contexte tout particulier qui rend l’élection présidentielle américaine unique en son genre. "En raison du Covid, une partie importante de l’électorat américain a voté par anticipation, par voie postale", explique Jean-Paul Marthoz. Pour cette élection 2020, près de 100 millions d’électeurs américains ont voté par correspondance. "Ce vote par correspondance qui est contesté par Donald Trump est déterminant pour savoir qui sera le président des États-Unis."


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Le spécialiste est-il alors étonné par ces prises de parole prématurées de Donald Trump, s’attribuant la victoire alors que des États clés n'ont pas encore donné leurs résultats définitifs ? "C’est un enchaînement extrêmement préoccupant mais qui est dans la droite ligne de ce qu’il s’est passé ces quatre dernières années du côté de l’administration Trump", répond-il.

Il évoque aussi un "contexte où Donald Trump a remis en cause un certain nombre de principes essentiels de la démocratie américaine comme la légitimité des contre-pouvoirs, du rôle du congrès, du rôle de la presse, par exemple". Suite à ces attaques en rafale envers les institutions démocratiques traditionnelles aux Etats-Unis, Jean-Paul Marthoz estime que la prise de position du républicain est aujourd’hui "d’une importance extrêmement cruciale".

Risques de violence

"C’est jeter de l’huile sur le feu", observe le journaliste. "On sait qu’il y a une polarisation forte aux Etats-Unis, des risques de violence et donc il était important que durant la soirée électorale, des règles les plus strictes de retenue soient respectées pour éviter un emballement."

D’un côté, l’actuel résident de la Maison Blance promet de recourir à la Cour Suprême pour arrêter le décompte des votes. "Mais la Cour Suprême n’a ni l’autorité, ni la légitimité pour le faire", explique Jean-Paul Marthoz. De l’autre, un certain nombre de membres du parti républicain disent que Donald Trump va beaucoup trop loin. "Ils savent aussi qu’il faut respecter les institutions et le parti républicain est certainement derrière Donald Trump mais un certain nombre de personnes considèrent qu’il ne faut pas mettre en cause les institutions mais aussi respecter l’intégrité de l’élection", ajoute le spécialiste. On peut donc dire que Donald Trump a franchi certaines lignes fixées par sa couleur politique.

"La situation tellement confuse et chaotique aujourd’hui qu’on se demande quel peut être l’impact de l’appel à la retenue, à la prudence et au respect des institutions de la part d’un certain nombre de responsables républicains plus modérés", se demande-t-il. D’autant que Donald Trump sait mobiliser son électorat lorsque c’est nécessaire.

Ce que Jean-Paul Marthoz craint c’est que l’électorat suive les appels à la contestation menés par le président sortant, s’il n’est pas réélu. "Cela pourrait radicaliser la position de Donald Trump qui va multiplier les recours au niveau juridique. Il risque aussi de mobiliser sa base et une partie de sa base pourrait se mobiliser sans même qu’il y ait d’appel de Donald Trump à manifester. On pourrait arriver à un scénario catastrophe", conclut-il.

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