Doha: la CITES attablée jeudi autour du thon rouge

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Le sort du thon rouge d'Atlantique-Est arrive sur la table de la CITES jeudi à Doha, où chacun aiguise ses arguments pour ou contre une suspension du commerce international de ce poisson menacé.

Pour la première fois depuis son entrée en vigueur en 1975, la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d'extinction (CITES) a inscrit à son agenda une espèce marine à haute valeur commerciale.

Les représentants de quelque 150 Etats parties à la Convention doivent envisager, sur proposition de Monaco, de porter le thon rouge d'Atlantique-Est et de Méditerranée à l'Annexe I de la CITES, où il rejoindrait les tigres et les rhinocéros, qui interdit tout commerce international afin de prévenir l'extinction d'une population.

Monaco

Pour Monaco, l'argument est limpide: "Si nous proposons l'Annexe I, c'est que nous sommes parvenus au niveau où l'effondrement du stock est inéluctable", indique son représentant Patrick Van Klaveren. Il rappelle que cette proposition se fonde sur les constats scientifiques de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation, et de l'ICCAT, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique, qui réunit les pays pêcheurs.

"Laissons cette espèce tranquille cinq ou dix ans pour se donner une chance d'éviter la catastrophe annoncée", insiste-t-il.

Le thon rouge bénéficie même d'un engagement personnel du Prince Albert II de Monaco qui, dans un message à la CITES, brandit "la menace de voir bientôt s'éteindre cette espèce ancestrale".

Les Etats-Unis et l'Europe

Monaco est appuyé par les Etats-Unis et par l'Union européenne qui, quoique divisée sur le dossier, s'entend pour réclamer une mise en oeuvre différée de la mesure jusqu'aux nouvelles analyses scientifiques de l'ICCAT en novembre.

Une petite dizaine de pays ont également apporté à ce stade leur soutien à Monaco, confrontés en revanche à l'hostilité du Japon, premier importateur mondial, soutenu par de nombreux pays d'Asie, et par la Tunisie, tête de file des pêcheurs nord-africains.

"Si l'avenir du thon rouge est vraiment menacé, arrêtons de le pêcher", juge le chef de la délégation japonaise à Doha, Masanori Miyahara, pour qui la CITES n'est pas le bon outil.

Le Japon

Le Japon ne nie pas que le thon soit en difficulté, mais préfèrerait que son sort reste réglé par les professionnels de l'ICCAT. "Il faut prendre des mesures couvrant l'ensemble du processus, de la pêche à la commercialisation", explique Masanori Miyahara.

"Rien n'est gagné", confiait cette semaine le représentant monégasque à Doha où une diplomatie frénétique s'est engagée autour du thon, mélange selon lui "de mauvaise foi, d'une certaine irresponsabilité et de beaucoup de méconnaissance".

Le Japon, arrivé en force - une trentaine de délégués selon Masanori Miyahara, et près de 80% des journalistes accrédités selon la CITES -, déploie beaucoup d'attentions à l'égard des représentants africains notamment. La Tunisie est soupçonnée de soigner les représentants de la Ligue arabe, quoiqu'elle s'en défende.

Faute d'accord probable jeudi, la CITES devrait désigner un groupe de travail chargé d'amender la proposition monégasque. L'UE risque alors "d'entrer dans des discussions compliquées", redoute le responsable français, Laurent Stefanini.

L'Australie

L'Australie milite déjà pour une inscription à l'Annexe II, qui autoriserait un commerce régulé. La délivrance de quotas de pêche reviendrait alors à l'ICCAT et maintiendrait par conséquent le statu quo, s'inquiète Monaco.

Sur son site, le ministre australien de l'Environnement Peter Garrett fait valoir que l'Annexe I "autoriserait les pays à pêcher pour eux-mêmes et n'empêcherait pas l'UE, considérée comme une seule entité, de continuer de commercer entre ses membres".


AFP

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