Disparition d'un journaliste saoudien: sa montre aurait diffusé son assassinat

Des informations de plus en plus précises filtrent sur les circonstances de la disparition de Jamal Kashoggi, le 2 octobre, au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Ce journaliste au Washington Post, critique du régime saoudien, se savait dans le collimateur des autorités de son pays. Mais il avait besoin de documents émis par le consulat pour pouvoir se marier. Il serait tombé dans un guet-apens pour le capturer ou l’éliminer, dont les enquêteurs turcs semblent avoir découvert de nombreux détails. Voici ce que l’on en sait, selon les informations publiées par la presse turque et américaine.

Jamal Kashoggi s’est rendu au rendez-vous qui lui a été fixé a fixé au consulat saoudien d’Istanbul, le 2 octobre, à 13h. Une demi-heure plus tôt, tous les membres du personnel local sont sortis du consulat pour leur pause de midi. On leur a même donné congé l’après-midi, en raison d’une réunion de haut niveau prévue sur place.

L'équipe des tueurs

Un groupe de 15 Saoudiens arrivent à ce moment dans les locaux, en droite ligne de l’aéroport où ils ont atterri à bord de deux vols privés. Le quotidien progouvernemental turc Sabah a publié les noms, âges et photographies des quinze hommes, présentés comme l’équipe de tueurs dépêchée par Ryad. Certains d’entre eux ont été identifiés comme étant des officiers des services de sécurité ou des proches du prince héritier Mohamed Ben Salmane. L’un d’eux est un expert en médecine légale qui travaille depuis vingt ans au ministère saoudien de l’Intérieur.

Selon les images de vidéo-surveillance extérieure, Jamal Kashoggi entre dans le bâtiment à 13h14. Sa fiancée Hatice Cengiz reste à l’extérieur dans un véhicule. Le journaliste ne sortira jamais des locaux consulaires.

Sa fiancée a pu tout entendre

Ce que les Saoudiens ignoraient, c’est qu’il portait une montre intelligente connectée au téléphone de sa fiancée. Depuis l'extérieur, elle a pu suivre les événements dramatiques qui se déroulaient dans le bâtiment : Jamal Kashoggi a été interrogé, torturé puis tué. Le site middleeasteye explique que deux hommes se sont emparés de lui, l’ont tué et ensuite démembré. Une source explique qu’ils auraient d’abord tenté de droguer le journaliste, mais qu’il aurait succombé à une surdose de sédatif.

Des enregistrements audio et vidéo seraient aux mains de la justice. Les enquêteurs auraient également récolté des preuves médico-légales en explorant les égouts raccordés au bâtiment. Après avoir un temps donné leur accord, les Saoudiens ont finalement refusé l’accès des locaux aux enquêteurs turcs.

Les 15 Saoudiens ont ensuite rapidement quitté les lieux et repris leurs avions. Ils auraient emmené avec eux les disques durs contenant l’enregistrement des caméras intérieures du consulat. Ryad explique que le système était en panne, et que Jamal Kashoggi est bien ressorti du consulat. Le président turc Recep Tayyip Erdogan lui-même a ironisé sur cette explication, assurant que les systèmes de surveillance saoudiens étaient capables de détecter un moustique qui sortirait de leur consulat.

"Une montagne de preuves"

Plusieurs pays occidentaux, les Nations Unies et des ONG réclament des explications aux Saoudiens. Human Rights Watch évoque " une montagne de preuve mettant en cause " Ryad. Aux États-Unis, des parlementaires démocrates et républicains se disent furieux et exigent un réexamen des relations avec Ryad, et en particulier des contrats de ventes d’armes. Le président Donald Trump a reconnu qu’il " n’aime pas du tout cela ", mais il a exclu une annulation des contrats d’armement: les Saoudiens "dépensent 110 milliards de dollars en équipements militaires et sur des choses qui créent des emplois dans ce pays. Je n'aime pas l'idée de mettre fin à un investissement de 110 milliards de dollars aux États-Unis" qu'ils risqueraient de "dépenser en Russie ou en Chine", a-t-il lancé depuis la Maison Blanche.

Le prince Mohamed Ben Salmane, 33 ans, cultive une image de réformateur : il autorise la conduite et les stades aux femmes, il autorise concerts et cinémas, il réduit les pouvoirs de la police religieuse. Mais dans le même temps, les organisations de défense des droits de l’homme constatent qu’il réprime vigoureusement toute contestation ouverte de la monarchie absolue.

Le Davos du désert compromis

L’affaire Kashoggi pourrait également compromettre la stratégie de MBS visant à diversifier l’économie saoudienne, essentiellement basée sur les revenus des hydrocarbures. Le 23 octobre doit s’ouvrir à Ryad une ambitieuse conférence économique déjà surnommée le Davos du désert. Des grands noms de l’économie et des médias ont commencé à prendre leurs distances ou à se désister. Le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a annoncé qu'il n'irait pas à Ryad, contrairement au secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, qui entend toujours s'y rendre.

Le milliardaire britannique Richard Branson, fondateur du groupe Virgin, a lui décidé de geler plusieurs projets d’affaires dans le royaume. MBS lui avait pourtant donné une poste de conseiller dans le tourisme et promis d’investir un milliard de dollars dans ses projets de tourisme spatial.

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