Destitution de Dilma Rousseff: Michel Temer a été investi président du Brésil dès mercredi soir

Le sénat brésilien a voté la destitution de la présidente Dilma Rousseff par 61 voix contre 20. Michel Temer sera investi président du Brésil ce mercredi à 21h00 (HB). Dilma Rousseff est définitivement démise de ses fonctions. Il fallait une majorité des deux-tiers, soit 54 voix, pour que la destitution soit effective. Après six jours de procès, les sénateurs ont jugé Dilma Rousseff coupable d'avoir violé les règles budgétaires. Le vice-président Michel Temer, qui assurait l'intérim à la
tête de l'Etat depuis la suspension de Dilma Rousseff en mai, va terminer son mandat, qui s'achève en 2018. Après la cérémonie d'investiture organisée au Sénat, Michel Temer, 75 ans, devait s'envoler vers la Chine pour participer à un sommet du G20.

Bien que destituée, Dilma Rousseff garde ses droits civiques.

Victime d'un "coup d'Etat institutionnel"

"L'histoire m'acquittera", n'a cessé de clamer Dilma Rousseff qui aura été cheffe de l'Etat durant 69 mois, dont neuf sous la menace d'une procédure de destitution, Dilma Rousseff n'avait guère de doute sur la décision que le Sénat s'apprêtait à prendre à son encontre. Victime d'un "coup d'Etat institutionnel" selon ses propres mots, l'ancienne guérillera est moins venue devant la chambre haute du Congrès pour empêcher une sentence déjà arrêtée que pour défendre son honneur pour la postérité.

Un destin hors du commun

Née en 1947 à Belo Horizonte d'un immigrant bulgare et d'une enseignante mineira, étudiante brillante et engagée avant de s'opposer à la junte et ensuite d'intégrer l'administration, rien ne prédestinait Dilma Rousseff à un jour devenir la première femme à prendre la tête du cinquième pays le peuplé du monde. En ce sens, elle ressemble à son mentor Lula da Silva, le syndicaliste illettré qui a réussi à devenir le locataire du Palacio da Alvorada, la résidence du chef d'Etat à Brasilia, malgré la campagne de dénigrement de l'omnipotent réseau télévisé Globo et la farouche opposition des élites économiques.

'Peur de la mort'

Évoquant les années sombres de sa détention, la voix brisée à deux reprises par l'émotion, elle a confié : "J'avais peur de la mort, des séquelles de la torture dans mon corps et mon âme (...) mais je n'ai pas cédé. J'ai résisté. Aujourd'hui, je n'ai peur que de la mort de la démocratie".

Dilma Rousseff a accédé au pouvoir en 2010, sous les couleurs du Parti des travailleurs (PT, gauche) fondé par son mentor, l'ouvrier syndicaliste Luiz Inacio da Lula, parvenu au terme de ses deux mandats présidentiels.

Jouissant d'une énorme popularité, Lula avait réussi à l'imposer au sein du PT et à la faire élire par les Brésiliens, qui connaissaient à peine cette économiste née à Belo Horizonte d'un immigrant bulgare et d'une mère professeure.

Lula avait été séduit par la force de travail et la rigueur de cette femme de caractère à la voix rauque, dont il avait fait sa ministre des Mines et de l’Energie puis sa chef de cabinet.

Les Brésiliens apprendraient vite à connaître et d'abord à apprécier "Dilma", qui n'hésitait pas à réprimander ses ministres en public.

Au début de son premier mandat, Dilma Rousseff afficha une popularité de 77%, qui plongera cinq ans plus tard à un plancher historique de 13%.

Que s'est-il passé?

Dès le milieu de son premier mandat, l'économie brésilienne commence à montrer d'inquiétants signes d’essoufflement. Et Dilma Rousseff persiste dans une politique de soutien à l'économie coûteuse et sans effet. Son interventionnisme suscite la défiance croissante des milieux d'affaires.

Combative, solide technicienne, elle s'est avérée dépourvue du talent politique naturel de son mentor Lula.

Affichant un souverain mépris envers le Parlement, où elle devait pourtant composer avec une coalition hétéroclite, elle s'est peu à peu isolée.

Retranchée à la présidence comme dans un bunker dont elle ne sortait que pour participer à des actes protocolaires ou effectuer ses 50 minutes quotidiennes de promenade matinale à vélo dans les rues de Brasilia, elle n'accordait pratiquement jamais d'interviews.

Elle a été réélue de justesse en 2014 au terme d'une campagne agressive qui a laissé un goût amer dans la bouche de ses adversaires.

Sitôt élue, la fronde des franges conservatrices des partis centristes de sa coalition, les révélations dévastatrices du scandale de corruption Petrobras, qui éclabousse le PT et ses alliés, et l'entrée du Brésil dans une profonde récession économique la fragilisent considérablement.

Elle s’aliène également du PT et son propre électorat, en reniant ses promesses électorales de ne pas engager le Brésil sur la voie de l'austérité.

Isolée

Sitôt réélue, elle nomme au contraire le banquier Joaquim Levy au ministère de l’Économie, et le charge de mettre en œuvre un sévère programme d'ajustement budgétaire.

De plus en plus isolée, incapable de faire voter ses lois au Parlement, elle a fini par se couper du pilier de sa coalition, le PMDB (centre droit) de son vice-président Michel Temer, qui lui a reproché de le traiter en "vice-président décoratif". Ce redoutable cocktail lui sera fatal.

Au point que de nombreux sénateurs ont reconnu ces derniers jours qu'ils la condamnaient "pour l'ensemble de son œuvre" plus que pour les accusations juridiquement fragiles de tours de passe-passe budgétaires pour lesquelles elle comparaissait officiellement.

Pour ses détracteurs, "Dilma passera à l'histoire comme une figure ambigüe, une mauvaise gestionnaire, une mauvaise gouvernante qui n'a pas su dialoguer avec le Parlement et qui porte la responsabilité de la situation économique", commente pour l'AFP, Michael Mohallem, analyste et professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas.

Maintenant que le couperet est tombé, elle devrait quitter immédiatement Brasilia pour rejoindre son domicile de Porto Alegre (sud) où vivent sa fille et ses deux petits-fils.

Ses fidèles retiendront l'image de la courageuse "guerrière du peuple brésilien" qui meurt mais ne se rend pas.

 

 

 

 

 

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