Ces deux septuagénaires blancs dominent la course à la Maison Blanche

Les candidats démocrates Bernie Sanders et Joe Biden
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Les candidats démocrates Bernie Sanders et Joe Biden - © SEAN RAYFORD - AFP

Six femmes, six candidats issus de minorités, une dizaine de prétendants de moins de 50 ans : jamais une primaire n’avait affiché une telle diversité aux Etats-Unis, et pourtant, ce sont deux septuagénaires blancs qui dominent la course démocrate pour pouvoir affronter Donald Trump, 72 ans.

Avec l’annonce officielle de sa candidature jeudi, l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden, a décisivement fait pencher la balance des sondages du côté de deux hommes blancs d’âge avancé.

Joe Biden, 76 ans, et Bernie Sanders, 77 ans, règnent sur le camp démocrate, avec respectivement 29,3% et 23% des intentions de vote pour l’investiture du parti, selon une moyenne de sondages réalisée par le site RealClearPolitics.


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Large diversité

Loin derrière à la troisième place, la sénatrice Kamala Harris, qui ambitionne de devenir la première présidente noire des Etats-Unis, enregistre 8,3%.

« De vieux hommes politiques de carrière et blancs comme Bernie Sanders et Joe Biden ne sont pas exactement ce que le parti démocrate avait en tête pour 2020, alors que tous ces candidats parlent d’identité et de ce qui les rend différents », a ironisé jeudi Kellyanne Conway, proche conseillère du président républicain Donald Trump.

Kamala Harris mène cependant un second groupe de candidats démocrates beaucoup plus mixte et cosmopolite, avec six femmes, trois Noirs, un candidat d’origine hispanique et un autre d’origine asiatique, la première candidate de confession hindouiste et d’origine samoane, ainsi que le premier candidat de premier plan vivant ouvertement son homosexualité.

Et en novembre dernier, les Américains ont élu un nombre record de femmes et de candidats issus de minorités au Congrès, en vaste majorité du côté démocrate.

Alors pourquoi une telle avance pour les deux candidats présentant le profil le plus « traditionnel » ?

D’abord, Joe Biden et Bernie Sanders étaient les plus connus avant de se lancer dans la campagne, une notoriété qui a un « impact significatif sur les sondages à ce stade », note Kelly Dittmar, experte au Centre d’études sur les femmes américaines en politique (CAWP).

Et comparé aux élections parlementaires, « la politique présidentielle a été dominée par des hommes et la masculinité au cours de toute notre histoire, non seulement en termes de qui occupe la fonction, mais aussi […] des attentes que les électeurs ont de nos présidents », explique-t-elle.

Une femme a cependant démontré qu’elle pouvait gagner : la démocrate Hillary Clinton avait remporté plus de voix que Donald Trump en 2016, mais pas assez de votes de grands électeurs, une particularité du système américain.

Privilège blanc

Signe, d’après certains, que les mentalités n’ont pas pour autant beaucoup évolué après Hillary Clinton : le battage médiatique qui avait accompagné en mars l’entrée dans la course du Texan Beto O’Rourke (6,3%) (un quadragénaire blanc au programme alors encore très maigre) par rapport aux bien moindres mentions de la sénatrice progressiste Elizabeth Warren (6,5%), qui enchaîne les propositions concrètes et avait été la première parmi les poids lourds à se lancer dans la campagne.

« En tant qu’homme blanc qui a eu des privilèges […], j’ai évidemment eu un avantage tout au long de ma vie », avait reconnu Beto O’Rourke peu après l’annonce de sa candidature.

Contrairement à ce dernier, Kelly Dittmar n’est « pas certaine que Bernie Sanders et Joe Biden soient parvenus au stade où ils se rendent compte […] des limites auxquelles ils sont confrontés en tant qu’hommes blancs plus âgés pour pouvoir comprendre les défis auxquels font face les femmes et les minorités ».

Et de citer en exemple les huées lancées contre Bernie Sanders par une foule de centaines de femmes issues de minorités cette semaine lorsque, interrogé sur la meilleure façon de lutter contre le racisme, il a évoqué en termes généraux le combat contre la discrimination et plus tard rappelé qu’il avait manifesté avec Martin Luther King en 1963.

Ou les critiques reçues par Joe Biden pour ne pas s’être franchement excusé auprès des femmes qui se sont dites gênées par ses gestes marqués d’affection en public, tout en insistant sur son réel travail en faveur de la lutte contre la violence machiste.

« Ce n’est pas assez », analyse Kelly Dittmar. Même si tous deux ont composé des équipes de campagne marquées par la diversité, il leur faudrait selon elle, dans le climat actuel, « véritablement donner les détails sur la meilleure façon qu’ils vont trouver pour comprendre les expériences des femmes et des minorités, au-delà de s’en tenir à une chose qu’ils ont faite dans le passé ».

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