Devant la colère populaire d'une Beyrouth dévastée, Macron exhorte le pouvoir libanais à "changer de système"

Le président français Emmanuel Macron a demandé ce jeudi aux autorités libanaises, conspuées par la rue, à "changer de système" et indiqué qu'il allait proposer un "nouveau pacte politique", lors d'une visite à Beyrouth, dévastée par les violentes explosions de mardiIl a aussi promis de revenir le 1er septembre à Beyrouth.

Macron à la foule, à Beyrouth: "Je vais leur proposer un nouveau pacte politique!" (06/08/2020)

A Gemmayze, un quartier dévasté, Emmanuel Macron a fait face à une foule ulcérée vis-à-vis de sa classe politique, quasiment inchangée depuis la fin de la guerre civile (1975-90) et accusée de corruption et de négligence. "Le peuple veut la chute du régime", ont scandé des habitants, ce à quoi le chef d'Etat français a assuré qu'il allait proposer "un nouveau pacte politique" et demander à ses interlocuteurs officiels de "changer le système, d'arrêter la division (...), de lutter contre la corruption". "Aidez-nous! Révolution! ", a encore scandé la foule, le président français prenant le temps d'échanger avec elle à plusieurs reprises, dans la cohue.


A lire aussi : France et Liban : par-delà la Méditerranée, une indéfectible amitié lie les deux pays


Le président français Emmanuel Macron s'est rendu ce jeudi au Liban, afin d'y rencontrer l'ensemble des acteurs politiques et témoigner son soutien au pays. Il y est arrivé ce matin en fin de matinée.

Il a également annoncé qu'il voulait "organiser l'aide internationale" pour le Liban. "Nous aiderons à organiser dans les prochains jours des soutiens supplémentaires au niveau français, au niveau européen", a précisé le président Macron. "Je souhaite organiser la coopération européenne et plus largement la coopération internationale", a-t-il ajouté. Ainsi que "On ne vous lâchera pas".

On ne vous lâchera pas!

Accueilli par le président libanais Michel Aoun, Emmanuel Macron s'est rendu directement au port, lieu des déflagrations qui ont provoqué au moins 137 morts et 5000 blessés, selon un nouveau bilan, encore provisoire. Des dizaines de personnes sont également encore portées disparues.


A lire aussi : Liban: "Il ne suffit pas d'avoir une aide internationale, il faut changer la classe politique"


 

Emmanuel Macron rencontre le président du Liban Michel Aoun, à Baabda, au Liban, ce 6 août

Extrait de notre 13h de ce jeudi:

Premier chef d’Etat à se rendre au Liban depuis la catastrophe de mardi, il y a été confronté à une situation "apocalyptique", des centaines de milliers de personnes étant brutalement privées de toit et de ressources. Emmanuel Macron s’est entretenu avec les principaux responsables libanais et donnera une conférence de presse vers 18h30 locales avant de rentrer en France.


A lire aussi : Explosions à Beyrouth : "Nous étions sur le Titanic, nous sommes maintenant dans le fond des abysses"


 

Duplex dans notre 13h de ce jeudi

Plusieurs pays dont la France ont déjà dépêché des équipes de secouristes et du matériel pour faire face à l’urgence après la double explosion présentée comme accidentelle par les autorités qui a ravagé le port et une grande partie de la capitale. L'Union européenne a annoncé, elle, avoir débloqué 33 million d'euros pour financer une première aide d'urgence. 

Le déblocage des 33 millions doit permettre de couvrir les besoins immédiats des services de secours et des hôpitaux de la capitale, a précisé la Commission européenne. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen s'est entretenue jeudi avec le Premier ministre libanais Hassan Diab pour parler de l'assistance de l'Union européenne.


A lire aussi : Liban : la décision sur l'aide de la Belgique à Beyrouth est attendue dans la journée


"La situation est apocalyptique, Beyrouth n’a jamais connu ça de son histoire", a lancé le gouverneur de la ville, Marwan Abboud, qui avait éclaté en sanglots mardi devant les caméras face au port dévasté. Jusqu’à 300.000 personnes sont sans domicile selon lui. L’état d’urgence a été décrété pendant deux semaines.

Manque de farine

Les énormes déflagrations, les pires vécues par le Liban, ont été déclenchées par un incendie qui s’est déclaré dans un entrepôt abritant depuis six ans quelque 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, "sans mesures de précaution", selon les autorités. Elles ont pratiquement détruit le port et dévasté des quartiers entiers de Beyrouth, soufflant les vitres des kilomètres à la ronde.

Des dizaines de personnes restaient portées disparues mercredi selon le gouvernement, tandis que les secouristes poursuivaient leurs recherches dans l’espoir de retrouver des survivants.

Cette tragédie frappe un pays plongé depuis des mois dans une très grave crise économique, marquée par une dépréciation inédite de sa monnaie, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

Ses effets ont été encore aggravés par la pandémie de coronavirus, qui a contraint ces derniers mois les autorités à confiner pendant plus de trois mois sa population.

L’Agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, dit à présent craindre à brève échéance un problème de disponibilité de farine pour le Liban, des silos de céréales installés près du port ayant été éventrés.

 

5 images
Port de Beyrouth, au matin du 6 août 2020 © THIBAULT CAMUS - AFP

L'OMS envoie du matériel sanitaire 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré jeudi que 20 tonnes de matériel sanitaire destiné à soigner les personnes blessées par l'explosion massive de Beyrouth ont atteint la capitale libanaise.

La cargaison livrée par avion permet de couvrir 1000 interventions post-traumatiques et 1000 opérations chirurgicales.

L'OMS a déclaré qu'elle distribuerait les équipements médicaux aux différents hôpitaux du pays accueillant les patients de Beyrouth. Trois hôpitaux de la capitale ne sont plus fonctionnels et deux ont été partiellement endommagés par l'explosion.

"La légendaire résilience du peuple libanais a rarement été aussi rudement mise à l'épreuve", a déclaré l'OMS dans un communiqué, notant que l'accident chimique de mardi est venu s'ajouter aux troubles sociaux, à une crise économique, à la pandémie de Covid-19 et à la charge que représente pour le pays l'accueil de près de 900.000 réfugiés syriens.

L'UNICEF appelle au dons 

Unicef Belgique a lancé jeudi un appel aux dons pour venir en aide aux Libanais, empêtrés dans une profonde crise économique appelée à s'aggraver. 

En collaboration avec les autorités et ses partenaires, l'Unicef répond aux besoins les plus urgents sur place, notamment ceux des travailleurs de santé et de première ligne. "Nous avons fourni de l'eau potable au personnel du port de Beyrouth et aidons le ministère de la Santé publique à retirer ce qu'il reste des médicaments et vaccins stockés dans un entrepôt du port." Un soutien psychosocial spécialisé est également apporté aux enfants fauchés par la catastrophe. "Ceux qui ont survécu sont probablement traumatisés et sous le choc", s'inquiète l'agence onusienne pour l'enfance.

L'antenne de l'Unicef à Beyrouth a également été touchée. Sept employés ont été blessés, l'épouse d'un collaborateur est décédée et les maisons de dizaines d'autres ont été endommagées. Les dons versés auprès d'Unicef Belgique serviront à l'aide urgente mais aussi à plus long terme. Toutes les informations pratiques sont disponibles sur le site internet de l'organisme.

5 images
Le port de Beyrouth dévasté, ce 05 août 2020 © - - AFP

La catastrophe de trop

Sous le choc, les Libanais ont crié leur colère face à cette catastrophe de trop. "Partez tous ! […] Vous êtes corrompus, négligents, destructeurs, immoraux. Vous êtes des lâches. C’est votre lâcheté et votre négligence qui ont tué les gens", a lancé un journaliste libanais connu, Marcel Ghanem, dont l’émission télévisée jouit d’une grande audience. Le mot-dièse "Pendez-les" circulait sur Twitter.

"Même avec le coronavirus, et tout ce qui est arrivé dans le pays, j’ai toujours gardé espoir. Mais maintenant c’est fini, je n’ai plus aucun espoir", dit Tala Masri, une bénévole, en dégageant le trottoir des bris de verre d’un quartier proche du port.

L’importante diaspora libanaise a elle aussi réclamé des comptes. "Cette tragédie est une preuve de plus de l’incompétence de la classe politique qui a gouverné le Liban depuis plusieurs décennies", s’est indigné Antoine Fleyfel, philosophe et théologien franco-libanais, vivant en France.

Selon des sources de sécurité, les autorités du port, les services des douanes et des services de sécurité étaient tous au courant que des matières chimiques dangereuses étaient entreposées au port mais se sont rejeté mutuellement la responsabilité du dossier.

Le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a de son côté annoncé mercredi reporter la lecture du jugement, prévue pour vendredi, dans le procès de quatre hommes accusés d’avoir participé en 2005 à l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, "par respect pour les innombrables victimes" des explosions.

Extraits de notre 19h30 de ce mercredi 05 août

Quatre jours d'enquête 

Les autorités libanaises ont donné quatre jours à un "comité d'investigation" pour établir les responsabilités dans les explosions, a annoncé jeudi le chef de la diplomatie Charbel Wehbé, sur la radio française Europe 1.

"Depuis ce matin, une décision été prise de créer un comité d'investigation, qui a quatre jours maximum pour donner un rapport détaillé sur les responsabilités. Comment, qui, quoi, où ? Il y aura des décisions judiciaires, c'est grave et on prend ça au sérieux", a expliqué le ministre libanais des Affaires étrangères. "Les coupables de ce crime affreux de négligence seront punis par un comité de juges", a-t-il ajouté.


A lire aussi : Explosions à Beyrouth : les responsables du stockage de nitrates "doivent être assignés à résidence", réclame le gouvernement


 

Paris: rassemblement et prières de la communauté libanaise à Montmartre, ce 04 août 2020

Tests et traitements covid interrompus 

Les tests de dépistage et traitements du Covid-19 ont été interrompus dans les principaux hôpitaux de la capitale libanaise à la suite des explosions dévastatrices survenues dans le port mardi et ayant tué au moins 137 personnes.

"Certains hôpitaux qui effectuaient des tests et soignaient des patients atteints du coronavirus, comme les hôpitaux Saint-George et Geitawi, ont été gravement touchés par les explosions et ont dû interrompre" ces activités, a déclaré à l'agence de presse allemande DPA Mahmoud Hassoun, médecin à l'hôpital Rafic Hariri, ajoutant que son établissement poursuivait pour sa part les dépistages.


►►► À lire aussi : Toutes nos infos sur le coronavirus


"Les explosions ont perturbé les tests de dépistage du coronavirus, la plupart des hôpitaux étant débordés par la catastrophe et le nombre élevé de blessés. Ces derniers sont devenus leur priorité à l'heure actuelle", a souligné Suleiman Haroun, président du syndicat des hôpitaux privés.

Malgré l'absence de tests, les autorités ont annoncé mercredi avoir enregistré 355 nouveaux cas de Covid-19 en 48 heures, un nombre relativement élevé pour les mises à jour quotidiennes libanaises.

Le Liban avait imposé le 30 juillet de nouvelles restrictions pendant quelques jours, fermant les magasins, les banques et les autres entreprises, afin d'endiguer une nouvelle vague épidémique. Les entreprises ont rouvert le 4 août, jour de l'explosion.

Le pays du Cèdre a recensé jusqu'ici 5417 cas de contamination au nouveau coronavirus, dont 68 décès.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK