Docu "Salafistes" interdit en France aux moins de 18 ans, bientôt en Belgique?

Photo extraite du documentaire "Salafistes"
Photo extraite du documentaire "Salafistes" - © Tous droits réservés

Le documentaire "Salafistes", sorti ce jeudi dans certains cinémas de France, a été interdit aux moins de 18 ans par la ministre de la Culture Fleur Pellerin. Une décision rarissime.

Le film a provoqué de vives réactions et a créé la polémique, dès sa présentation au Festival international des programmes audiovisuels (Fipa) de Biarritz la semaine dernière.

Images et propos violents

Le film s’intéresse à l’islam radical, plus particulièrement à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et l’organisation terroriste État islamique. Il a été tourné en Mauritanie, au Mali, en Tunisie et en Irak entre 2012 et 2015.

"Salafistes" montre comment la charia est appliquée au quotidien : l’obligation pour les femmes de porter le voile dès leur plus jeune âge, la violence d’exécutions publiques ou l’amputation d’un homme accusé de vol.

Les réalisateurs du film, François Margolin et Lemine Ould Mohamed Salem, ont pris le parti de diffuser des interviews de leaders salafistes, entrecoupées d’images de propagande sans aucune voix off ou sous-titres.

Débat agité

Certains estiment que l’absence de commentaires constitue un véritable danger dans le contexte actuel. Le risque est d’offrir une vitrine aux groupes terroristes pour séduire un public non-averti.

Interrogé sur le plateau de l’émission 28 minutes d’ARTE, Abdelasiem EL Difraoui, politologue, spécialiste du monde arabe, dénonce la manière dont est construit le documentaire : "Il faut voir ces images mais il faut les décoder, il faut les contextualiser (…) Moi-même j’ai interviewé des douzaines de djihadistes mais à chaque fois je fais en sorte que leurs falsifications, leurs approximations, leurs détournements de l’islam soient dévoilés et je ne laisse pas ces images et leurs justifications brutes."

Les réalisateurs de "Salafistes" estiment au contraire que le fait de montrer, en parallèle, le discours des salafo-djihadistes et la réalité de leurs actes, permet de mieux en condamner la violence.

Interdiction aux moins de 18 ans

La commission de classification des œuvres cinématographiques avait rendu un avis d’interdiction du documentaire aux moins de 18 ans. La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a pris la décision de valider cet avis. Ce jeudi, elle a estimé qu’il fallait une certaine "maturité et le recul critique nécessaire pour comprendre la dénonciation qui est dans ce film".

Le cinéaste Claude Lanzman s’est insurgé contre cette interdiction dans le journal Le Monde. Il estime qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre éclairant sur la réalité de la charia.

Les réalisateurs ont également réagi, affirmant que la censure de la ministre de la culture "empêche toute diffusion en télévision et rend très difficile l’exploitation du film en France".

France 3 qui a coproduit le film a annoncé ne plus vouloir le diffuser sur son antenne dans le contexte actuel. "Ici, il n’y a pas de recul, d’explication, de décryptage. Le problème n’est pas le sujet mais son traitement".

Dans les salles en Belgique ?

Pour l’instant le film n’est pas annoncé en Belgique. Contacté par nos soins, le réalisateur de "Salafistes" François Margolin affirme avoir pris contact avec un distributeur belge. Si un accord est trouvé, le film pourrait être diffusé en Belgique dans les prochains mois. Contrairement à ce qu’il se passe en France, chez nous, aucune autorisation n’est nécessaire pour diffuser un film à moins qu’une demande ne soit faite pour qu’il soit "enfants admis" c’est-à-dire autorisé au moins de 16 ans. Comme l’explique l’avocat spécialiste du droit des médias, Alain Berenboom : " La loi interdit la censure préalable en Belgique. Lors de la sortie d’un film, celui-ci peut être poursuivi soit par certaines associations qui saisissent le juge des référés, lequel juge peut immédiatement faire interdire la poursuite de sa projection. Dans d’autres cas, le parquet peut saisir le film sur base de dispositions pénales telles que l’interdiction de l’apologie du terrorisme".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK