Dix ans après l'accident nucléaire, peu d'anciens habitants de Fukushima reviennent y vivre

C’était le 11 mars 2011 : un séisme de magnitude de 9 au large du Nord-Est du Japon. Suivi d’un tsunami ayant atteint quatorze mètres de haut par endroits et qui causa un accident majeur à la centrale nucléaire de Fukushima. Résultat de cette triple catastrophe : 22.167 morts et disparus, selon le dernier bilan officiel en date.

Dix ans plus tard, la région compte toujours des " no-go zones ", où le taux de radiation est encore trop élevé pour qu’on puisse y habiter. Mais elles s’étendent sur 337 km2, soit " 2,4% seulement du territoire de la préfecture et six fois moins que la zone que l’accident nucléaire a rendue inhabitable en 2011 ", souligne le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori. Pour qui, dès lors, " le chantier de décontamination de la région a bien progressé ".

La menace à terme des forêts contaminées

Au total, quelque 9000 km2 de terres ont été décontaminés autour de la centrale. "Les zones dont le sol n’a pas encore été décapé sont essentiellement des forêts car nous avons priorisé la décontamination des zones d’habitation ", justifie le ministre chargé de la Reconstruction du Nord-Est, Katsuei Hirasawa. Aucun échéancier précis n’a été établi pour la décontamination de ces forêts. Or, pour les scientifiques, le plus tôt serait le mieux. " Elles constituent un réservoir potentiel à long terme de radiocésium et sont soumises à l’érosion des sols. Avec les typhons, les crues et les glissements de terrain, cela peut conduire à une contamination de l’ensemble du réseau hydrographique ".

A Fukushima, hormis dans ces " no-go zones ", le taux moyen de radiation s’élève dorénavant à 0,13 microsievert par heure (μSv/h). " C’est vingt fois moins qu’au lendemain de l’accident nucléaire (2.74 μSv/h) et c’est un taux similaire à celui que l’on retrouve partout ailleurs dans le monde ", insiste Masao Uchibori. Pour autant, parmi les 165.000 habitants de la région qui durent déménager en 2011 – leur lieu de vie étant devenu inhabitable - 37.000 n’y sont toujours pas revenus. Et, d’après les sondages, 60% de ces déplacés n’ont aucune intention de le faire en dépit des incitants de l’Etat : une prime de 2 millions de yens (15.000 euros environ) octroyée à chaque ménage qui se réinstalle dans le Nord-Est.

Ces Japonais ont refait leur vie ailleurs. Ce fut souvent difficile. Ainsi, bon nombre d’enfants originaires de Fukushima ont été – ou sont toujours – victimes de harcèlement scolaire dans leur nouvelle région d’adoption. Ces familles ne se voient donc pas revivre un tel parcours. En outre, même si 96% des chantiers publics de reconstruction, dont 30.000 logements, ont été menés à bien, la région est toujours assez pauvre en infrastructures de base (hôpitaux, centres commerciaux, etc.), ce qui la rend peu attrayante.

Le taux officiel de radiation mis en doute

Enfin, dans ce pays où, comme partout ailleurs, le complotisme fait rage, beaucoup ne croient pas au taux de radiation mis en avant par les autorités. Les jeunes ménages, surtout, se disent que la santé de leurs enfants en bas âge serait mise en danger s’ils revenaient vivre à Fukushima. Beaucoup de seniors qui habitaient la région, en revanche, y sont revenus. Les maladies induites par les rayonnements mettant souvent très longtemps à se déclarer, ils sont moins inquiets pour leur santé à moyen terme. Cela explique pourquoi les logements qui ont été reconstruits à l’attention des sinistrés de 2011 sont, en 2021, occupés à 40% par des sexagénaires et au-delà. C’est bien plus que la moyenne démographique nationale, 29% des Japonais ayant 65 ans ou plus.


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" Cette diminution de la population du Nord-Est ainsi que son vieillissement sont un de nos plus grands défis ", soupire le ministre de la Reconstruction. Il se conjugue à un autre enjeu de taille : le taux de chômage qui, dans cette région – comme le taux de suicide, du reste –, est plus élevé qu’ailleurs dans le pays.

Des projets épatants pour l’avenir

Aussi, autorités préfectorales et nationales s’activent-elles pour développer des projets d’avenir, susceptibles d’attirer les jeunes générations car axés sur l’environnement, l’innovation et les technologies de pointe. A proximité de la centrale, près de 800 hectares de terres auparavant agricoles sont désormais entièrement recouvertes de panneaux solaires. Non loin, un site industriel de 50 hectares, flambant neuf, accueille une trentaine d’entreprises spécialisées dans la robotique ou la recherche et le développement de voitures volantes. Et la plus grande installation au monde de production d’hydrogène dérivé d’énergies renouvelables a vu le jour à Fukushima.

" Nous ne pourrons jamais oublier notre passé si tragique mais, à présent, notre devoir c’est de nous construire un avenir ", martèle le gouverneur Uchibori. Qui convient cependant que sa préfecture " n’est toujours pas au bout de ses peines en termes de reconstruction ". Les sondages ne le détrompent pas. Seuls 20% des Japonais jugent que cette revitalisation régionale a bien avancé tout au long de ces dix dernières années.

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