Destruction de l'ex-résidence de Pablo Escobar : un pas dans la lutte contre le narcotourisme

Sa maison est détruite et, même ça, c’est un événement. C’est dire à quel point Pablo Escobar, le roi des narcotrafiquants, mort en 93 sous les balles des unités d’élite colombiennes, est une star. " L’immeuble Monaco ", situé dans la ville de Medellin (Colombie), lui servait de résidence et de quartier général. La luxueuse tour comptait sept étages, et un sous-sol où le richissime trafiquant entreposait une partie de sa collection de voitures. Ce n’est désormais plus qu’un tas de ruines.

Une forte détonation a retenti ce vendredi à 11H53, heure locale. Trois secondes après, sous les yeux de 1.600 personnes dont des victimes d'Escobar, les huit étages du bunker du "capo" du Cartel de Medellin n'était plus que décombres. Un nuage de poussière blanche a masqué le ciel pendant quelques minutes, les pompiers activant des lances à eau pour la faire retomber.

Respectez notre douleur, honorez nos victimes

Le bâtiment faisait partie des nombreux circuits touristiques organisés dans la région autour du narcotrafic, et de la figure de Pablo Escobar. Les étrangers se bousculent devant sa tombe ou ses anciennes propriétés. Le baron de la drogue suscite la fascination. Héros de film et de série, il a provoqué un regain d’intérêt pour la ville de Medellin.

La municipalité veut montrer ce qu’on ne montre pas à la télé ou au cinéma. C’est elle qui a voulu la destruction du " Monaco ". Elle aussi, qui, avant d’abattre l’immeuble, avait placardé ses façades d’affiches rendant hommage aux victimes du trafic de drogue. Sur l’une d’entre elles, on pouvait lire : " Respectez notre douleur, honorez nos victimes (1983-1994). 46.612 vies en moins ". Dans leur combat contre ce tourisme peu éthique, les autorités ont aussi fait fermer le musée Pablo Escobar, fin 2018.

Une sorte de Robin des bois

Les touristes ne sont pas les seuls à se laisser séduire par le personnage. A Medellin, la destruction ne fait pas l’unanimité. Les habitants sont toujours tiraillés entre haine et admiration. Le journaliste Christian Martinez explique : " C'est un thème polémique parce que le personnage de Pablo Escobar est polémique. Malgré tous les efforts que fait l'administration municipale pour détruire l'image de héros de Pablo Escobar, il y a toujours une bonne partie de la société colombienne qui le voit toujours comme une sorte de Robin des bois. "

Dans un article de la BBC, Mauricio Builes Gil, professeur à l’Université Eafit de Medellin, dénonce d’ailleurs l’héritage laissé par Pablo Escobar au sein même de la société colombienne. Ce dernier a, selon le professeur, altéré l’échelle des valeurs d’une partie des habitants. La recherche de l’argent facile en est le signe le plus visible. Pour Mauricio Builes, la destruction du " Monaco " est un pas dans la bonne direction. Cela devrait permettre d’arrêter de raconter l’histoire au travers des excentricités et de la barbarie des trafiquants et de commencer à écouter leurs victimes. Un tournant déjà entamé par le professeur puisqu’il dirige un projet appelé " Narcotour : la face B du narcotrafic ". On y raconte les tragédies familiales dont Medellin fut le théâtre.

Au total, le coût la démolition de l’immeuble de Pablo Escobar est estimé à près d’un million 700 mille euros. En lieu et place du bâtiment, la municipalité veut créer un mémorial pour les victimes du trafic de drogue à Medellin, "plus de 46.000 entre les années 1983 et 1994", rappelle les autorités.

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