Dilma Rousseff: "Le Brésil se retrouve face à un putsch"

Une semaine après sa destitution, l’ancienne présidente brésilienne Dilma Rousseff a accordé un entretien exclusif à Matin Première. Une interview réalisée ce mardi soir.

Il y a eu des manifestations plutôt violentes ces derniers jours au Brésil. Est-ce que vous craignez une répression contre les mouvements sociaux. En particulier avec Michel Temer (le nouveau président du Brésil, ndlr) qui dit qu'il ne va plus tolérer d'être traité de putschiste.

"Je crois que, quand un pays se retrouve face à un putsch, un putsch basé sur une fraude qui est cette destitution sans crime avec un gouvernement qui me substitue qui est un gouvernement illégitime, putschiste et usurpateur, que se passe-t-il ? La révolte des gens face à cette rupture démocratique, pour cette démocratie qui nous a tant coûté à conquérir, s’exprime dans des manifestations pacifiques. Mais avec un coup d’État, la tendance est de réprimer ces manifestations. Car les gens disent clairement qu’il y a eu un coup d’État et qu’ils ne veulent pas de ce gouvernement illégitime. Quand j’étais chef du gouvernement, il y a eu des centaines de manifestations et il n’y a jamais eu de répression, parce que nous ne nous sentions pas gênés. Mais pour des putschistes, c’est autre chose. Ils se sentent attaqués quand on les traite de putschistes. Donc que fait un gouvernement illégitime et usurpateur ? Il réprime d’une forme absurde, à tel point qu’une jeune fille de 19 ans vient de perdre un œil. Donc oui je crois qu’il y a un processus de répression qui va croître au Brésil par la faute d'une bande de putschistes qui ne supportent pas que leur vraie nature soit révélée aux yeux du Brésil et du monde entier".

Pourquoi parlez-vous d'un coup d'État parlementaire ? Est-ce que selon vous c'est le même processus qui a eu lieu avec le président Manuel Zelaya au Honduras et contre le président Fernando Lugo au Paraguay ?

"J’utilise toujours la métaphore de l’arbre. Si vous considérez que la démocratie est comme un arbre, un coup d’état militaire est comme une hache qui coupe, pas seulement les branches qui représentent le gouvernement, mais qui coupe aussi le tronc de l’arbre, c'est-à-dire la démocratie. Ce qui s’est passé avec moi a en effet les mêmes caractéristiques que contre Manuel Zelaya au Honduras et Fernando Lugo au Paraguay, mais aussi les tentatives infructueuses de renverser Evo Morales en Bolivie et Rafael Correa en Equateur. Dans ces cas-là, en reprenant la métaphore de l’arbre qui est une démocratie, vous n’avez pas une attaque à la hache, mais vous avez une attaque de champignons et de parasites dans l’arbre qui s’approprient une institution. C’est ainsi que s’est réalisé ce coup d’État parlementaire avec l’alliance de l’oligarchie et des médias. Car ici au Brésil, 5 familles contrôlent tous les médias avec ceux qui ont perdu 4 élections présidentielles de suite et qui n’ont pas de force politique ni de votes".

Est-ce que vous regrettez certaines mesures politiques ou sociales, de ne pas avoir fait une réforme politique ?

"Qu’est-ce que je regrette ? Je regrette d’avoir choisi pour partenaires des personnes qui n’étaient pas de confiance et qui m’ont trahi. Je regrette aussi que lorsque nous avons tenté d’éviter que le Brésil entre en crise économique, nous avons décidé de mettre en place d’immenses exonérations fiscales. Mais les bénéficiaires [de ces exonérations] ont profité de ces gains avec les réductions d’impôts. Et, en échange, ils n’ont pas créé d'emplois ni investi. Je le dis aujourd’hui pour que les autres pays ne soient pas tentés de faire des politiques d’exonérations fiscales. Celles-ci  ne donnent pas de résultat ni de bénéfices pour la société".

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