Dissolution de l'ETA: "Il y a un problème avec l'ascension de la plurinationalité de l'État espagnol"

Dissolution de l'ETA: "Il y a une problème avec l’ascension de la plurinationalité de l’État espagnol"
Dissolution de l'ETA: "Il y a une problème avec l’ascension de la plurinationalité de l’État espagnol" - © Tous droits réservés

Après des décennies d’attentats meurtriers, l’organisation séparatiste basque ETA a annoncé sa dissolution. Depuis 1959, l’ETA aura fait au moins 829 morts et des milliers de blessés dans le nord de l’Espagne et dans le sud de la France. L’organisation est notamment responsable de l’assassinat du président du gouvernement espagnol, Luis Carrero Blanco en 1973.

Juan Goicolea était sur les ondes de La Première ce matin, pour s’exprimer sur le sujet. Entre 1991 et 1998, il a été chef de cabinet du ministre de l’Intérieur basque, Juan María Atutxa, nationaliste basque modéré.

Ensemble, ils ont géré la police basque au plus fort des attentats de l’ETA. En tant que Basque, il pointe une stigmatisation qui a touché les gens de sa région à cause des agissements de l’organisation indépendantiste.

"Nous avons enfin accompli la paix et pour nous c’est très important parce que nous avons une sorte de souffrance collective pour la violence, pour le terrorisme. C’est une sorte de stigmatisation pour tous les Basques, être simplement Basque et avoir une sorte de relation avec l’État, avec le terrorisme seulement dans l’imaginaire collectif de l’Espagne."

Juan Goicolea soulève aussi la division qui a existé dans son pays, entre nationalistes et espagnolistes. "Sur une perspective morale, l’effet du terrorisme sur la société est terrible parce qu’il y a une sorte de relativisation de la valeur de la vie. Il y a aussi une fracture parmi la société entre ces personnes qui sont nationalistes, ces personnes qui sont espagnolistes et une sorte de haine parmi la communauté. Ce n’est pas facile de vivre cette division."

Un problème avec la diversité

Meurtres, enlèvements, extorsions et menaces faites à l’égard d’entrepreneurs et de commerçants pour qu’ils payent un impôt à l’ETA : l’organisation s’immisçait dans la vie de tous les Basques. "Pour moi, j’ai souffert de la menace, j’ai souffert de la persécution et j’ai aussi souffert de cette tentative d’assassinat. Mon chef, le ministre de l’Intérieur du Pays basque, est la personne qui a souffert du plus grand nombre de tentatives d’attentats mortels dans l’histoire de l’État. Plus de vingt."

La fin de l’ETA est-elle synonyme de fin de ce conflit entre l’Espagne et la France ? "Je pense qu’il n’y a jamais eu de conflit entre l’Espagne et la France. Je pense que nous avons un problème de démocratie parce qu’il y a, comme je l’ai dit, un problème avec la diversité en Espagne, un problème avec l’ascension de la plurinationalité de l’État espagnol."

"Nous sommes un pays, nous sommes une nation et c’était très clair du point de vue politique et du point de vue social. Faire la connivence parmi différentes identités nationales est exactement la mission de l’Europe. Nous sommes européistes (inaudible) de notre origine. Nos principaux leaders politiques sont Européens, ont évolué dans la construction de l’Europe avec Schumann, avec (inaudible), ils ont travaillé dans les nouvelles équipes internationales ici en France pour la construction de l’Europe, jusqu’aux premières étapes de l’Europe."

"Pour nous, la diversité, la construction d’une société ouverte et plurale est absolument nécessaire et c’est facile, ce n’est pas difficile, ce n’est pas seulement une question de compréhension des diversités." 

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