Diplomatie : le Maroc normalise ses relations avec Israël, le Sahara occidental comme monnaie d'échange ?

Donald Trump a frappé ce jeudi un nouveau coup diplomatique en obtenant du Maroc un accord "historique" de normalisation avec Israël, dans le cadre du plan de paix américain au Proche-Orient, et en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une décision fermement condamnée par les indépendantistes sahraouis. Et si les Etats-Unis reconnaissent désormais cette zone du Sahara, comme appartenant souverainement au Maroc, les Nations-Unies en revanche, affirme que leur position reste "inchangée".

Un coup diplomatique pour Donald Trump

"Une autre avancée HISTORIQUE aujourd’hui !", a écrit sur Twitter le président américain. "Nos deux GRANDS amis, Israël et le Royaume du Maroc, ont accepté de normaliser complètement leurs relations diplomatiques, un grand pas en avant pour la paix au Moyen-Orient !"

Avant le Maroc, Bahreïn et les Emirats arabes unis avaient annoncé ces derniers mois la normalisation de leurs relations avec Israël, dans le cadre des accords dits d’Abraham, menés par la Maison Blanche représentée par Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump.

Le Soudan a également donné son accord de principe et selon Jared Kushner, la reconnaissance d’Israël par l’Arabie saoudite est "inéluctable".

Il s’agit là, d’une campagne diplomatique lancée il y a quelques mois par l’administration de Donald Trump concernant la paix au Moyen-Orient. En effet, cet été, Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat américain, avait effectué une tournée de charme au Moyen-OrientLe Barhein avait été le premier pays à annoncer la normalisation de ses relations avec l’Etat d’Israël.

La position ambivalente du Maroc

Il faut dire que la position du Maroc à l’égard d’Israël est assez ambivalente. Officiellement, depuis les années 2000, le Maroc avait fermé ses bureaux de liaisons avec l’Etat hébreu. Néanmoins, les relations diplomatiques officieuses se sont toujours poursuivies.

En effet, les liens du Maroc avec Israël sont relativement étroits, notamment en raison de l’importante communauté juive en Israël notamment du fait de l'importante communauté juive d'origine marocaine en Israël, qui compte environ 700.000 personnes.

Et rappelons-le, il ne s’agit pas d’une "reconnaissance" d’Israël, a souligné un haut responsable diplomatique marocain, même si des liens existent entre les deux pays.

"Le Maroc a reconnu Israël en 1994, il y a eu une présence diplomatique pendant huit ans à Rabat et Tel-Aviv", jusqu’à leur fermeture au début des années 2000, a rappelé le haut responsable.

Toutefois, le Maroc a toujours été considéré par les Palestiniens comme un allié dans le cadre du conflit israélo-palestinien. A cet égard, le roi Mohammed VI a assuré au président palestinien Mahmoud Abbas la poursuite de "l’engagement permanent et soutenu du Maroc en faveur de la cause palestinienne juste".

En effet, le Maroc condamne les colonies israéliennes et continue à prôner une solution à deux Etats dans le règlement du conflit israélo-palestinien.

Mais du côté palestinien, la pilule semble avoir du mal à passer. Le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a dénoncé cette nouvelle normalisation entre un pays arabe et Israël. "C’est un péché politique qui ne sert pas la cause palestinienne et encourage l’occupation (nom donné par les responsables palestiniens à Israël) à continuer de nier les droits de notre peuple", a réagi auprès de l’AFP Hazem Qassem, son porte-parole.


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Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à qui Mohammed VI a dit avoir assuré qu’il ne renoncerait "jamais à son rôle dans la défense des droits légitimes du peuple palestinien", n’a pas fait de commentaires dans l’immédiat.

Les Palestiniens avaient qualifié les précédents accords entre Israël et des pays arabes de "coup de poignard dans le dos".

Pour l’ambassadeur d’Israël en Belgique, cet accord peut être un pas en avant dans le processus de paix au Moyen-Orient. "J’en suis convaincu. Le Maroc jouera un grand rôle dans le règlement du conflit israélo-palestinien. A partir du moment où cela se passe dans un cadre de dialogue, dans un cadre pacifique, nous pensons que les relations avec le Maroc, qui est un pays véritablement essentiel pour comprendre le monde arabe et le monde musulman, seront utiles dans ce contexte-là", a affirmé, Emmanuel Nashon.

Sur le règlement du conflit israélo-palestinien, le Maroc est en faveur d’une solution à deux Etats avec Jérusalem-Est comme capitale des Palestiniens, et contre la politique de colonisation d’Israël dans les Territoires occupés.

Le roi du Maroc préside le "Comité Al-Qods" (Jérusalem en arabe), créé par l’Organisation de la coopération islamique pour œuvrer à la préservation du patrimoine religieux, culturel et urbanistique de la Ville sainte.

Le Sahara occidental comme monnaie d’échange ?

La question de la normalisation des relations entre Rabat et Israël avait été relancée en février lors d’une visite au Maroc du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Des médias israéliens assuraient que Rabat serait prêt à faire un geste en contrepartie d’un soutien américain au Maroc sur le Sahara occidental.


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Cet accord a-t-il été échangé contre la position américaine sur la souveraineté du Maroc au Sahara occidental ?

Pour Bruce Maddy-Weitzman, spécialiste des relations israélo-marocaines à l’université de Tel-Aviv, qui a répondu à l’AFP, la réponse est oui. "Pour comprendre pourquoi ça s’est produit (l’accord, ndlr), il faut regarder le timing. Du point de vue des Marocains, il s’agit d’un cadeau d’une administration Trump sur le départ et d’un cadeau de surcroît central à l’identité nationale du Maroc, et à sa priorité en termes de politique étrangère depuis le milieu des années 70 : le Sahara occidental".

Et ce même si la monarchie marocaine se défend d’un tel échange : "Le Souverain a également souligné que le Maroc place toujours la question palestinienne au même rang de la question du Sahara marocain et que l’action du Royaume pour consacrer sa marocanité ne se fera jamais, ni aujourd’hui ni dans l’avenir, au détriment de la lutte du peuple palestinien pour ses droits légitimes", indique le communiqué du Royaume.

Tensions

Cette ancienne colonie espagnole est revendiquée par les Marocains et les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l’Algérie, voisine et grande rivale régionale de Rabat.

Donald Trump, qui quittera la Maison Blanche le 20 janvier, a ainsi annoncé avoir signé jeudi une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le territoire disputé.

"La proposition sérieuse, crédible et réaliste du Maroc sur le plan d’autonomie est la seule base pour une solution juste et pérenne afin d’assurer paix et prospérité !", a-t-il écrit sur Twitter.

Si Mohammed VI a salué une "prise de position historique" des Etats-Unis, le Front Polisario a condamné "dans les termes les plus forts le fait que le président américain sortant Donald Trump attribue au Maroc ce qui ne lui appartient pas", selon un communiqué.

L’équipe du président élu américain Joe Biden a pour sa part refusé de commenter les annonces de Donald Trump.

Le Maroc, qui contrôle 80% de ce territoire désertique de 266.000 km2, propose une autonomie sous sa souveraineté, alors que le Polisario réclame un référendum d’autodétermination, prévu par un accord de cessez-le-feu signé en 1991 sous l’égide de l’ONU après 16 ans de guerre.

Cette décision a d’ailleurs fait réagir les indépendantistes du Front Polisario. Ils ont promis de poursuivre les combats au Sahara occidental, a déclaré vendredi à l’AFP le chef de la diplomatie sahraouie.

"Les combats se poursuivront jusqu’au retrait total des troupes marocaines d’occupation", a affirmé Mohamed Salem Ould Salek, ministre des Affaires étrangères de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976 par le mouvement indépendantiste du Polisario.

Le Polisario fait état quotidiennement d’échanges de tirs le long du mur de sable qui sépare les deux camps depuis la rupture le 13 novembre du cessez-le-feu en place depuis 1991.
 

Les négociations sont au point mort depuis mars 2019

La situation est très tendue avec des échanges de tirs entre les combattants sahraouis et l’armée marocaine après une opération militaire marocaine surprise le 13 novembre dans l’extrême sud du territoire.

L’ONU, dont une mission de paix tente d’organiser ce référendum, a indiqué que la décision américaine ne changeait pas sa position sur ce qu’elle considère comme un "territoire non autonome".

L’Espagne, ancienne puissance coloniale, a assuré qu’elle respectait "les résolutions des Nations unies pour trouver une voie de sortie" au conflit.

Réaction de Nacer Bourita, Ministre marocain des Affaires étrangères (Rabat, ce 10 décembre)

Réaction de Benjamin Netanyahu (Jérusalem, le 10 décembre) – (anglais)

Traduction de Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien
"Je tiens tout d’abord à remercier le président Trump pour ses efforts extraordinaires pour étendre la paix, pour ramener la paix en Israël et aux peuples du Moyen-Orient." -
"Je tiens également à remercier le roi du Maroc, le roi Mohammed VI, d’avoir pris cette décision historique de ramener une paix historique entre nous." -
"Les peuples marocains et le peuple juif ont eu une relation chaleureuse à l’époque moderne. Tout le monde connaît la formidable amitié manifestée par les rois du Maroc et le peuple marocain envers la communauté juive là-bas." -
"Je pense que c’est sur cette base que nous pouvons maintenant construire cette paix. Nous reprendrons rapidement les bureaux de liaison entre Israël et le Maroc et travaillerons aussi rapidement que possible pour établir des relations diplomatiques complètes. Nous instituerons également des vols directs entre le Maroc et Israël et Israël et le Maroc, donnant à ce pont de paix une base encore plus solide. Ce sera une paix très chaleureuse."

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